18 Mai 2018

Cameroun: Salaheddine Abbas Ibrahima - « Une excellente coopération militaire »

Haut commissaire de la République du Cameroun au Nigeria.

Quelle appréciation faites-vous de la coopération entre le Cameroun et le Nigeria sur le plan militaire ?

Sur le plan militaire, avec le Nigeria, la coopération est à la fois bilatérale et multilatérale. Parlant de l'aspect bilatéral de cette collaboration, il est intéressant d'évoquer le Comité de sécurité transfrontalière qui planche sur la coopération en matière de sécurité. Le volet militaire fait partie des préoccupations dudit Comité. Sur le plan multilatéral, donc régional, nous avons la Force multinationale dans la zone du Lac Tchad. Ses résultats ont été très positifs ces dernières années. Les menaces auxquelles nous faisions face il y a trois ou quatre ans ont été réduites au plus bas niveau.

Je pense qu'en un mot, la coopération militaire entre le Cameroun et le Nigeria est excellente. Ces derniers temps, il y a eu des visites et des échanges entre les responsables des deux armées, ce qui traduit dans les faits cette excellente coopération. L'amitié entre les deux pays est encore plus manifeste avec cette invitation des troupes nigérianes à Yaoundé par le chef de l'Etat. L'excellence des relations entre les deux présidents de la République, commandants en chef des deux armées, constituent le ciment qui alimente la fraternité entre les deux pays. Lorsque le président Buhari est venu en visite au Cameroun, il s'est entretenu pendant une heure et demie en tête-à-tête avec le président Paul Biya. Et toute l'amélioration qui s'est faite depuis 2015 jusqu'à présent procède donc de cette rencontre pendant laquelle des axes de coopération ont été dressés et les incompréhensions qui subsistaient ont été levées.

Quels sont les effets constatés sur le terrain du travail du Comité de sécurité transfrontalière ?

Les rencontres de ce Comité sont régulières. Il y en a eu au Cameroun, et la dernière s'est tenue ici à Abuja. Les gouverneurs des régions situées aux frontières des deux pays ont de nombreux meetings. Par exemple, pour la fête nationale du Nigeria, les gouverneurs originaires du Cameroun ont été invités aux célébrations. Et de même, à Garoua et à Ngaoundéré, les gouverneurs d'Etats nigérians ont été conviés aux festivités du 20 mai, et ils y ont assisté.

Grâce à ces réunions du Comité de sécurité transfrontalière, les gouverneurs, les préfets et sous-préfets des zones près des frontières entre les deux pays s'échangent très souvent des informations cruciales et sont en contact directs sans toutefois passer par les ministères en charge des Relations extérieures. Les choses se passent très bien dans ce contexte. Ceci permet de mettre sur pied nombre d'actions. Pour ce qui est des réfugiés, une entente tripartite a été signée entre le Cameroun, le Nigeria et le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Et là encore, le mécanisme fonctionne très bien.

Cette entente est-elle effective dans l'application des dispositions de l'accord de Greentree?

Pour l'accord de Greentree, il n'y a aucun problème. Les oppositions en application de cet accord n'ont jamais été du fait du gouvernement fédéral du Nigeria. La meilleure illustration est qu'au bout de dix années après le jugement rendu par la Cour internationale de justice, lorsque le gouvernement fédéral avait l'occasion de mettre en cause cet accord, il ne l'a pas fait. Comme l'a certifié le président nigérian au moment de sa visite au Cameroun, il n'y a pas de programme de remise en question de Greentree. Maintenant au niveau de l'application, il est normal que chaque pays défende ce qu'il considère être ses intérêts.

Je dois dire que sur les 2000 kilomètres que nous avons à démarquer, il ne reste qu'une soixantaine de kilomètres à parcourir. C'est dire que le travail abattu a été énorme. N'eût-été les réserves émises par le personnel des Nations Unies quant aux questions de sécurité dans ce secteur, je pense que ce travail aurait déjà été terminé. Il y a eu des attaques survenues aux frontières contre les équipes chargées des opérations de démarcation.

Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest, Dr Ibn Chambas, a rencontré les deux parties et nous sommes désormais en passe de terminer l'opération. Ce n'est qu'une question de temps. Le Cameroun et le Nigeria ont apporté un gage de sécurité pour que le plan de travail présenté au cours d'une réunion tenue en juillet 2017 soit mis en place. Il ne reste plus que le feu vert des Nations Unies pour relancer les opérations. En somme, il n'existe pas de problème entre le Cameroun et le Nigeria dans ce cadre.

Les relations entre les deux pays sont-elles uniquement visibles sur le volet militaire ?

Il vrai que nous avons beaucoup parlé de collaboration sur le plan militaire, mais elle existe aussi dans divers autres secteurs, qu'ils soient culturel ou économique. Il y a beaucoup de projets communs, à l'exemple des postes communs de douanes et de contrôle de la répression de la contrebande. Nous avons une série d'actions, que l'on résume par le terme « Mesures de confiance » qui sont en train d'être appliquées. A l'instar de la route Enugu-Bamenda, qui va réduire à quatre ou à cinq heures le voyage entre ces deux villes situées au Nigeria et au Cameroun. Un trajet qui était de près de 24 à 30 heures il y a quelques années...

Les travaux sont suffisamment avancés pour qu'on envisage l'inauguration. Il y a aussi le projet de construction du pont sur le Mayo-Tiel, entre Demsa au Cameroun et Belel au Nigeria, avec une série de travaux connexes sur l'axe Jami-Lamba-Garoua. Nous avons déjà paraphé le mémorandum d'entente, et nous sommes déjà en train de nous atteler à la signature et à la recherche de financements. Nous avons également entamé des études sur le pont entre Gamboru (Nigeria) et Fotokol (Cameroun). Entre autres travaux en synergie entre Camerounais et Nigérians. Tout ceci contribue à améliorer les relations interétatiques et entre les populations.

Qu'en est-il des échanges économiques ?

Sur le plan des relations économiques, le Nigeria il y a trois ou quatre ans a été classé comme notre premier partenaire d'exportation. Il s'est trouvé que compte tenu de l'insécurité au niveau des frontières, les mouvements des personnes et des biens ont quelque peu été freinés. Ce n'est plus le cas, mais le Nigeria reste tout de même parmi les cinq premiers partenaires directs du Cameroun pour les importations.

Dans le cas des exportations, il y a encore beaucoup à faire. Si sur le plan informel les marchandises circulent aisément, de manière formelle, malheureusement ce n'est pas encore le cas, car le marché nigérian reste à conquérir. Nous avons commencé à œuvrer, mais il faut faire encore plus d'efforts, tout en espérant que dans les années à venir, avec le retour progressif de la sécurité aux frontières, les mouvements vont reprendre.

Cameroun

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