16 Mai 2018

Burundi: Au pays, la violence et les divisions des Imbonerakure

Le bras armé du pouvoir est accusé d'avoir instauré un climat de terreur durant la campagne référendaire. Mais les divisions apparues en son sein illustrent les tensions qui règnent autour du président Nkurunziza.

"Au terme d'une campagne à sens unique, où la promotion du Non ou de l'abstention ont été sévèrement réprimés et des électeurs enrôlés de force, les Burundais sont invités à se prononcer le 17 mai sur un projet de réforme constitutionnelle", introduisait dans une note publiée mardi 15 mai, la FIDH et la Ligue burundaise des droits de l'Homme, Iteka..

À en croire ces deux organisations, « cette campagne aura été largement inéquitable et utilisée comme un outil de répression supplémentaire, alimentant les crimes graves auxquels se livre le pouvoir depuis trois ans".

Selon elles, "des opposants ont été victimes de représailles pour avoir participé à la campagne pour le Non et des dizaines d'entre eux ont été arrêtés, détenus et tabassés depuis mi-avril".

Ce climat de terreur au Burundi est imputé aux jeunes du parti au pouvoir, les Imbobnerakure.

"Durant cette semaine de propagande pour le référendum, les Imbonerakure ont été très actifs dans la répression des membres de l'opposition, surtout les membres de Amizero y'Abarundi. Ils ont arrêté, torturé et même tué les membres de Amizero y'Abarundi. Dans la documentation que la ligue Iteka a faite pendant cette période, au moins un membre de Amizero y'Abarundi a été assassiné par ces Imbonerakure dans la commune de Ntega à Kirondo (dans le nord du Burundi, ndlr)."

90% des arrestations et des tortures ont été faites par ces mêmes Imbonerakure dans tout le pays", note le président et représentant légal de la Ligue burundaise des droits de l'homme, Iteka.

Anchaire Nikoyagize précise que des Imbonerakure ont dressé des barrières pour empêcher des militants de se rendre à des meetings. Les forces de l'ordre et les autorités locales ont cherché à entraver la tenue de certains rassemblements d'opposition.

Comportement "exemplaire"

Au sein du parti au pouvoir, on se félicite plutôt du comportement "exemplaire" de ces Imbonerakure.

"Nos jeunes ne sont pas instrumentalisés, ils ne sont pas manipulés. Ils sont là pour suivre les idéaux et la discipline du parti", rassure la secrétaire nationale chargée de l'information et de la communication du CNDD-FDD.

"Ils sont d'ailleurs très exemplaires et très tolérants. Être tolérant et avoir de la retenue face à des provocations comme celles de l'opposition radicale, ce n'est pas donné à tout le monde. Ce sont des allégations non vérifiées et sans fondements sur terrain", ajoute Nancy Ninette Mutoni qui assure à la DW faire également partie de la Ligue des jeunes de son parti.

Nkururunzia contesté à l'intérieur de son système?

Les pressions exercées devraient avoir un impact dans les urnes jeudi (17 mai). Il semble néanmoins que les soutiens à Nkurunziza se fissurent avec notamment une partie des jeunes du parti au pouvoir qui appelle à voter Non.

"Beaucoup ne veulent pas que le président Nkurunziza reste au pouvoir. Ceux qui le défendent parmi nous sont des Imbonerakure de second rang. Ceux qui ne connaissent pas la philosophie du mouvement. Nous sommes divisés en deux catégories", avoue cet Imbonerakure qui tient à rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Considéré par l'ONU comme une milice, les Imbonerakure ont réussi à étendre leur capacité de nuisance même au-delà des frontières burundaises. Plusieurs refugiés burundais dans la sous-région redoutent en effet leur mode opératoire qui passe souvent inaperçu.

Constitution taillée sur mesure

Pour la FIDH, la réforme constitutionnelle voulue par le président Pierre Nkurunziza est dangereuse. Car elle risquerait de saper les bases de la Constitution de 2005 et des accords d'Arusha signés en 2000 à Arusha en Tanzanie, sous l'égide l'ancien président sud-africain Nelson Mandela.

Ces accords, poursuit la FIDH, avaient favorisé la réconciliation nationale, notamment á travers une répartition des trois principales ethnies du pays (Hutus, Tutsis et Twas) au sein des différents organes des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, et de l'armée.

Selon l'ONG de défense des droits de l'Homme, la nouvelle constitution, si elle est promulguée, laisserait notamment la possibilité au Sénat de modifier, voire supprimer, au cours des cinq prochaines années, les équilibres ethniques en vigueur.

Présidence à vie ?

La nouvelle Constitution soumis au référendum a sauté le verrou de la limitation du mandat présidentiel qui passe de cinq à sept ans renouvelable une seule fois. Ce qui permettrait à Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer deux autres mandats à l'expiration de celui en cours en 2020.

Cette disposition pourrait lui assurer 14 autres années de pouvoir supplémentaires à la tête du pays.

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