19 Mai 2018

Maroc: Abdelmalek Alaoui - « Le Maroc arrive plus rapidement à progresser dans les pays africains musulmans que dans les autres pays. »

interview

(Ecofinance.sn): Le thème de la 3e édition d'Africa Convergence porte sur « l'exécution stratégique ». Selon vous, quelles difficultés rencontre habituellement le Maroc dans l'exécution de sa stratégie de déploiement sur l'Afrique ?

Abdelmalek Alaoui : Elles sont de trois ordre : techniques, opérationnelles et culturelles. D'un point de vue technique, il existe des barrières en matière réglementaire, douanière, juridique, qui empêchent aujourd'hui le Maroc de déployer pleinement sa stratégie dite de « co-émergence » avec l'Afrique subsaharienne. En terme opérationnel, le Maroc n'a pas de longue tradition d'implantation à l'étranger et ne dispose pas de suffisamment de ressources humaines pour accompagner son ambition africaine.

« En terme opérationnel, le Maroc n'a pas de longue tradition d'implantation à l'étranger et ne dispose pas de suffisamment de ressources humaines pour accompagner son ambition africaine. »

Enfin, en termes culturel, l'on constate que le Maroc arrive plus rapidement à progresser dans les pays africains musulmans, du fait de la proximité religieuse, qu'avec les autres pays. Le Royaume doit donc faire son aggiornamento sur ces trois dimensions pour améliorer l'exécution de sa stratégie africaine.

AE : L'Afrique surprend le monde par sa faculté à tirer profit des nouvelles technologies et par sa rapidité d'adaptation aux solutions innovantes. Comment intégrer cette agilité dans une stratégie de long terme ?

AA : Il faut être en mesure d'articuler « La tête et les jambes ». Le fameux « Leapfrog » est très important pour saisir les opportunités offertes par la technologie, mais il ne faut pas pour autant négliger les industries plus traditionnelles, et notamment celles pour lesquelles l'Afrique dispose encore d'un avantage compétitif en termes de coûts de main d'œuvre. Je ne crois pas, à titre personnel, que le « tout-technologique » soit une stratégie payante, et surtout, suffisamment inclusive et créatrice d'emploi. Il faut donc mener les combats d'avant-garde, ceux pour préparer le futur, mais également saisir les opportunités immédiates. Cet exercice n'est pas simple, car il nécessite une forte capacité à se départir des dogmes ambiants...

AE : Quelles sont, selon vous, les principales barrières à lever pour rendre les économies africaines davantage attractives ?

AA : Au premier chef, sans hésiter, l'amélioration de la gouvernance et de la transparence. Tout découle de cet exercice indispensable : attractivité, simplification du millefeuille administratif, meilleures recettes fiscales, discipline budgétaire. A partir de là, le champ des possibles s'ouvre considérablement.

« Il existe des régimes très efficaces, attractifs et efficients, qui ne sont pas des démocraties au sens occidental du terme. »

Et surtout, il ne faut pas ici confondre transparence et bonne gouvernance avec démocratisation, comme l'explique très bien Francis Fukuyama. Il existe des régimes très efficaces, attractifs et efficients, qui ne sont pas des démocraties au sens occidental du terme. A contrario, il existe des démocraties très inefficaces sur le plan de la gouvernance et de la compétitivité. De plus, l'amélioration de la gouvernance entraîne de facto la démocratisation, alors que l'inverse n'est pas vrai...

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