21 Mai 2018

Burundi: Victoire du oui au réferendum constitutionnel - L'absolutisme en marche

Photo: @BdiPresidence/Twitter
Le président Pierre Nkurunziza et la première dame Denise Nkurunziza, le jour du vote au référendum burundais.
analyse

Quatre jours après la tenue du référendum contesté au Burundi, les résultats sont tombés hier, 21 mai 2018. Et c'est sans surprise que le « Oui » l'a largement emporté, avec plus de 73% des voix des électeurs, pour un taux de participation de plus de 96%.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette victoire écrasante du « Oui » à ce référendum dont l'opposition rejette déjà les résultats, est le dernier clou que le président Nkurunziza vient de mettre au cercueil de l'accord d'Arusha, signé en août 2000, qui avait permis au pays de rebondir, après sept ans de guerre civile qui avait fait près de 300 000 morts.

Et c'est Nelson Mandela qui doit se retourner dans sa tombe, lui qui n'avait ménagé aucun effort pour trouver un modus vivendi entre les frères ennemis burundais, à travers l'accord de la capitale tanzanienne censé, selon ses propres mots, « apporter la sécurité aux Tutsi et la démocratie aux Hutu ».

Nkurunziza a atteint son objectif

Et il y a d'autant plus de raisons que l'icône de la lutte anti-apartheid se retourne dans sa tombe, qu'aujourd'hui, les Burundais n'ont ni l'une ni l'autre. Et Madiba était certainement loin d'imaginer que quelques années plus tard, un seul individu prendrait tout le peuple en otage, en froissant cet accord historique de sortie de crise pour le jeter à la poubelle de l'Histoire.

En tout cas, au vu des résultats, l'on peut dire que Nkurunziza a atteint son objectif qui était de montrer, par la voie des urnes, que c'est son peuple qui l'a adoubé, pour conduire sa destinée. Mais il ne saurait tromper personne tant le monde entier aura été témoin de l'atmosphère de terreur qui aura entouré la tenue de ce référendum contesté, avec, comme le dénonce la coalition de ce qui reste de l'opposition au pays, « les intimidations et le harcèlement » dont ont été victimes les populations. Surtout de la part des Imbonerakure, ces Hitlerjugend des temps modernes entretenus par le pouvoir de Bujumbura, pour semer la terreur au sein des populations.

Maintenant que le président Nkurunziza s'est légalement ouvert le chemin de l'éternité au pouvoir, l'on peut dire que l'absolutisme est en marche au Burundi. D'autant plus que le satrape a pris le soin, à travers les nouveaux textes, de verrouiller le système en concentrant l'essentiel des pouvoirs entre ses mains, sachant que rien ne s'oppose désormais à ce qu'il puisse briguer d'autres mandats présidentiels.

Et Dieu seul sait si en Afrique, comme le disait du reste un chef d'Etat, « l'on n'organise pas des élections pour les perdre ». Nkurunziza est donc bien parti pour régner ad vitam aeternam sur le Burundi, l'échéance de 2034 n'étant qu'un mirage pour faire croire à un semblant de démocratie dans ce pays. Et il y a fort à parier qu'à l'approche de cette date, le tyran trouvera une autre formule pour prolonger son bail à la tête de l'Etat. A moins que d'ici là, Dame nature ne fasse son œuvre ou que le peuple burundais se trouve un sauveur providentiel.

En attendant, il n'y a rien de surprenant dans cette victoire à la soviétique, au référendum de Pierre Nkurunziza. Mais le pasteur-président ne devrait pas en être fier car, comme le dit l'adage, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Et c'est peu de dire que non seulement il n'y avait pas péril en la demeure puisqu'il n'y avait aucun risque de voir le «Non » l'emporter, mais en plus, ces résultats ne traduisent en rien le libre choix des Burundais.

Le peuple burundais peut légitimement se sentir orphelin

En tout cas, c'est ce que dit l'opposition réunie au sein de la coalition d'indépendants Amizero, lorsqu'elle soutient : « C'était un petit théâtre électoral. Ce n'était pas vraiment des élections : il y a eu arrestations ; il n'y a pas eu vote secret ; les Imbonerakure accompagnaient les votants dans les isoloirs ; (... ). C'est la raison pour laquelle on ne peut pas reconnaître les résultats de cette parodie électorale».

Mais quelles chances a-t-elle de se faire entendre, dans un pays où tout ce qui se compte comme opposants sérieux, a été contraint à l'exil pour sauver sa peau ? Assurément, pas grand-chose. Car, Aghaton Rwasa, qui conduit aujourd'hui cette coalition d'indépendants qui rejette ces résultats, a beau crier, il est difficile de lui donner le bon Dieu sans confession, vu le degré de compromission qui a été le sien au plus fort de la contestation et qui l'a amené à composer avec un pouvoir que tout le monde vouait aux gémonies.

S'il avait cru en la bonne foi du président Nkurunziza en croyant peut-être naïvement que ce dernier reviendrait à de meilleurs sentiments à l'issue de son troisième mandat querellé, il n'a aujourd'hui que ses yeux pour pleurer, face à la confiscation en règle du pouvoir à laquelle ce dernier est en train de procéder.

En tout état de cause, ce référendum constitutionnel burundais qui fait des gorges chaudes, a tous les attributs des référendums qui se tiennent au Gondwana. Généralement voulus par le chef de l'Etat, ils se déroulent dans un climat de terreur qui ne laisse place à aucune alternative d'échec, étant entendu qu'en amont et en aval, des dispositions sont prises pour fabriquer des résultats qui répondent aux exigences des objectifs visés. C'est, visiblement, ce tour de force que vient de réussir le président Nkurunziza au Burundi.

Cela dit, face à cette nouvelle forfaiture, le silence assourdissant de la communauté internationale qui sera une fois de plus restée atone et aphone, ne sera pas passé inaperçu. C'est la preuve, si besoin en était, que le peuple burundais peut légitimement se sentir orphelin. Il lui appartient donc de prendre son destin en main et de se donner les moyens de briser les chaînes de la tyrannie.

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