22 Mai 2018

Sud-Soudan: Le tout n'est pas de signer un accord

Photo: USAID
Salva Kiir Mayardit, président de la république du Sud-Soudan
analyse

Sous l'égide de l'organisation régionale, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) et sur fond de menaces de sanctions de l'Union africaine (UA) qui avait fixé la date butoir au 22 mai pour parvenir à un accord, les frères ennemis sud-soudanais se sont réunis à Addis-Abeba, en Ethiopie. Objectif : relancer un vieil accord de paix qui devrait permettre de fumer le calumet de la paix et enterrer définitivement la hache de guerre après cinq ans de conflit fratricide qui s'est soldé par une véritable catastrophe humanitaire.

En rappel, aux lendemains de l'indépendance en 2011 du plus jeune Etat au monde, l'animosité entre les héritiers du Général John Garang, Salva Kiir et Riek Machar, est allée crescendo jusqu'à la date fatidique du 15 décembre 2013, où les premiers coups de feu ont retenti à Juba, la capitale, plongeant ainsi le pays dans la guerre civile.

Il faut se féliciter de l'accord obtenu

Au moins 50 000 personnes ont perdu la vie et, alors que les exactions se multipliaient sur fond de nettoyage ethnique, plus de 2 millions de Sud-Soudanais fuyaient les violences. Près de la moitié d'entre eux ont trouvé refuge dans les pays voisins. A cela, il faut ajouter le coût de la guerre estimé à environ 25 milliards de dollars en 2014, sans compter le fait que le conflit a aussi conduit à la destruction d'infrastructures, au blocage de l'agriculture ou à l'absence d'investissements privés et publics. C'est pour tenter d'arrêter le parcours du pays, en roue libre sur cette pente dangereuse, que les représentants du gouvernement, de 28 partis politiques et de la société civile négocient. Sur les 10 points de litige, les protagonistes ne seraient, au moment où nous tracions ces lignes, parvenus qu'à un seul accord ; celui du cantonnement des combattants sur le terrain, qu'ils appartiennent à l'armée régulière ou aux différents groupes armés.

En attendant de revenir sur cet accord, il faut déjà se féliciter du fait que l'organisation sous-régionale, l'Igad, a réussi la prouesse d'asseoir les différentes parties belligérantes autour de la même table de négociations. Le pari n'était pas gagné d'avance. Et pour cause : les haines dans ce conflit sont tenaces, en raison du fait qu'elles sont alimentées par les clivages ethniques entre les deux principales tribus du pays, les Dinka et les Nuer. A cela, il faut ajouter les intérêts de parrains extérieurs dont les convoitises sur la manne pétrolière sont à l'origine d'un véritable jeu d'intérêts dans le conflit. Enfin, ce n'est pas rien de dire que les Sud-soudanais ont l'ADN de la guerre dans le sang.

Cela dit, il faut tout de même se féliciter de l'accord obtenu, car si l'on obtient déjà le cantonnement effectif des unités combattantes de part et d'autre, l'on aura réussi le plus difficile : celui de faire taire les armes et laisser la place au dialogue politique pour désarmer les cœurs et construire la paix. Mieux, l'on aura permis de limiter les dégâts dans l'insoutenable crise humanitaire qui frappe le pays depuis le début du conflit. Mais, on le sait bien, le tout n'est pas de signer un accord, il faut parvenir à sa mise en œuvre sur le terrain et cela, c'est une autre paire de manches.

En effet, l'on peut bien se poser la question de savoir si cet énième accord de paix aura plus d'effets que les autres. Rien n'est moins sûr.

La communauté internationale devrait jouer pleinement son rôle

Il n'est, en effet, un secret pour personne que la chose la mieux partagée entre les protagonistes qui négocient, le poignard dans le dos, c'est la mauvaise foi. Cela est nettement perceptible dans les déclarations de certaines parties prenantes aux négociations, qui vont jusqu'à affirmer que tous les acteurs sont présents à la table, juste pour satisfaire la communauté internationale. A cela, il faut ajouter le fait que les Etats-Unis d'Amérique qui sont le parrain de ce jeune Etat, ne semblent pas disposés à aller plus loin que les menaces verbales, en raison de leur repli sur soi depuis l'accession au pouvoir de Donald Trump dont la devise affichée est « America First ». Pire, les menaces de l'UA qui planent sur les négociateurs, ne font peur à personne, l'institution n'ayant jamais réussi à sévir.

Face à un tel tableau, l'on pourrait se demander d'où viendra la lueur d'espoir pour le peuple sud-soudanais. Cela dit, une chose semble certaine. La paix restera au stade d'une chimère au Soudan du Sud, tant qu'elle restera l'otage des intérêts des deux seigneurs de guerre que sont Salva Kiir et Riek Machar. C'est pourquoi, si véritables négociations il devrait y avoir, elles devraient être celles du départ de ces deux chefs de guerre qui se sont montrés incapables de présider aux destinées de leur jeune nation dont ils ont pris le malin plaisir à écrire l'histoire en lettres de sang. Et c'est là que la communauté internationale qui a joué le rôle de maïeuticien dans l'accouchement par césarienne du Soudan du Sud, devrait jouer pleinement son rôle.

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