23 Mai 2018

Burkina Faso: Démantèlement réseau terroriste - Une cellule dormante tuée dans l'œuf à Ragnongo

22 mai 2018. Jusqu'à midi, heure à laquelle le ministre de la sécurité, Clément Sawadogo, a donné une conférence de presse pour des précisions, les habitants de Ragnongo cherchaient toujours à comprendre une terreur qu'ils auront vécue toute la nuit : une nuit de coups de feu à proximité de leur CSPS, des courses-poursuites engagées contre des noctambules sans savoir pourquoi.

Pour bon nombre d'habitants de ce quartier situé à quelques encablures de la capitale, ils ont vécu la pire nuit de leur vie. On apprendra plus tard qu'il s'agit d'un assaut lancé par l'Unité spéciale d'intervention de la Gendarmerie nationale (USIGN) suite à des renseignements pour débusquer une cellule dormante. Le bilan : 3 présumés terroristes abattus, et 1 capturé.

Nous arrivons sur le lieu des évènements aux environs de 7 heures. Au côté Est du CSPS de Ragnongo, sur la grande voie qui mène au centre-ville, difficile de se frayer un chemin.

Les passants ayant formé des groupuscules de part et d'autre. Il n'y avait qu'à suivre le regard du plus grand nombre pour savoir l'objet de leur curiosité . Eh bien ! On n'avait pas besoin de chercher loin. Seulement à moins d'une centaine de mètres de la voie, sont postés des hommes de tenue, kalachnikov au point et scrutant les moindres gestes de la foule.

Encerclés par ces forces de sécurité, plus d'une vingtaine de personnes, en civil, sont assises. « Que leur est-il arrivé ? », demandons-nous à un quidam, qui n'a pas trouvé mieux que de répondre : « c'est bien fait pour eux !» et d'expliquer, d'un air moqueur : « Eux ils ont eu le malheur d'avoir été de passage au mauvais endroit et au mauvais moment.

Ce sont des passants noctambules. La nuit quand les coups de feu ont commencé, on arrêtait n'importe quel passant.» Il n'eut pas le temps d'aller plus loin dans son témoignage, qu'une rafale partit du CSPS. Puis une autre. Puis une salve. Débandade générale.

Les villas jumelées où logeaient de présumés terroristes

Le calme revenu, la foule se porte de nouveau vers le CSPS et plus encore devant deux villas jumelées aux murs peint en rose, où étaient retranchés des individus. Les hommes de l'Unité d'intervention spéciale de la Gendarmerie, a-t-on appris plus tard, y sont postés le long du tronçon qui mène au CSPS, mais encore plus devant une cour à deux villas jumelées roses.

De cette cour à celles qui lui font face, leurs déplacements étaient plus prudents : dans la villa, sont retranchés des individus. « On est mieux situé maintenant. Ce ne peut plus être pour de simples voleurs, cette intervention et tout ce matériel. C'est certainement des terroristes », entend-on dans la foule, de plus en plus curieuse.

Deux véhicules des sapeurs-pompiers font leur apparition. Jusque-là, aucune information officielle. Mais les témoignages se multiplient. Selon les plus concordants, tout a commencé aux environs de 2 heures du matin.

Un de nos témoins, qui a requis l'anonymat, nous dit comment il a vécu de bout en bout l'évènement : « j'étais avec des amis au bord de la grande voie, dans un kiosque où nous avions commandé de la nourriture.

Je n'avais pas regardé l'heure, mais c'était aux environs de minuit. Des messieurs en tenue, à motos, je crois des gendarmes, ont débarqué ab abrupto.

Ils étaient au nombre de quatre et ont commencé à tirer sur les portes des cours du même alignement que la villa rose. Un des leurs est venu vers nous et nous a demandé ce que nous faisions en ces lieux. Nous avons dit que nous sommes juste venus nous restaurer.

Il a vérifié nos pièces d'identité et nous a demandé de ne plus bouger. Il ne nous a pas perdus de vue de toute la nuit. De là où nous étions, on observait les différents mouvements. Près d'une vingtaine d'éléments est arrivée de même que les ambulances qui défilaient», relate notre interlocuteur, avant qu'un nouveau tir ne l'interrompe.

Puis un second. Il était 8 heures 15 minutes à notre montre. Ce sera ensuite le calme jusqu'aux environs de 9 heures, où l'on a aperçu sortant de la villa rose les hommes de l'assaut avec un individu de blanc vêtu.

« Apparemment, c'est fini », lance une voix parmi les curieux. Il semble avoir raison puisque l'on peut maintenant s'approcher sans être interpellé. C'est aussi le moment où l'on pouvait, sans recevoir les menaces des maîtres des lieux, s'approcher de la zone d'intervention. On pouvait donc voir 3 cadavres qui gisaient devant les villas, criblées de balles.

On ne comptait plus les journalistes sur place qui, à l'image des « témoins de tout », voulaient comprendre ce qui se passait exactement, sans trouver d'interlocuteur. Etait-ce une attaque antiterroriste ? Etait-ce des voleurs ?

Ces questions restaient posées, même si la piste terroriste était la plus plausible, eu égard à la mobilisation des hommes de tenue et au matériel déployé, dont des pick-ups. Même l'arrivée du procureur du Faso ne permettra pas d'être officiellement situé « Une conférence de presse est prévue à 12 heures », apprenions-nous dans la foulée.

Au cours de cette conférence, le ministre Clément Sawadogo fera le bilan officiel : trois présumés terroristes abattus et un arrêté. Plus tôt, un communiqué de la gendarmerie, que nous vous proposons en encadré, apportait plus de détails sur ce bilan.

Le patron du département de la sécurité a par ailleurs indiqué que les présumés terroristes avaient des liens avec certains auteurs des attaques du 2 mars dernier.

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