23 Mai 2018

Burkina Faso: Grève SYNTSHA - Un mot d'ordre suivi à plus de 90% à Ouaga

Les militantes et militants du Syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) sont en grève depuis hier 23 mai 2018. Un débrayage qui prendra fin le vendredi 25 mai prochain à 6h 59. Ils ont adopté cette posture pour exiger du gouvernement burkinabè le respect des libertés démocratiques et syndicales, l'amélioration de leurs conditions de travail et la mise en œuvre du protocole d'accord signé le 13 mars 2017.

«Le constat qu'on fait c'est que rien ne bouge», a lâché Pissyamba Ouédraogo, le secrétaire général du syndicat, au premier jour de grève. Et d'indiquer que la majorité des travailleurs a suivi le mot d'ordre de grève (plus de 90% à Ouaga). C'est le constat à l'Hôpital de district de Bogodogo et au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo (CHU-YO).

10h55, aux alentours de l'Hôpital de district de Bogodogo (HDB). L'étendue des motos au parking et des véhicules, alignés le long du mur traduit l'immensité des personnes qui fréquentent l'établissement de santé publique. A l'intérieur, des bâtiments fièrement dressés et d'autres en état de finition.

Et quoi de plus normal que de se signaler aux responsables de la formation sanitaire avant d'entreprendre quoi que ce soit. Par l'entremise du chargé de communication, nous voilà nez à nez avec Diane Kaboré, la directrice générale.

«Nous venons d'effectuer la deuxième ronde. A la première, nous avons fait le tour de l'ensemble des services d'urgence, d'hospitalisation et des services techniques. Le constat est que le mot d'ordre de grève lancé par le SYNTSHA est suivi dans notre établissement», dit-elle.

Elle s'empresse de signifier que le service minimum est assuré au niveau des urgences médicales et pédiatriques où il y a des équipes à pied d'œuvre pour la prise en charge des patients. A ces sections, s'ajoute la maternité (urgences obstétricales) où il y a un effectif d'agents qui fait face à toutes les demandes de soins sollicités par les usagers de la formation sanitaire.

«Depuis 7h et jusque-là, il n'y a pas eu de cas particulier de débordement ni d'afflux massif auquel nous n'arrivons pas à faire face. Pour le moment, c'est calme et nous restons en veille et sommes aptes à réagir.

Du côté des services techniques, tels que le laboratoire, la pharmacie et l'imagerie médicale, des équipes sont également disponibles pour prendre en charge tout ce qui est routine», rassure Diane Kaboré.

«C'est une grève de 48h, pouvez-vous nous rassurer que tout est vraiment mis en œuvre afin qu'il n'y ait pas de soucis ? ». « Oui, nous avons eu des concertations avec les différents responsables de l'établissement pour que les équipes puissent rouler.

Une formation sanitaire, ce n'est pas un service administratif seulement, il faut prendre en compte cette spécificité, ça doit rouler à feu continue, il n'y a pas d'interruption.

Nous avons constitué des équipes minimales de sorte à rouler sur la période des 48h. Entre 17h et 18h, si vous revenez, vous trouverez d'autres têtes, demain matin, ce sera pareil, ce sont des relais pour pouvoir assurer les soins», réplique la DG.

Qu'en est-il réellement aux urgences médicales et chirurgicales ?

Après avoir pris congé de la directrice générale de l'Hôpital, direction le B 10, c'est-à-dire aux urgences médicales et chirurgicales.

Les mouvements des accompagnateurs des malades ne peuvent passer inaperçus. Dans le bâtiment, des jeunes, filles et garçons, vêtus de blanc, des malades couchés sur des lits de part et d'autre. Il n'était pas rare de voir 1, 2 ou 3 agents au chevet de patients.

L'heure n'est pas au discours selon le chef de section. «Je suis venu travailler, c'est tout. Vos confrères de la télé sont déjà passés, ils voulaient m'arracher quelques mots mais les malades ont déjà arraché tous mes mots, je n'ai rien à dire, je pars travailler seulement», affirme-t-il.

Dans l'allée, Abdoul Rasmané Ouédraogo, chauffeur, a conduit sa mère. Il dit être dans ce centre de santé depuis deux jours et n'a rien constaté d'anormal depuis lors. Il n'était d'ailleurs pas au courant de la grève du SYNTSHA. «Est-ce que vous sentez qu'il y a une grève ?». «Non, les infirmiers sont là, ils sont disponibles, on gagne tout ce qu'on veut comme produit, donc je peux dire que tout se passe bien, il n'y a pas de problème», rétorque Abdoul Rasmané Ouédraogo.

«Je n'ai pas eu gain de cause, nous irons vers un autre centre»

Au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo (CHU-YO), nous nous dirigeons vers les urgences traumatologiques. «Bonjour monsieur, je suis du quotidien L'Observateur Paalga... », disions-nous à un médecin. Il ne nous laissera pas achever la phrase, comme s'il savait ce pourquoi nous sommes venus : «Allez-y à la direction, il y a le communicateur... ».

«J'ai déjà vu le communicateur, il m'a dit de faire mon travail... », a-t-on signifié. «Je vous ai dit d'aller le voir, vous revenez avec lui, sinon je ne réponds à aucune de vos questions, ce sont les consignes», réagit à nouveau le monsieur d'un ton acerbe.

Cette approche vaine, nous nous rabattons sur une dame. Assise sous un arbre, le pied droit plâtré, elle a répondu au rendez-vous de son médecin qui n'est d'ailleurs pas là. «Après l'accident, mon pied s'est enflé, on a plâtré une moitié et on m'a dit de me présenter aujourd'hui pour le reste.

Ce matin, ils ont prescrit une ordonnance. Mon mari est sorti hors de l'hôpital pour chercher les produits mais il n'est toujours pas de retour», déclare-t-elle. Et d'ajouter qu'elle n'est plus sûre d'être prise en charge. Elle est du domaine de la santé mais a été informée de la grève rien que la veille, dans la nuit (ndlr : 22 mai) et dit être de tout cœur avec le mouvement.

Un homme en costume s'approche de la dame en question et ce fut l'occasion pour nous de savoir ce qui l'a conduit aux urgences. «J'ai amené un malade depuis ce matin mais je n'ai pas eu gain de cause. A cette allure, je crois que nous irons vers un autre centre de santé», fait-il savoir sans toutefois donner son identité.

Le dernier point de notre randonnée nous conduira à l'éducation ouvrière, où les militantes et militants du SYNTSHA tiennent leur piquet de grève.

En ces lieux, le secrétaire général du Syndicat, Pissyamba Ouédraogo, nous explique les raisons de leur mouvement de 48h. Parmi leurs préoccupations, il évoque la mise en œuvre effective du protocole d'accord signé avec le gouvernement le 13 mars 2017.

A ce point s'ajoute le respect des libertés démocratiques et syndicales vu qu'il y a, selon lui, des tentatives de remise en cause du droit de grève (voir encadré).

Le SG nous donne dans la foulée, son avis sur la façon dont le gouvernement est en train de gérer les grèves. « Quand le gouvernement entre dans la gestion des statistiques de grèves, ça veut dire qu'il a enlevé toute volonté de régler les problèmes.

S'il entre dans la polémique du genre vous êtes puissants et moi aussi, ça devient un bras de fer, ce qui n'augure rien de bon », développe-t-il. Il fait allusion à la tournée du ministre de la Fonction publique et de son homologue de l'Economie et des Finances.

Pissyamba Ouédraogo estime qu'on est face à une pente dangereuse et qu'en tant qu'organisation, leur devoir est d'attirer l'attention de toute la population sur cela. Pour lui, les déclarations de l'exécutif sur sa disposition à dialoguer ne sont que des stratagèmes pour amuser la galerie.

«Que répondez-vous à ceux qui estiment que les syndicats doivent lever le pied de l'accélérateur étant donné que le pays fait face à une situation sécuritaire difficile ?». «Pour lutter contre le terrorisme, il faut bien se porter. Il faut que les services de santé fonctionnent au mieux pour bien soigner les gens.

On ne le souhaite pas, mais les blessés des attaques sont conduits dans les centres de santé, il faut que les conditions soient réunies pour leur offrir des soins de qualité.

Si ces conditions ne sont pas réunies, nous ne pouvons pas être complices de la situation. Pour nous, ce ne sont pas des choses opposées mais bien au contraire, notre contribution à la lutte contre l'insécurité c'est faire fonctionner notre système de santé pour que notre Burkina Faso se porte mieux‡», soutient Pissyamba Ouédraogo.

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