24 Mai 2018

Sénégal: Procès de l'Imam Aliou Ndao et co-accusés - Les avocats font le procés de la lutte contre le terrorisme

Appelés à la barre hier, mercredi 23 mai, pour défendre les intérêts d'accusés pour qui, le parquet a sollicité un acquittement, les avocats ont demandé une meilleure organisation de la lutte contre le terrorisme afin d'éviter que des personnes soient arrêtées injustement.

Pour effacer les charges qui pèsent contre Imam Aliou Ndao et compagnie, les avocats continuent de plus belle à parler de failles dans le système judiciaire. Pour la défense de Boubacar Decol Ndiaye, Me Samba Ametti, a estimé que la société sénégalaise est redevable à son client qui, parti en Mauritanie pour gagner sa vie, a été arrêté sans qu'il ne sache les infractions qui lui sont reprochées.

Qualifiant cette arrestation de «scandaleuse», Me Samba Ametti s'est aussi insurgé contre le maintien dans les liens de la détention de son client une fois transféré à Dakar.

Dés l'instant que les autorités mauritaniennes n'ont pas montré suffisamment de preuves qui peuvent accabler son client et ne l'ont mis sur aucune des listes classant les supposés terroristes sénégalais arrêtés dans ce pays, l'idéal aurait qu'une fois en terre sénégalaise, Boubacar Decol Ndiaye, soit libre de toute poursuite.

Boubacar Decol Ndiaye est victime d'un «attentat» car trouve-t-il, «son accusation est fondée sur une supposition». Faisant le procès du système judiciaire, Me Samba Ametti s'est dit outré par l'arrestation de son client pour la simple raison d'avoir échangé avec Makhtar Diokhané.

Pis, pense-t-il, «même le contenu de cette discussion ne devrait être source d'arrestation car les enquêteurs n'ont pas le droit de poser des questions sur cette entrevue jugée secrète». «Cela occasionne une violation des principes de la vie privée», peste-t-il.

L'arrestation de Boubacar Decol Ndiaye ne devrait pas non plus être fondée sur sa rencontre avec Imam Aliou Ndao qu'il a fréquenté en voulant savoir si les motivations des Sénégalais présents dans des fiefs rebelles sont fondées ou non.

Contrairement à certains de ses collègues qui ont eu à féliciter le substitut du procureur Aly Ciré Ndiaye, pour avoir demandé l'acquittement de certains accusés dont son client, Boubacar Decol Ndiaye, Samba Ametti a demandé au maitre des poursuites de prendre toutes ses responsabilités dans cette affaire.

Pour la robe noire, il est très aisé après une détention «injustifiée» de demander l'acquittement d'accusés. Son client a été maintenu dans les liens de la détention deux ans, suite au rejet de la demande de mise en liberté provisoire pendant l'instruction.

Pour Me Samba Ametti, Boubacar Decol Ndiaye ne devait même pas comparaitre devant une juridiction pour répondre des accusations liées au terrorisme. Eu égard à cela, l'avocat a non pas plaidé pour l'acquittement de son client, mais l'abandon de toutes les poursuites.

Me Amadou Diallo, conseil de Boubacar Decol Ndiaye et d'Oumar Keita, a dit toute «l'impertinence de tenir un tel procès dès l'instant qu'il n'y a pas encore eu d'attaques terroristes au Sénégal».

«Le procès est une occasion de démontrer que la justice est indépendante», a-t-il lancé au président de la chambre criminelle, Samba Kane. Ses clients, Oumar Keita et Boubacar Decol Ndiaye aussi bien que leurs familles respectives ont souffert pendant ces années de détention, lance-t-il.

En guise d'exemple, il dit que «l'administration pénitentiaire a refusé le droit de visite à la mère de Boubacar Decol Ndiaye au moment où ce dernier était malade». Un fait suffisant pour la robe noire d'affirmer que «dans la procédure, il y'a eu énormément de violations des droits de l'homme».

Des excuses publiques du juge d'instruction Samba Sall requises

«A la fin de ce procès, il faut que le juge d'instruction organise une conférence de presse devant tous les médias du monde pour présenter ses excuses pour le mal qu'il a fait à Boubacar Decol Ndiaye et Oumar Keita», a insisté le conseil d'Oumar Keita et de Boubacar Decol Ndiaye, Me Amadou Diallo. Il s'est dit par ailleurs préoccupé par l'avenir de ses clients.

«La réputation de Boubacar Decol Ndiaye et d'Oumar Keita a été salie à jamais», a-t-il estimé. Dans une société sénégalaise où la représentation négative de la prison est faite malgré la décision judiciaire rendue par les tribunaux, il serait difficile pour ses clients de trouver un emploi une fois leur liberté prononcée.

A la barre, Me Assane Dioma Ndiaye a enfilé sa robe non pas pour défendre seulement les intérêts de son client Oumar Keita, mais surtout pour appeler au respect des droits humains. De l'avis d'Assane Dioma Ndiaye, «la psychose du terrorisme est source de graves violations des droits humains». « Quelque soit la menace qui pèse sur l'humanité, il est important de respecter certains droits », a-t-il dit.

Pour Me Assane Dioma Ndiaye nul n'a le droit de sacrifier des personnes sous l'impératif d'un besoin sécuritaire. Dans sa plaidoirie, l'avocat a aussi jugé que la présomption d'innocence a été violée du moment où certains des accusés ont été gardés dans des cellules de 2m2.

Cette promiscuité a été l'origine de troubles psychiques pour certains prévenus. Le combat contre le terrorisme est légitime mais il devrait être encadré, a jugé Assane Dioma Ndiaye. Attraire un mineur en la personne de Mouhamadou Seck à la barre d'une chambre criminelle, ne serait jamais survenu au Sénégal s'il n'a jamais été motivé par la traque de terroristes.

La nouvelle loi sur le terrorisme avec des dispositions nouvelles consacre des sanctions qui peuvent impacter sur les principes d'un procès juste et équitable. Pour Assane Dioma Ndiaye une mauvaise prise en charge des effets de terrorisme a conduit à des conséquences inattendues.

Ousseynou Fall appelle les magistrats à l'humanisme

Me Ousseynou Fall a demandé aux juges de se mettre à la place des accusés notamment à celui de son client, Mor Mbaye Déme arrêté en Mauritanie, il y'a de cela deux ans pour avoir été le voisin de l'accusé Mouhamed Ndiaye. « Ayons un peu d'humanité.

Revenons sur terre et ayons le sens de la mesure. Mettons nous à la place de ces individus », a-t-il-dit Contrairement au procureur qui a requis l'acquittement de son client, Me Ousseynou Fall a demandé le renvoi de Mor Mbaye Déme à des fins de la poursuite.

Il s'est même dit «indigné» par la demande d'acquittement du parquet. «Après deux ans de détention injustifiée, demander un acquittement c'est manquer de respect» à son client, a soutenu la robe noire. «Après deux ans de privation de liberté, le procureur nous dit, qu'il demande l'acquittement.

J'appelle à un peu de respect pour ses personnes. Nous devons être humanistes et être sensibles à tout ce qui arrive à l'homme », a soutenu Me Ousseynou Fall. Le parquet a géré le dossier avec une légèreté blâmable a-t-il conclu.

PROCES DES PRESUMES TERRORISTES : Les avocats désertent la salle d'audience

Le procès des présumés terroristes s'est terminé plus tôt que prévu hier, mercredi 23 mai. La cause est due au fait que les avocats qui devraient être à la barre pour leurs plaidoiries n'y étaient pas au moment de leur temps de parole.

Aussi bien Me Issa Diop, conseil d'Oumar Yaffa, Amadou Aly Kane, avocat de Lamine Coulibaly et Babacar Basse, constitué pour la défense d'Abou Diallo n'étaient pas sur les lieux. Constatant cette absence, le président Samba Kane a décidé de suspendre l'audience non sans demander au doyen des avocats constitués dans la procédure, Mounir Ballal d'aviser ses collègues.

Jugeant que les robes noires devraient rester dans la salle jusqu'à la fin de l'audience, le président Samba Kane a signifié aux concernés que la prochaine fois, un avocat sera commis d'office en cas d'absence.

APRES LA DEMANDE D'ACQUITTEMENT DU PARQUET - La défense plaide pour une liberté provisoire d'Oumar Keita et de Boubacar Decol Ndiaye

Aussi bien Me Charazade Hillal et Me Amadou Diallo respectivement conseil d'Oumar Keita et de Boubacar Decol Ndiaye, ont demandé la mise en liberté provisoire de leurs clients. La cause est disent-ils, leurs clients donnent des garanties de représentations.

Mieux, ils ne représentent aucune menace de troubles à l'ordre public. Le procureur a demandé leur acquittement pour les charges à l'origine de leur mise en détention.

Cette demande d'acquittement ne justifie pas selon le représentant du ministère public leur mise en liberté qui incombe seulement au tribunal. Le délibéré est fixé à la fin des débats par le juge Samba Kane.

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