25 Mai 2018

Congo-Kinshasa: l'OIF livre son verdict sur le fichier électoral

L'Organisation internationale de la Francophonie a livré son verdict de la mission d'audit sur le fichier électoral. Un fichier « inclusif, exhaustif et actualisé, mais perfectible », selon elle. Les premières conclusions de cet audit ont été livrées vendredi 25 mai dans l'après-midi. Pour rappel, c'est pour améliorer la qualité de ce fichier électoral que les élections ont été reportées deux fois. L'OIF confirme le chiffre de 16,6% des électeurs dont l'emprunte digitale n'a pas été relevée.

La mission de l'Organisation internationale de la Francophonie, qui a audité le fichier électoral, a présenté ce vendredi le rapport de son travail réalisé entre le 6 et le 26 mai 2018. La mission a relevé les points forts et les points faibles du fichier électoral congolais, et formule des recommandations pour l'améliorer avant la tenue des élections de décembre 2018.

Cet audit visait principalement à apprécier l'intégrité et l'inclusivité des données collectées par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). A la fin de sa mission, l'équipe de l'OIF a conclu que ce fichier électoral est « inclusif, exhaustif et actualisé », mais surtout perfectible. Sur un point, l'OIF ne cache pas son embarras : 16,6% ont une identité bien établie.

En effet, 1/5 des électeurs enrôlés ont été enregistrés sans empreintes digitales. C'est l'une des principales données révélées par la mission, et le chiffre avait déjà filtré tant il inquiétait les experts de la société civile et de l'opposition. Et l'audit n'a pas permis d'expliquer ce phénomène, qui toucherait toutes les provinces (certaines plus que d'autres). L'OIF attend de la Céni une explication.

La question cruciale des bureaux de vote

Pour la mission d'audit, cela ne remet pas en cause leur qualité d'électeur, car ce n'est pas illégal en République démocratique du Congo de voter sans avoir fourni d'empreintes à l'enrôlement. Mais il y a aussi d'autres électeurs - sans qu'on sache combien - pour lesquels il manque des données, y compris les photos et les formulaires d'inscription.

C'est inquiétant, parce que l'OIF explique ne pas être en mesure de vérifier s'il y a des électeurs fictifs faute d'avoir pu se rendre sur le terrain. L'organisation recommande au plus tôt d'afficher des listes provisoires à travers le pays et de préciser les dates de contentieux y afférant. Elle appelle les partis et la population à vérifier par eux-mêmes, à faire ce qu'on appelle un audit citoyen de leur fichier.

Pour l'OIF, la Commission électorale doit absolument interdire aux électeurs de voter ailleurs que dans le bureau de vote dans lequel ils sont inscrits. En 2011, les personnes dans cette situation représentaient 18%. Et c'est ce qui, selon l'Union européenne, avait rendu les élections non crédibles.

La Céni se dit « satisfaite » et « prête »

Plus de 2% des cartes vierges ne sont pas revenues à la Commission électorale, ce qui représente tout de même un million de cartes dans la nature. Si on les ajoute aux 6 millions de cartes distribuées aux doublons et aux mineurs, cela pourrait faire au moins 7 millions de personnes avec des cartes qui ne devraient pas avoir le droit de voter.

Pour tous les dysfonctionnements révélés, l'OIF recommande des enquêtes approfondies et des sanctions, notamment contre les agents électeurs dans les provinces du Sankuru et de la Tshuapa. Le général Siaka Sangaré, chef de la mission d'audit, assure qu'appliquer les recommandations de court terme n'aura pas de conséquence sur le calendrier électoral.

Le comité d'audit du fichier comprenait, en plus des membres de la mission de l'OIF, sept membres désignés par la Céni, 22 observateurs venant de l'opposition, de la majorité présidentielle, de la société civile, de l'Union africaine (UA) et de l'Union européenne (UE). Corneille Nangaa, président de la Céni, se dit satisfait. La Commission est « prête » à prendre en compte ces recommandations, dit-il.

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