27 Mai 2018

Burkina Faso: L'Observateur - Il y a 45 ans

C'était un lundi comme celui-là. Dans une basse-cour qui était encore clairsemée, poussait ses premiers couinements un canard qui allait être le premier quotidien imprimé et illustré par la photo de la Haute-Volta. Ses géniteurs le baptiseront L'OBSERVATEUR.

Voici ce qu'ils écrivirent ce 28 mai 1973 dans l'historique n°1. « L'information est, elle aussi, une denrée de première nécessité ; pour informer sur le Beau, le Juste, le Vrai, on n'est jamais trop nombreux et la liberté d'expression, la pluralité des opinions, quoiqu'on dise, restent souvent les plus sûrs garants de l'action lucide et vertueuse ». 45 ans plus tard, ces lignes n'ont pas pris une seule ride, mieux, elles sont plus que jamais... d'actualité.

De nos jours où il suffit d'avoir un ordinateur et une clé USB pour s'improviser patron de presse, cet événement paraît anodin mais à l'époque il fallait être un peu fou pour se lancer dans une telle aventure dont les chances de succès n'étaient pas, a priori, garanties.

Fou parce que l'environnement socio-politique, quoique relativement ouvert n'était pas ce qu'il est aujourd'hui et vous vous doutez bien, qu'il n'y avait ni MBDHP, ni Centre national de presse Norbert Zongo, encore moins de Balai citoyen et toutes ces autres vigies de la démocratie et de l'Etat de droit qui sont autant de précieux gardiens des médias, la liberté de la presse étant la mère de toutes les libertés.

Fou il fallait sans doute l'être dans la mesure où il y avait mieux à faire pour faire fructifier son argent plutôt que d'investir dans une entreprise d'un genre particulier qui, en réalité, pour beaucoup, ne l'était pas vraiment et qui, de ce fait, regardaient ces pionniers un peu amusés, convaincus que ce volatile perdrait très vite ses plumes.

Fou pour oser quitter, à l'image d'Edouard Ouédraogo, le confort douillet de la Fonction publique enseignante avec une brillante carrière toute tracée qui s'ouvrait à cette époque bénie du plein-emploi pour un saut dans l'aventure qui pouvait s'avérer périlleux. C'était un quitte ou double.

Fou enfin pour une équipe certes de bonne volonté mais qui, pour la plupart de ses éléments, allaient apprendre le métier dans le tas, suscitant ainsi les quolibets de nombreux papes du métier d'alors pour qui ces amateurs n'avaient rien à voir sur un terrain où ils n'avaient pas leur place. Ils auraient mieux fait, persiflaient-ils, de vendre des bonbons ou des pièces détachées s'ils ne savaient que faire de leur argent.

Puisque pour eux, il fallait être sorti de Lille, de Bordeaux et d'on ne sait où même si, à la vérité, l'histoire des médias, d'ici et d'ailleurs, démontre à souhait, qu'on ne sort pas journaliste d'une école de journalisme si en y entrant on ne l'est pas déjà un peu dans sa tête et ses prédispositions.

Fort heureusement, à côté de ceux-ci, d'autres journalistes ont tout de suite adopté ce nouvel organe qu'ils ont accompagné de leurs précieux conseils et de leurs contributions pour l'aider à grandir.

Fou donc, assurément ! Mais aussi et certainement passionné. Puisque rien de grand dans le monde ne se fait sans elle, la passion a été à coup sûr, ce ressort qui a maintenu le journal en équilibre malgré les difficultés économiques inhérentes à tout début et les coups de boutoirs qui ont culminé dans la nuit du 10 au 11 juin 1984 avec l'incendie criminel dont L'Observateur a été victime sous la révolution sankariste.

Sans que, dans cette chape de plomb qui pesait sur le Burkina, pas grand monde ne bronche, pas même la confrérie dont certains membres, qui viennent encore aujourd'hui solliciter les services du journal, se sont réjouis, parfois ouvertement, des malheurs d'Edouard.

« Ça c'est de l'histoire ancienne » ne manqueront pas de dire ceux qui aiment tant pisser sur ce qui est debout. Oui, c'est de l'histoire mais « ce qui s'est passé autrefois » ne doit-il pas être enseigné, notamment aux jeunes générations afin qu'elles sachent que le paysage médiatique burkinabè n'a pas toujours été ce qu'il est actuellement et que beaucoup ont payé au prix fort la liberté de la presse qui paraît acquise aujourd'hui. Un enseignement indispensable même à l'interne, les 2/3 de la rédaction de L'Obs. n'ayant pas en ce moment l'âge du journal.

François de Sales (le saint patron des journalistes et des écrivains) merci, les choses ne sont plus ce qu'elles étaient. Après une traversée du désert longue de sept ans, L'Observateur a fini en 1991 (1) par renaître, au propre, de ses cendres, au prix d'un changement de nom (2) et l'univers des médias s'est totalement libéré avec l'ouverture démocratique des années 90 qui a entraîné le printemps de la presse comme dans tant d'autres pays africains.

Un nouvel environnement concurrentiel qui a forcément érodé le lectorat ainsi que des parts de marché publicitaires mais dans ce domaine comme dans tous les autres secteurs d'activité, il n'y a rien de tel que la concurrence, si elle est saine et loyale, pour vous tirer vers le haut et vous emmener à vous surpasser.

Votre quotidien se sera adapté tant bien que mal à ce nouveau contexte sans perdre son âme et son credo, celui d'être sinon objectif du moins équitable en se tenant à égale distance de toutes les puissances, qu'elles soient politiques, économiques ou sociales.

Cela, il est vrai, a parfois pu donner l'impression d'un équilibrisme de mauvais aloi quand pour certains il n' y a de journalisme que d'engagé pour ne pas dire révolutionnaire et anti-impérialiste mais ne vaut-il pas mieux, dans notre si beau métier, faire preuve d' une bienveillante neutralité vis-à-vis des différents acteurs que d'être encarté et embarqué ?

Du reste n'avait-il pas prévenu dans l'édito ci-dessus rappelé : « ... prévenons d'autre part certaines images galvaudées du journalisme en disant qu'il est hors des soucis de l'Observateur de se délecter dans la critique systématique de tout et de tous ou de transformer ses pages en ces lieux privilégiés où viennent s'exciter certains instincts. »

Alors que nous soufflons nos quarante et cinq bougies, l'autre défi que nous devons relever et qui est, en réalité, commun à tous les journaux sous toutes les latitudes, c'est la révolution numérique qui met en pointillés l'avenir même de la presse écrite même s'il faut se garder de chanter son requiem comme certains y sont enclins un peu trop rapidement.

Mais entre les médias chauds encore plus chauds avec internet et les réseaux sociaux qui taillent de sérieuses croupières au journalisme traditionnel, la presse écrite doit forcément se réinventer faute de périr.

A titre d'exemple, dans un pays comme la France, la presse écrite a perdu ces dix dernières années environ 50% de son marché et si au Burkina il n'existe pas de chiffres fiables en la matière, la proportion ne doit pas être bien loin.

Ce qu'il faut espérer, c'est qu'à force de se gaver de fast-food médiatique, les lecteurs au risque de courir l'indigestion finiront par se détourner de ce qui est bien souvent de la malbouffe intellectuelle pour retrouver la cuisine raffinée. C'est loin d'être gagné, convenons-en, mais face à ce challenge titanesque, on a la faiblesse de penser que l'écrit aura toujours le dernier... mot.

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