28 Mai 2018

Mauritanie: L'UPR sur les traces du PPM - L'élan d'adhésion qui fait peur

Longtemps scène politique mauritanienne n'a été autant en effervescence ! En effet, depuis quelques mois, c'est à une véritable remise à niveau ou à neuf des plus grandes formations et forces politiques que nous assistons, du parti islamiste Tewassoul qui a changé tout simplement changer de président, à l'UPR qui se restructure pour garder son étreinte sur le pays, en passant par la coalition de l'opposition radicale, le «FNDU» qui a, également, convenu (difficilement c'est vrai), d'un nouveau président.

Ici et/ou là, aussi bien à Nouakchott que dans les wilaya de l'intérieur, ce sont les campagnes de remobilisation des troupes, d'embrigadement des masses, avec des timing, à chaque fois, collant à un calcul très politicien, que ce soit de la part du Pouvoir ou de son opposition la plus farouche, le FNDU.

On aura vu des manifestations estudiantines, des échauffourées provoquées par IRA, avec leurs lots de violentes répressions et des révoltes de citoyens sortis se plaindre de la soif dans certaines villes.

La scène politique nationale est en ébullition et les premiers protagonistes, le Pouvoir et le FNDU, se renvoient les coups cash. Ainsi, lorsque l'UPR organisait ses journées de concertation avec la baraka du fondateur du parti, le Président Aziz, qui a fait le déplacement à la soirée de démarrage, le FNDU se promenait de quartier en quartier à Nouakchott, puis de ville en ville à l'intérieur, pour dénoncer et dénigrer le pouvoir, sa gestion, voire le Président Aziz et bien sûr son parti, l'UPR, accusé d'acheter les pièces d'identité nationales des citoyens pour les besoins de son opération de mise en place de ses instances, le pays allant vers un agenda électoral chargé avec des législatives, des régionales, des municipales en 2018 et une présidentielle et 2019.

Puis ce fut le tour, après le retour des dirigeants du FNDU, des ministres et conseillers de la Présidence et de la Primature d'être dépêchés en campagne de sensibilisation pour expliquer les résultats et recommandations des journées du Parti-Etat et apporter aux militants des informations et des éclaircissements relatifs à la campagne d'adhésion à l'UPR qui en sera suivie et dont le coup d'envoi fut devait être donné dimanche soir dernier, à minuit, sur toute l'étendue du territoire national.

On ne peut pas reprocher à un fils de ressembler à son père

L'enthousiasme des élites intellectuelles qui chantent les louanges du Pouvoir, l'encadrement de proximité et la stratégie du porte à porte menés pour achever de convaincre les populations d'exprimer leur attachement au Président Aziz en adhérant à son Parti, l'UPR, en plus des connexions tribales, auront-ils raison des durs à cuire de l'opposition qui crient, déjà, au hold-up? Une chose est sûre, la formation politique du Président Aziz, l'UPR, est bien décidée à devenir un nouveau « PPM » (Parti du Peuple Mauritanien de feu Moctar Ould Daddah) ou plutôt une sorte de « SEM » (les Structures d'Education des Masses de Haidalla) où la population mauritanienne est embrigadée à 90%.

Dans une note signée, Isselkou Ould Ahmed Izidbih, l'actuel Ministre des Affaires étrangères et de la coopération, agréablement écrite avec un ton bien politicien (lire ci-dessous), diffusée à l'occasion du coup d'envoi de la présente campagne d'adhésion à l'UPR (prévu dimanche et reporté à mercredi), Son Excellence souligne pourtant que « cette campagne doit constituer une rupture par rapport aux pratiques d'antan; sous les funestes «hayakel » (les Structures d'Education des Masses, NDLR) ». Le hic est qu'elle est tout sauf, exactement : « une rupture par rapport aux pratiques d'antan » !

Jamais rupture avec les anciennes pratiques n'a été, ni n'est possible, chez nous. Et pour cause, nous avons un système tribalo-éthnico-régional qui est construit de telle sorte que la politique et le pouvoir sont synonymes d'alliances tribales et d'argent.

Et comme l'UPR est un arrière-petit-fils du PPM, des SEM, du PRDS et du parti ADIL, rien d'étonnant si, à son tour, il voudrait reprendre le flambeau du parti rassembleur et super-puissant, tel celui du père de la Nation, Moctar Ould Daddah, le PPM, où toute la Mauritanie a fini par être obligée d'adhérer, comme chaque famille était embrigadée dans les Structures d'Education des Masses et comme bien des tribus entières étaient membres du PRDS et plus récemment du parti ADIL. Avec l'UPR de l'actuel Président, Mohamed Ould Abdel Aziz, la nature ne fait que reprendre ses droits du côté du parti-Etat !

Un élan d'adhésion à l'UPR qui fait peur

Pourtant, côté opposition radicale, c'est-à-dire au FNDU, l'on veut bien nous faire croire que les populations sont bien conscientes de la nécessité d'en finir avec le pouvoir du Président Aziz et que lors de la tournée entamée, la semaine dernière par les leaders du FNDU à Nema, Aïoun, Kiffa, ce fut «un succès remarquable et encourageant» et que «le peuple répond présent et attend l'alternance démocratique».

Mais n'est-ce pas, parce que «c'est plus facile de faire semblant d'être heureux que d'expliquer pourquoi on est triste».

A en croire le site alakhbar.info, citant la section du RFD à Boutilimit, des membres de l'UPR se seraient faits passer pour des représentants du parti d'Ahmed Daddah (Opposition) «afin d'obtenir des cartes d'identité des habitants dans le but d'acheter leur adhésion».

Un état d'esprit qui en dit long sur ce malaise de l'opposition, comme cela se lit dans le communiqué de l'APP et la dernière sortie médiatique du tout nouveau président du parti Tewassoul, Mohamed Mahmoud Ould Seyidi lequel a appelé à une position ferme contre les campagnes du régime visant à falsifier les adhésions au parti du pouvoir, après avoir truqué le référendum relatif aux amendements constitutionnels de l'année dernière.

«Des cartes d'identité achetées à la pelle par des équipes de collecteurs : la pieuvre frauduleuse se met en place pour les prochaines élections. La nature reprend ses droits du côté du parti-Etat. Une délinquance banalisée sur fond de discrédit de la «démocratie» et de l'Etat de droit», dira le vice-président de l'UFP, Me Lo Gourmo Abdoul.

Pour sa part, le président de l'UPR, Me Sidi Mohamed Ould Maham, estime que l'appartenance à son parti était «un acte personnel et tangible» et il ne s'agit là, de la part de l'opposition, que d'une énième campagne de diffamation, estimant que«les campagnes de diffamation à l'endroit de notre parti, n'ont pas de limites . Elles émanent d'esprits qui n'ont pas le moindre atome de culture démocratique et qui n'ont pas de notoriété aux yeux des citoyens».

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