29 Mai 2018

Burkina Faso: Hygiène menstruelle - Le combat des filles quand les Anglais débarquent à l'école

«Le pont est cassé», «Il y a inondation au Pays-Bas» ou encore «Les Anglais ont débarqué». Ce sont autant de messages codés utilisés par les femmes pour parler de leurs règles ou menstrues, un sujet tabou dans plusieurs milieux. Beaucoup considèrent en effet la femme en règles comme étant dans un état « d'impureté ».

C'est pourtant un phénomène biologique normal auquel sont soumises, une fois par mois, les femmes, de la puberté à la ménopause. Caractérisée par l'écoulement de sang, en plus de maux de bas-ventre ou de sautes d'humeur dans certains cas, la période menstruelle constitue un problème majeur à gérer aussi bien pour les femmes que pour les jeunes filles.

Concernant ces dernières, notamment celles sur les bancs, comment gèrent-elles leurs menstrues ? Quelle hygiène quand on voit ses règles à l'école ? Comment concilier règles et école ? Description du problème à l'occasion de la Journée mondiale de l'hygiène menstruelle, le 28 mai.

Dans une classe, le professeur invite une élève à aller au tableau. Celle-ci décline l'offre. Le professeur lui enjoint, une, deux, trois fois de rejoindre le tableau mais elle reste sur sa position. Très en colère, l'enseignant la rejoint à sa place et la tire de force pour la faire se lever.

Alors, quelle découverte ! Des «hum, hum, Monsieur» fusent de partout dans la salle, des têtes s'élèvent pour voir ce qui se passe... Quelle honte ! L'arrière de la tenue de la pauvre était imbibé de sang. Une camarade s'empresse de lui passer un pagne. Confus, le professeur tente de s'excuser en lâchant : tu ne pouvais pas me dire ça ? avant de l'autoriser à rentrer chez elle. Ambiance.

Cette scène à laquelle l'auteur de ces lignes a assisté ne la quittera jamais, de même que les regards de pitié envers cette jeune fille quand, le lendemain, elle est revenue à l'école ou même des années après quand on la voyait dans la rue. Cette tache de sang ne sera jamais effacée des mémoires.

Déplorable, quand on sait que le seul pêché de cette « femme » a été de se laisser surprendre par ses règles, qui ne préviennent pas toujours, à l'école ; malheureusement, son cas est loin d'être isolé. En effet, elles sont bien nombreuses, les jeunes élèves qui vivent quotidiennement cette situation.

Souvent incomprise par son entourage, la jeune fille en menstrues est parfois objet de marginalisation. « Nous considérons le phénomène des menstrues comme une question genre.

En effet, au-delà du caractère biologique, il y a des perceptions sociales qui entourent les menstrues et qui marginalisent la jeune fille en menstrues.

Ce qui l'empêche, souvent, si elle est scolarisée, d'être assidue à l'école », a relevé Inoussa Sissao de la Direction de la promotion de l'éducation inclusive, de l'éducation des filles et du genre (DPE/EFG) du ministère de l'Education nationale, que nous avons rencontré lundi 28 mai à son bureau de Paspanga à Ouagadougou alors qu'il venait de rentrer de la célébration de la journée mondiale de l'hygiène menstruelle tenue au lycée Nelson Mandela.

Une fille sur dix s'absente de l'école à cause des règles

Ce même jour, aux environs de 11h30 dans la grande cour du lycée Bambata de Ouagadougou, nous posons exprès cette question, « Sais-tu quand une fille de ta classe a ses règles ? » à Ibrahim Cheick Nana, élève de la classe de 2nd C2. Sa réponse : affirmative. Comment le sais-tu ?, poursuivons-nous. Réponse : « Quand elle commence à se plaindre de maux de ventre ». No comment.

La marginalisation, on l'imagine, favorise la déscolarisation de la jeune fille.

A en croire en effet monsieur Sissao citant une étude de l'UNICEF, 1 fille sur 10 s'absente de l'école à cause de son cycle menstruel. D'autres études ont également montré que les filles sont obligées de rentrer à la maison quand elles sont indisposées.

«C'est l'une des raisons pour lesquelles, malgré le fait que le nombre de filles dépasse celui des garçons dans les classes, ces derniers arrivent à se maintenir à l'école et à réussir plus que les filles.

A cela s'ajoutent les phénomènes connexes de grossesse et de mariage auxquels sont exposées les adolescentes dès la première saignée. Dans certaines sociétés, on dit même qu'une fille ne voit pas trois fois ses règles chez ses parents », a-t-il relevé avant d'ajouter que ces obstacles à la poursuite des études, à la réussite et au maintien des filles à l'école, sa direction les a pris à bras le corps.

En plus des risques de déscolarisation, les menstrues constituent un véritable problème de santé pour les femmes. Ainsi des activités sont initiées dans certains établissements pour amener les jeunes filles à prendre conscience de ce qui leur arrive quand elles sont en règles et d'en discuter avec d'autres personnes.

« Nous avons, par exemple, mis en place dans certains établissements des clubs qui constituent des cadres d'échange où les filles peuvent se retrouver et parler de leur corps, de la gestion de leurs menstrues, cela avec l'accompagnement de mentors », a-t-il indiqué.

En plus de cette activité, un guide intitulé « La puberté et l'hygiène menstruelle » a été édité, en partenariat avec l'UNICEF, au profit des filles. Ce document, d'une vingtaine de pages, répond à toutes les questions relatives aux menstrues, notamment à leur la gestion hygiénique à l'école.

La gestion des règles constitue en effet un véritable casse-tête pour des élèves qui n'ont pas toujours un endroit à l'école où se nettoyer et se changer quand elles sont en période : la majorité des établissements de la ville manquent de cadre approprié, à l'image des toilettes adaptées, de salles de rechange ou même parfois de la simple eau, indispensables pour s'assurer une bonne hygiène intime.

Un constat que corrobore le proviseur du lycée Bambata dès que nous abordons avec lui le sujet. Il a émis le vœu que de bonnes volontés aident les écoles à se doter d'équipements dans ce sens.

« Chez moi là, ça vient beaucoup »

De jeunes filles du lycée ne se feront pas prier pour parler des problèmes d'hygiène qu'elles rencontrent à l'école quand elles sont en règles : Mamata Ouédraogo, Nemata Kiemtoré, Habibou Ouédraogo et Alizèta Ouédraogo, toutes élèves de la 2nd C2, sont confrontées au même problème : celui du manque d'hygiène des toilettes qui ne leur permet pas de se changer, même si elles prennent le soin d'apporter des serviettes de rechange, car ne rentrant pas chez elles à midi.

« Chez moi là, ça vient beaucoup. Donc je double les slips et je porte une petite culotte en bas de ma tenue. En plus j'apporte un pagne en cas de débordement », a confié l'une d'elles avant de relever qu'il arrive parfois, malgré toutes ces précautions, que ses habits soient tachetés.

Foi d'Inoussa Sissao, son service œuvre également à améliorer l'environnement d'étude pour que la fille en période menstruelle puisse gérer de façon hygiénique l'écoulement de sang et suivre les cours normalement comme les garçons : «Grâce à nos activités, de nombreux établissements ont commencé à rendre propres leurs toilettes.

Avec l'accompagnement d'ONG de mise en œuvre également, des kits d'urgence, constitués de serviettes hygiéniques, sont remis aux jeunes filles.

Il est même arrivé que nous construisions des salles de rechange pour permettre aux filles de se nettoyer et de se changer afin de rester à l'école ». Vivement donc que ce genre d'initiatives se répande dans tous les établissements, dans toutes les écoles du pays.

En effet avec des règles qui apparaissent de plus en plus précocement, le problème se vit aussi dans les écoles primaires.

Loraine Kaboré, 14 ans, élève du CM2 à l'école primaire Bilbalgho, voit ses règles depuis une année. Ses menstrues sont parfois accompagnées de maux de ventre.

Mais elle s'arrange pour ne pas rater l'école, d'autant plus qu'elle est en classe d'examen. Pour sa protection, elle utilise du coton hygiénique et apporte un pagne pour les cas de débordement. «J'apporte en plus un coton de rechange. Quand je sens que celui que j'ai porté est plein, je vais à côté des toilettes le changer», a t-elle confié.

Même son de cloche de la part de sa camarade de classe Reine Sylviane Zoungrana, âgée, elle, de 15 ans.

A ces jeunes filles, leurs parents, en l'occurrence les mères, ont-elles déjà parlé des règles ? Non, ont-elles toutes deux répondu. Toutefois, à les en croire, le sujet est évoqué dans certaines matières comme les Sciences de la vie et de la terre (SVT) et la puériculture.

Mais qui mieux qu'une gynécologue-obstétricienne pour en parler ? (Confère encadré 2)

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