28 Mai 2018

Afrique: Le Rwanda à la conquête de la Francophonie !

S'il y a une visite qui a focalisé tant les attentions, c'est bel et bien celle effectuée par le président rwandais, Paul Kagamé, la semaine dernière, à Paris en France. En effet, cette visite officielle qui l'a conduit sur le sol français, après sept années dégel des relations entre Paris et Kigali a suscité une curiosité monstre jamais observée sur le continent à l'occasion d'une visite de chef d'Etat à un homologue, fut-il français.

Pour bien d'observateurs avisés, il fallait s'attendre à ce que la « visite de travail » du chef de l'Etat rwandais à l'Elysée fasse le choux gras des médias, vu les relations tendues entre les deux Etats depuis l'avènement du génocide en 1994. Les autorités rwandaises n'ont de cesse de reprocher à la France le rôle trouble qu'elle aurait joué pendant ces événements qui ont fait, entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 morts.

Les autorités françaises d'alors sont notamment accusées d'avoir soutenu le pouvoir Hutu dans le massacre des Tutsis, une tribu minoritaire. Un drame précipité par la mort du président Juvénal Habyarimana à la suite d'un crash de son avion, le 6 avril de la même année.

Des accusations que Paris avait toujours réfutées jusqu'en 2010 où le président Nicolas Sarkozy a reconnu lors d'un de ses déplacements dans la capitale rwandaise, «de graves erreurs d'appréciation de Paris» et une «forme d'aveuglement» sans toutefois présenter d'excuses. Ce passé douloureux que se remémorent les Rwandais continue d'empoisonner les relations entre la France et le Rwanda sur lesquelles planent de gros nuages qui peinent encore à se dissiper.

D'ailleurs, comme il fallait s'y attendre, ce sujet fâcheux a ressurgi dans les discussions entre «l'homme mince de Kigali» et son homologue français Emmanuel Macron au palais de l'Elysées.

Sur la question, Macron a laissé entendre qu'un travail de déclassification a été engagé, promettant de faire en sorte que la démarche aille jusqu'au bout. Pour autant, il ne faut pas se voiler la face, car le séjour parisien de Paul Kagamé n'avait pas pour principal objectif de redonner un peu de chaleur à ses relations avec l'hexagone.

Ce voyage s'inscrit plutôt dans le cadre d'une campagne voulue par le chef de l'Etat rwandais pour soutenir la candidature de la ministre des Affaires étrangères de son pays, Louise Mushikiwabo, au poste de Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Cheffe de la diplomatie et porte-parole du gouvernement depuis une dizaine d'années, Mme Mushikiwabo est aujourd'hui un personnage incontournable du régime Kagamé.

Et la mission semble avoir été bien remplie puisque Kigali a eu l'onction de la France pour hisser son ambassadrice à la tête de l'OIF en remplacement de l'actuelle Secrétaire générale, la Canadienne Michaëlle Jean, qui entend aussi briguer un second mandat. «S'il y a une candidature africaine au poste de Secrétaire général de la Francophonie, elle aurait beaucoup de sens.

Si elle était africaine et féminine, elle aurait encore plus de sens. Et donc, je crois qu'à ce titre la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, a toutes les compétences pour exercer cette fonction. Je la soutiendrai», a dit Emmanuel Macron. Une déclaration qui n'a pas fait bouder le président Kagamé qui a affirmé vouloir contribuer à une Francophonie pleine d'espérance, surtout pour les jeunes africains.

Si le soutien de la France est un atout de taille pour la Rwandaise, le tour n'est pas encore joué. Elle doit faire le consensus des chefs d'Etat sur le continent pour parvenir à son ambition.

Car, on se rappelle que les pays africains divisés sur les candidatures de l'ancien président burundais Pierre Buyoya et de l'écrivain et diplomate congolais Henri Lopes, avaient ouvert en 2014, une voie royale à la Canadienne Michaëlle Jean qui est passée haut les mains. Les dirigeants africains parviendront-ils cette fois-ci à un consensus ?

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