Sénégal: Lanfia Diané - « La migration est une activité complexe et multidimensionnelle »

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La migration est une activité "complexe et multidimensionnelle" dont la gestion nécessite "une approche globale, responsable et solidaire" aussi bien à l'échelle internationale, nationale que locale, a indiqué Lanfia Diané, coordonnateur du processus d'élaboration de la politique nationale des migrations du Sénégal.

"Aujourd'hui, on parle beaucoup de territorialisation des politiques publiques, y compris la migration. Donc si on ne crée pas cette synergie entre les différentes échelles de collectivités territoriales pour aborder de manière holistique et cohérente la question migratoire, on risque de passer à côté", a-t-il dit, affirmant que "face à une question complexe, il faut une approche globale, coordonnée et intelligente pour aborder une question aussi sensible et complexe des migrations".

Selon lui, de 1960 à 2018, le Sénégal n'avait pas de politique nationale de migration, alors que l'importance d'une politique nationale, c'est de donner une vision commune à l'ensemble des acteurs avec des orientations stratégiques consensuelles qui vont permettre d'être plus efficaces et de ne pas cautionner les redondances et les inefficacités.

"Nous avons élaboré une politique nationale qui a été validé par un comité de pilotage et le processus de validation politique est en cours. Et on est entrain de préparer un conseil interministériel pour cela avant d'aller vers une assemblée générale pour donner à ce document un cachet politique", a expliqué Lanfia Diané.

Pour lui, la migration n'est pas négative. "Si vous regardez ces dix dernières années, de 2008 à 2017, on a en moyenne par an 930 milliards de francs en transferts. Ce qui n'est pas négligeable, si l'on se réfère à l'impact de ces transferts sur le bien-être des ménages bénéficiaires.

Mais il y a aussi la possibilité d'orienter davantage une partie des transferts vers l'investissement productif pour contribuer à la création d'emplois, donc à la lutte contre le chômage de manière générale", a-t-il soutenu, ajoutant qu'il y a aussi la dimension transfert de connaissances, parce que les migrants qui sont dans la diaspora, une fois de retour, peuvent participer, à distance ou à leur retour définitif, au renforcement du capital humain national ou local.

"Donc elle (la migration) est importante à plus d'un titre. Raison pour laquelle, le Sénégal a élaboré une politique nationale migratoire pour permettre d'apporter des "réponses cohérentes et durables" à la problématique de plus en plus complexe de la migration, qui est au cœur des préoccupations de toutes les nations : soit on est pays d'origine ou de départ, soit on est un pays de transit ou encore, un pays de destination ou d'accueil", a poursuivi le coordonnateur du processus d'élaboration de la politique nationale des migrations du Sénégal qui déclare que tout le monde est concerné.

Il y a une publication de la division de la population des Nations-Unies qui a démontré que d'ici 2030, la population de l'UE va décroître de 17%. Et que l'Union européenne (UE) n'aura d'autre choix que de recourir à la migration pour espérer combler son déficit en main d'œuvre et pour maintenir son taux annuel de croissance à long terme.

"Cela veut dire que c'est une problématique qui concerne tout le monde. On parle parfois de comment fixer les populations. Je suis contre ce concept de fixer les populations et c'est même anticonstitutionnel au Sénégal comme dans beaucoup de pays. Parce que la migration est un phénomène dont personne ne peut décréter l'arrêt ;

c'est un droit fondamental reconnu par la Constitution du Sénégal en son Article 14 qui dispose que tout citoyen a le droit de se déplacer et de s'établir librement aussi bien sur l'étendue du territoire qu'à l'étranger", a-t-il rappelé, ajoutant qu'il ne s'agit pas donc de fixer les populations, mais de développer les régions et permettre à ceux qui veulent réussir localement de réaliser leur ambition.

"Maintenant, on n'empêchera jamais ceux qui veulent partir. On évoque souvent les causes des départs mais il y en a qui, même riches, ont besoin d'aller découvrir ce qui se passe ailleurs.

Ce qui est un droit naturel. Raison pour laquelle je suis contre l'idée de fixer les gens : il s'agit plutôt de voir comment développer les terroirs d'origine pour maitriser les flux migratoires.

Parce qu'il est certain que si on parvient à développer les terroirs d'origine, parce que la question de développement est au centre, on parviendra à créer des opportunités d'emploi et permettre à une bonne frange de la jeunesse de réaliser leurs ambitions localement.

D'après lui, s'ils sont bien exploités, les flux de personnes à travers le monde présentent plusieurs avantages, selon Lanfia Diané, Coordonnateur du processus d'élaboration de la politique nationale des migrations du Sénégal. Pour qui, ces avantages sont multiformes et prennent en compte plusieurs aspects de la vie.

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