1 Juin 2018

Burkina Faso: Oumarou Idani, ministre des mines et des carrières - « Je n'ai jamais dit qu'il y avait du pétrole au Burkina»

interview

Le Burkina Faso est devenu un pays minier. En effet, après l'or, des informations font état de traces d'autres richesses dans son sous-sol. Il était question, à un moment donné, de l'existence de pétrole. Nous avons échangé avec le ministre des Mines et des carrières sur l'existence de ces différentes ressources dans le sous-sol du pays des Hommes intègres et voilà ses réponses. Lisez plutôt.

Vous avez lancé, le 19 mai dernier, dans la ville de Fada N'Gourma, une opération aéroportée. Pourquoi une telle opération ?

Au début de tout projet minier, il y a la collecte des données géologiques de base, à partir desquelles les investisseurs miniers effectuent des travaux d'exploration complémentaires. Pour la collecte des données de base, plusieurs méthodes existent dont le levé géophysique aéroporté qui est un moyen de couverture rapide par avion de l'espace à lever. Les trois quarts du territoire avaient déjà été traités. Il manquait donc le levé sur le dernier quart. Du fait de l'évolution des géo-sciences, des méthodes plus performantes sont à notre portée, d'où notre recours au « levé géophysique aéroporté haute résolution en magnétisme et spectrométrie gamma ». Il s'agit, à ce jour, d'une méthode de pointe, susceptible de collecter des données plus fiables et d'aboutir surtout à une cartographie thématique de précision du sol et du sous-sol burkinabè. Cette opération est envisagée dans le but de prouver l'existence d'indices intéressants dans le « bloc B quart Sud-Est » du Burkina, qui touche les régions administratives de l'Est, du Centre-Est, du Centre-Sud, du Sahel et du Plateau central. Elle créera sans doute les conditions de développement de plusieurs autres dans cette partie du pays. Elle pourra éventuellement contribuer à la diversification de la production pour l'instant dominée par la production aurifère.

Les Burkinabè ont été agréablement surpris d'entendre que des traces de pétrole ont été retrouvées dans leur pays. Comment en est-on arrivé là ?

Vous faites bien d'aborder un sujet qui a défrayé la chronique après effectivement notre passage sur une chaîne de télévision de la place, en début avril 2018. Je profite de votre micro pour faire une mise au point nécessaire. Je n'ai jamais dit qu'il y avait des traces de pétrole au Burkina. Cependant, j'affirme que notre sous-sol, dans certaines régions, est constitué de formations géologiques similaires à celles où on a trouvé du pétrole et /ou du gaz ailleurs. Et j'ajoute qu'en tant que ministre des Mines et des carrières, je dois chercher à répondre à la question suivante : le Burkina dispose-t-il de pétrole ? C'est une question de bon sens, de crédibilité et même de redevabilité vis-à-vis de notre peuple. J'ai ainsi ajouté que le Burkina doit chercher à le savoir en scrutant dans deux directions. La première, c'est le renforcement des capacités de notre service géologique national, le BUMIGEB, pour qu'il s'investisse également dans des programmes de recherche de base du pétrole, par la disponibilisation d'indices plus précis qui orientent notre action. La deuxième direction sur laquelle nous avons commencé à travailler, c'est l'élaboration et l'adoption d'un Code pétrolier, donc d'une règlementation pétrolière sans laquelle tout partenariat avec les compagnies à même de nous accompagner est impossible, alors que la prospection pétrolière coûte très cher. Dans tous les cas, nous devons être ambitieux et optimistes quant à l'avenir de ce pays qui, il y a seulement quelques décennies, avait un sous-sol réputé ne disposer d'aucune ressource minérale à part le manganèse de Tambao. Aujourd'hui, nous produisons 50 tonnes d'or au moins par an avec un chiffre d'affaires de plus de 1350 milliards de F CFA.

On parle précisément de traces de pétrole dans la zone de Nouna. A quand l'exploitation de ce pétrole ?

Je parlais tantôt de formations géologiques similaires à celles de pays pétroliers. Je m'abstiens de donner une localisation en l'absence de recherches poussées. Nombre de localités burkinabè sont assises sur les formations géologiques en question. Permettez-moi d'arrêter le débat à ce stade. La réponse à la question du pétrole se trouve dans la recherche et la prospection.

On parle aussi d'uranium. Dans quelle localité le retrouve-t-on ?

Pour l'uranium, nous avons des indices dans différentes parties de notre pays. Des traces comme vous dites. Mais nous ne prétendons pas que nous avons mis en évidence des gisements exploitables. L'avenir nous situera davantage sur la présence de ces substances minérales dans notre pays. Pour l'instant, je demande aux citoyens et surtout aux journalistes de patienter et d'aller à la recherche de l'information juste. Qui sait ! Notre patience et notre foi en l'avenir seront peut-être un chemin de pétrole ou d'uranium.

Pendant longtemps, le Burkina Faso était considéré comme un pays au sous-sol très pauvre en ressources minières. Aujourd'hui, la donne a changé.

Oui ! C'est vrai, la donne a changé, au regard des 12 mines industrielles existantes et qui ont permis au pays d'exporter 45,6 tonnes de production industrielle, pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 1350 milliards de F CFA comme je l'ai indiqué, et 226 milliards de F CFA de recettes directes au budget de l'Etat.

Est-ce que l'idée que le sous-sol est pauvre n'a pas été entretenue à dessein ?

Peut-être ! Je pense surtout qu'il nous a manqué, pendant longtemps, des ressources humaines compétentes en quantité suffisante pour amorcer des travaux de recherches géologiques, géophysiques et géo-chimiques de grande envergure. Mais heureusement, dans les années 70, ce retard a été réduit par la formation d'aînés à qui nous avons à juste titre rendu hommage lors de la célébration du 40ème anniversaire du BUMIGEB, organisée du 24 au 26 mai 2018. Ces pionniers comptent parmi eux des spécialistes de renom comme Feu Emile Gansonré, Pierre Tapsoba, François Ouindlassida Ouédraogo, Pierre Adama Traoré, Philippe Ouédraogo, pour ne citer que ceux-là. Ensemble, ces aînés ont fait œuvre utile à la géologie burkinabè, abattant un travail gigantesque dans des conditions souvent difficiles. Au prix d'engagement, de détermination, de courage et de sacrifices, ces anciens ont semé des plantes aux fruits délicieux cueillis par les générations actuelles. Aujourd'hui, de nombreux jeunes cadres assurent la relève dans un contexte d'évolution des sciences de la terre. Notre travail, au quotidien, en tant que ministre de tutelle, est d'accompagner ces jeunes à se servir des méthodes modernes pour la découverte de nouvelles occurrences minérales et pour la diversification des productions minières.

En dehors de l'or, quelles sont les principales ressources minières du Burkina Faso ?

Sur 12 mines industrielles en exploitation au Burkina Faso, il n'y a qu'une seule mine de zinc. Les 11 autres sont toutes des mines d'or. C'est pourquoi notre ambition est aussi de diversifier les productions minières, surtout que le potentiel existe. Outre l'or, nous sommes tous témoins du manganèse de Tambao qui est à même d'apporter beaucoup à notre pays, surtout qu'on assiste à une tendance haussière des cours de ce minerai. Au-delà de l'or, du zinc et du manganèse, nous pouvons, sur la base d'indices découverts par notre service géologique national, attester de l'existence, au Burkina Faso, de phosphate, de calcaire à ciment, d'autres substances ferreuses et non ferreuses, de cuivre, de plomb, de platine, de nickel. Des indices de substances précieuses comme le diamant sont également trouvés dans les régions. Je m'en voudrais de ne pas citer les nombreuses substances de carrière : granit, calcaires dolomitiques, argile, tuf.

Y a-t-il des partenaires qui se sont déjà manifestés pour l'exploration des ressources minières nouvellement « découvertes »?

Absolument! Toutes les semaines, nous recevons des visites et des courriers d'intention de nouveaux et d'habituels partenaires dans le but d'obtenir des permis de recherche ou d'achat de résultats des compagnies d'exploration pour directement développer des mines. C'est pourquoi, vu sous le prisme du niveau d'investissement dans l'exploration, notre pays est le deuxième pays le plus dynamique en Afrique, après la République démocratique du Congo. Cela est encourageant, parce que l'investissement des partenaires dans la recherche, est une preuve de la confiance que ces investisseurs portent au Burkina. C'est l'expression de leur foi en l'avenir de notre secteur minier. Mais pour nous, en lieu et place d'autosatisfaction, nous considérons cela comme un défi parce que la confiance n'est jamais acquise une fois pour toutes. Elle se conquiert, s'acquiert et s'entretient. C'est pourquoi nous ne devons pas faillir dans l'amélioration continue de la gouvernance des ressources minières.

Peut-on considérer que les autorités d'aujourd'hui pensent aux générations futures dans l'exploitation des ressources minières ?

Le Code minier, en ses dispositions, a prévu quatre fonds que sont respectivement : le Fonds minier de développement local, le Fond de réhabilitation et de fermeture des mines industrielles, le Fonds de réhabilitation, de sécurisation des sites miniers artisanaux et le Fonds de financement de la recherche géologique et minière et de soutien à la formation sur les sciences de la terre. A mon avis, ces fonds contribuent déjà implicitement à la préparation du bien-être des générations futures. Mais de façon explicite, nous ne perdons pas de vue la nécessité de la mise en place d'un fonds minier pour les générations futures, qui est un engagement pris par SEM Roch Marc Christian Kaboré, Président du Faso, dans le cadre de son programme présidentiel. Dès l'opérationnalisation des quatre fonds précités, je développerai des initiatives pour ce faire. Une première piste en la matière sera de relire les textes de la Société de participations minières du Burkina (SOPAMIB), et de l'opérationnaliser dans les meilleurs délais. Elle a vocation à gérer les revenus provenant de notre participation à hauteur de 10% au capital des compagnies minières, de façon à pouvoir réinvestir dans le secteur minier. La promotion de la fourniture locale des biens et services aux sociétés minières - biens et services produits au Burkina pour satisfaire les besoins des mines développées au Burkina- procède également de cette dynamique. Tout cela sera de nature à soutenir et à compléter les avantages qui seront induits par la création formelle d'un « Fonds minier pour les générations futures » tel qu'indiqué dans le programme de son Excellence Roch Marc Christian Kaboré, Président du Faso.

Sur le plan de la formation, l'exploitation de l'or a surpris le Burkina. Est-ce que l'on se prépare, en termes de ressources humaines, pour l'exploitation des autres mines ?

Bien que le pays soit en passe de devenir un pays minier majeur, nous accusons un retard dans de nombreux métiers de la mine. Les aînés ont eu le mérite de relever le défi des découvertes. La nouvelle génération est appelée à relever le défi de la valorisation et de la compétitivité. C'est pourquoi nous avons pour ambition d'actionner le levier de la formation. En la matière, les initiatives sont nombreuses : l'Ecole nationale supérieure des ingénieurs de Fada N'Gourma (ENSIF) met déjà sur le marché des ingénieurs ayant compétences dans les mines. L'Université de Ouagadougou forme déjà des géologues et a créé l'Ecole polytechnique de Ouagadougou (EPO) avec, à l'intérieur et en bonne place, un Institut de génie minier. La Chambre des mines et la Chambre de commerce ont un projet d'école de formation des professionnels des Mines. Le ministère des Mines et des carrières nourrit également l'ambition de créer une Ecole des métiers de la mine à toutes les échelles (techniciens, techniciens supérieurs, ingénieurs des travaux, ingénieurs de conception). Toutes ces initiatives viennent en renfort à des instituts privés de formation déjà existants. Face à cette diversité de structures de formation, le déficit en experts miniers sera comblé dans un futur proche. C'est parti même pour que le Burkina, à long terme, soit exportateur de main-d'œuvre qualifiée dans le domaine des mines et des carrières.

Où en est-on, de façon succincte, avec l'affaire Tambao ?

Sur cette affaire, un communiqué du gouvernement burkinabè daté du 14 Mai 2018, est très clair. En voilà un extrait précis. «Par ordonnance rendue le 11 mai 2018, le Tribunal arbitral constitué sous l'égide de la Chambre du commerce international (CCI) dans un litige opposant les sociétés Pan African Burkina Limited (PAB), Pan African Minerals Burkina Sarl (PAMB) et Pan African Tambao (PAT), trois sociétés détenues par M. Frank TIMIS à l'Etat du Faso, a refusé de faire droit à la demande de mesures provisoires sollicitées par les sociétés du groupe TIMIS. Le Burkina Faso, qui avait très clairement exprimé son souhait de retrouver au plus vite et régulièrement, un repreneur réellement en mesure d'exploiter la mine de Tambao conformément aux intérêts de l'Etat burkinabè et de prendre en charge la construction des infrastructures propres à désenclaver la région du Sahel et ses populations, pourra ainsi mettre prochainement en œuvre une procédure de réattribution du projet intégré de Tambao ». Je n'en dirai pas plus. C'est tout dire dans le sens de la défense des intérêts supérieurs de notre peuple.

Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour faire face aux conséquences environnementales de l'exploitation minière ?

Une des particularités de notre nouveau Code minier adopté en 2015, c'est la prise en compte de la dimension environnementale. Au Burkina Faso, les mesures pour faire face aux conséquences environnementales de l'exploitation minière, sont prises en trois temps : avant, pendant et après l'exploitation de la mine. Avant l'exploitation, tout opérateur a l'obligation d'élaborer un PGES (Plan de gestion environnemental et social) qui permet de prendre la mesure de l'impact négatif du projet minier sur l'environnement et d'envisager bien entendu des mesures palliatives. Pendant l'exploitation, la mine est soumise au contrôle de l'Inspection des mines du ministère des Mines et des carrières et aux contrôles inopinés du Bureau national des évaluations environnementales (BUNEE). Ces sorties du BUNEE contraignent la mine au respect des normes environnementales. Pendant et après l'exploitation, il est prévu une réhabilitation et des mesures de fermeture de la mine dont la mise en œuvre est assurée par un comité interministériel qui active un fonds de réhabilitation préalablement constitué par la mine tout au long de sa durée.

Avez-vous un autre commentaire à faire ?

Je voudrais vous remercier pour l'initiative de cette causerie et à travers vous, l'ensemble de la presse burkinabè, pour l'intérêt particulier porté de plus en plus au secteur minier. Je saisis l'opportunité pour remercier tous les acteurs de ce secteur : les secteurs étatiques, les industriels et les artisans miniers, les organisations de la société civile, les collectivités locales, les partenaires techniques et financiers pour la bonne collaboration qui nous permet d'opérer des avancées significatives dans ce secteur. Je voudrais vous assurer que vous trouverez en ma personne et en l'ensemble des personnels du ministère des Mines et des carrières, des partenaires enthousiastes et attentifs à vos préoccupations. J'ai pris ma fonction avec la profonde conviction que la collaboration avec tous les partenaires est une condition essentielle de développement de notre secteur minier.

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