11 Juin 2018

Congo-Kinshasa: Rapprochement entre le pays et la Russie - On voit venir Kabila

En République démocratique du Congo (RDC), au fur et à mesure qu'approche la date butoir fixée pour l'organisation de la présidentielle, la tension monte. Et pour cause. A ce jour, nul ne saurait dire si le président Joseph Kabila, constitutionnellement disqualifié pour briguer un troisième mandat, mettra un point d'honneur à respecter la loi fondamentale de son pays ou s'il succombera à la tentation de tripatouiller la Constitution de son pays pour se remettre en jeu dans la course à sa propre succession.

Pour l'instant, l'intéressé lui-même garde un silence inquiétant sur la question. Attitude qui, pour ses contempteurs et de nombreux observateurs, ne traduit ni plus ni moins que des velléités de confiscation du pouvoir, à l'image de tous les satrapes du continent qui constituent autant d'obstacles à la promotion du jeu de l'alternance.

Kinshasa ne voit pas d'un bon œil, les réchauffements de l'axe Paris-Kigali-Luanda

Et tout porte à croire que Kabila fils est dans la même logique. Car, non seulement tout semble mis en œuvre pour que les élections ne se tiennent pas à bonne date en RDC, mais son récent rapprochement avec Moscou à travers l'exhumation d'un accord de coopération militaire et technique vieux d'une vingtaine d'années, peut aussi être décrypté comme une volonté de bunkériser son pouvoir pour faire face à la bourrasque que pourrait susciter une éventuelle candidature de sa part. En tout cas, c'est ce que l'on est porté à croire, après l'adoption, en fin de semaine

dernière, dudit accord à l'Assemblée nationale, au lendemain de la visite du vice-ministre russe des Affaires étrangères, à Kinshasa. Un accord qui prévoit, entre autres, la livraison, par la Russie, d'armements, de matériels de guerre « et autres équipements spécifiques », en plus des « missions de conseils » et de l'ouverture des écoles russes à la formation de spécialistes militaires congolais.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que face à la situation de son pays, Kabila ne reste pas les bras croisés. Du reste, le timing de l'exhumation de ce vieil accord de coopération militaire, amène à se poser des questions. Pourquoi maintenant ? Est-ce dans la perspective des élections à venir ?

En tout cas, ce n'est pas une hypothèse à écarter. D'autant plus que le flou entretenu visiblement à dessein autour de sa candidature, ne semble tromper personne sur sa volonté de se remettre dans le jeu électoral.

Or, la résistance à cette forfaiture en gestation, semble se préparer aussi bien à l'intérieur de son pays qu'à l'extérieur où Kabila ne semble pas pouvoir compter sur bien des appuis dans sa volonté de ne pas respecter le jeu de l'alternance dans son pays.

Certaines puissances occidentales comme la France ou les Etats-Unis l'ayant clairement encouragé à passer la main en décembre 2018. En plus, les autorités de Kinshasa ne voient pas d'un bon œil, les réchauffements de l'axe Paris-Kigali-Luanda qu'elles soupçonnent de conspiration contre leur pouvoir.

Dans un tel contexte, comment ne pas voir dans ce rapprochement de Kinshasa avec Moscou, une façon de rééquilibrer l'équation de la succession du locataire du Palais de marbre qui fait couler beaucoup d'encre et de salive bien au- delà des frontières du pays ?

Si Joseph Kabila s'apprête à opérer un passage en force, il faudra craindre le pire pour la RDC

En tout cas, Kabila voudrait briser son isolement diplomatique qui ne dit pas son nom, en se tournant vers Moscou, qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Mais cela peut aussi être perçu comme une façon pour le chef de l'Etat congolais de se préparer à aller au casse-pipe, dans la course à sa propre succession.

A tout le moins, l'on peut se laisser convaincre que Kabila s'apprête à faire face à l'adversité, parce qu'il sait ce qu'il prépare pour son pays et les conséquences qui pourraient en découler. C'est-à-dire une candidature de sa part, qui pourrait mettre le pays à feu et à sang.

Et c'est toute la crainte que l'on peut nourrir, face à une telle initiative qui pourrait voir le spectre d'une nouvelle guerre civile se préciser. Ce d'autant que dans ce pays-continent coutumier des violentes manifestations de rue, l'on peut douter du caractère républicain de l'armée qui ne fait généralement pas dans la dentelle en matière de répression des manifestants.

Or, si, comme il en donne des signes de plus en plus manifestes, Joseph Kabila s'apprête à opérer un passage en force pour rester au pouvoir, il faudra craindre le pire pour la RDC. D'autant plus que l'opposition ne semble pas prête à se laisser conter fleurette.

Et le récent épisode de l'acquittement en appel de Jean-Pierre Bemba à la Cour pénale internationale, pourrait davantage compliquer la situation pour Joseph Kabila qui avait déjà du souci à se faire avec des adversaires comme Moïse Katumbi et Félix Tshisékédi qui se présentent comme des concurrents sérieux à la consécration suprême.

D'un autre côté, il n'est pas exclu que le rapprochement de Joseph Kabila avec Moscou, vise à couvrir ses arrières au Conseil de sécurité de l'ONU, en cas de besoin.

De ce point de vue, ce rapprochement pourrait être profitable au chef de l'Etat congolais à double titre: sur le plan politique et diplomatique d'une part, et sur le plan du renforcement militaire d'autre part, pour parer à toute éventualité. En tout état de cause, si c'est une façon de réunir les ingrédients de la répression, on voit venir Kabila.

Congo-Kinshasa

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