12 Juin 2018

Congo-Kinshasa: Bemba-Luanda et Elections 2018 - Zoom sur la realpolitik

analyse

D'après la légende grecque qui relaie le soubassement de cette expression "Epée de Damoclès ", le précité était un courtisan du roi Denys l'Ancien, qu'il flattait souvent à propos de ses richesses et du bonheur attaché à sa condition de majesté. Pour faire comprendre à Damoclès combien ce bonheur était précaire, le roi l'invita un jour à un banquet où il jouissait l'ombre de ce jour festif des honneurs dus au roi.

Damoclès attablé et plus qu'heureux va, dans ce moment de grande joie, découvrir qu'une épée est suspendue au-dessus de sa tête maintenue par un simple crin de cheval. Donc, qu'elle pouvait tomber sur lui à n'importe quel instant alors qu'il jouissait du bonheur presqu'absolu. Voilà, culture oblige, l'explication trait-à-trait de cette formule qui décrit une situation périlleuse ou évoque des circonstances particulièrement risquées.

Bien loin des contrées de la Grèce où elle a trouvé ses origines, l'expression est dans des langues à Kinshasa sur la situation découlant des analyses du jeu politique et diplomatique autour des élections à venir et la problématique d'un troisième mandat pour le Président de la République.

L'acquittement de Bemba le 8 juin 2018 dix ans après son arrestation tombant dans une période d'incertitudes et des bras de fer au Congo-Kinshasa, poussaient certains à croire qu'à l'aube de la très attendue réunion de Luanda ce 17 mai, que les lobbys nationaux et internationaux anti-3ème mandat pour Joseph Kabila jouent la carte de l'épouvante contre le Pouvoir.

Ce, avec cette affaire d'une menace d'intervention musclée sur la RDC au cas où le Président Kabila déposait sa candidature en juillet. Une option bénit, d'ailleurs, par Paris via Macron, visiblement par Washington via Herman Cohen et acquiescée, du reste, par Kigali par le biais de Kagame puis portée à bras le corps par l'Angolais Lourenço chez qui la décisive rencontre des Chefs d'Etat de la Région est censée se tenir mi-juin. Hier, après les sons de cloches de La Haye sur le dossier Bemba, les oreilles autant que les regards sont rivés vers Luanda pour essayer de rassembler les cartes et prédire, en dernier lieu, la suite des choses au pays.

L'horizon n'est pas pour autant de plus clair dès qu'un coup de projecteur acéré est fait sur la situation quant à savoir qu'est-ce qui arrivera en RDC après le 8 août, date de clôture de dépôt des candidatures à la présidentielle. Toutefois, tout indique qu'une épée de Damoclès serait brandie sur le Pouvoir en place alors qu'à l'aube de la convocation du corps électoral dans les rangs de la mouvance, de plus en plus des langues se perdent en conjecture pour le maintien du Président Kabila par la quête d'un troisième mandat.

Dès le revirement spectaculaire de la CPI sur l'affaire principale ayant causé l'emprisonnement du sénateur Bemba durant une décennie, des observateurs criaient là à l'avancement d'un pion épouvantail sur l'échiquier politico-diplomatique où depuis 2016 les joueurs au Congo comme ailleurs font une partie, se disputant l'alternance au sommet de l'Etat.

La libération de Bemba des geôles de la CPI sous liberté provisoire en attendant un jugement final programmé pour ce 4 juillet alors que la réunion de Luanda est fixée pour le 17 juin vient encore raffermir cette thèse de l'épouvante. Car, à tout dire, selon bien d'analyses tenant de cette vue, les retombées des options de Luanda sauront déterminer la nature de la carte Bemba quant aux perspectives possibles en République Démocratique du Congo. Sera-t-il une "carte électorale" ou "une autre" ?

Les méandres de ces interrogations ont bien de scénarii possibles puisque si Bemba est acquitté dans la deuxième affaire, il échappera à la condition de l'article 10 de la loi électorale écartant toute personne condamnée pour concourir à la présidentielle.

Par ailleurs, susurrent certains, si à Luanda les sons de cloches ne sont pas discordants, une condamnation même faible de Bemba dans la seconde affaire quoique cela ne l'obligera plus à être prisonnier à La Haye, pourrait constituer l'argument coupe-gorge de la CENI pour déclarer sa candidature irrecevable. Tout se jouerait donc à Luanda.

Quoi qu'il en soit, si oui Kinshasa semble être sous pression diplomatique à l'extérieur notamment, par les voisins et sous pression politique à l'intérieur par l'Opposition, le CLC, l'Eglise Catholique, et les autres forces vives, il ne reste pas moins que même avec cette ou ces "épée (s) de Damoclès" que quelques coups divins peuvent être joués sur l'échiquier politico-diplomatique d'ici le début et la clôture de dépôt des candidatures pour la présidentielle 2018. Seul le temps saura dire, à bien lire, le mot de la fin de cette passe d'armes où tous les coups sont permis.

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