14 Juin 2018

Nigeria: Le président Muhammadu Buhari accélère les réformes

Au Nigeria, l'élection présidentielle avance à grand pas. Le chef de l'Etat Muhammadu Buhari qui entend briguer un second mandat, a mis un coup d'accélérateur. Après plus de trois années au pouvoir marquées par de problèmes de santé, de nombreux déplacements à l'étranger pour se faire soigner et une récession économique importante, il multiplie les mesures. Il vient notamment de promulguer quatre amendements constitutionnels.

L'un de ces quatre amendements limite le nombre de mandats du vice-président. Il établit qu'un un vice-président qui succède à un président - ou un vice-gouverneur qui succède à un gouverneur - ne peut se présenter à ce poste qu'une seule fois.

Il s'agit d'éviter une reproduction du scénario « Goodluck Jonathan ». Président de 2010 à 2015, ses velléités de deuxième candidature avaient à l'époque semé la discorde au sein du parti au pouvoir, le Parti démocratique du peuple (PDP).

Ses adversaires issus du Nord musulman considéraient alors qu'il ne pouvait pas se présenter à la présidentielle de 2015. Car il avait complété le mandat d'Umaru Yard'Adua à sa mort en 2010, avant d'être élu en 2011. Ce qui représentait deux mandats consécutifs, conformément à la Constitution.

Pour ses supporters du Sud chrétien, Jonathan avait au contraire toute latitude pour briguer un second mandat dans la mesure où il n'avait été élu qu'une seule fois. La justice tranchera finalement le différent, et Jonathan a pu se représenter. Mais l'affaire a marqué la vie politique au fer rouge.

Coïncidence du calendrier, la promulgation de ce texte intervient alors que Muhammadu Buhari entend se représenter, à 75 ans. Malade et souvent absent pendant ses deux premières années d'exercice, sa nouvelle candidature inquiète certains Nordistes qui n'excluent pas, s'il élu, un éventuel décès en fonction et une « confiscation » du pouvoir par un vice-président du Sud.

Indépendance financière

Mais ce n'est pas le seul amendement constitutionnel important que le président vient de promulguer. Parmi les quatre, l'un d'entre eux octroie l'indépendance financière aux assemblées et aux cours juridictionnelles des Etats de la fédération. Pour Benjamin Augé, chercheur à l'Institut français des relations Internationales (IFRI) cela constitue une avancée démocratique.

« Cette mesure limite les possibilités de corruption et de perte en ligne de l'argent qui a été décaissé depuis la banque centrale jusqu'au bureau du gouverneur. Deuxièmement, cela empêche aussi une espèce de chantage entre le bureau du gouverneur et le Parlement de l'Etat, où il peut y avoir des divergences de vue sur la politique ou un souhait de retarder les paiements. Là, vous enlevez un échelon, donc il n'y aura plus du tout de difficulté entre le gouverneur et la chambre ou le gouverneur et les différentes cours juridictionnelles des Etats concernés. C'est plutôt mieux pour la démocratie nigériane puisque les décaissements sont plus rapides et dans la lutte du président Buhari contre la corruption, c'est une décision plutôt sage. »

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