19 Juin 2018

Congo-Kinshasa: Une bête noire nommée Katumbi

En République démocratique du Congo (RDC), il ne fait pas bon être opposant au régime de Joseph Kabila. Tous ceux qui réclament à cor et à cri le départ du président hors mandat depuis fin décembre 2016, courent à leur perte. A plus forte raison constituer la principale menace du pouvoir comme l'homme d'affaires de 53 ans, Moïse Katumbi, qui semble devenu l'ennemi public N°1.

Depuis que l'ex-gouverneur de la riche et vaste province du Katanga, tombé en disgrâce, a dévoilé ses ambitions présidentielles, il s'est attiré en permanence les foudres du chef de l'Etat congolais. Il y a de quoi faire trembler le camp d'en-face, puisqu'il est la seule personnalité à pouvoir défaire Kabila dans les urnes.

Sans doute, à cause de ses soutiens divers, au sein du petit peuple, des investisseurs étrangers et des chancelleries occidentales. Tout est alors mis en œuvre pour casser Katumbi, même au-delà des frontières. Malgré son exil forcé en Europe, l'opposant tant redouté continue de recevoir des coups du pouvoir de Kabila.

C'est à croire qu'il est régulièrement «pilonné» comme une cible. Sa récente brève interpellation à Bruxelles pour une affaire de falsification de passeport laisse donc songeur, quand on connaît la haine que lui voue Kinshasa.

Les autorités congolaises, qui avaient refusé le nouveau passeport biométrique à Katumbi après l'annulation surprise de ceux semi-biométriques, ont annoncé, lundi 18 juin, l'ouverture d'une information judiciaire contre lui.

Alors que l'opposant qui hante les nuits de Kabila, crie à l'«acharnement continu» contre sa personne. Sa position peut être défendable quand on sait, dans quelles conditions, il a quitté son pays. Katumbi est parti sur la pointe des pieds, un procès pour «recrutement de mercenaires» collé au dos, et à la suite

d'une énième tentative d'empoisonnement qui a failli lui coûté la vie. Et c'est peu dire, que malgré tout, il ne vit pas la quiétude voulue à mille lieux de son pays. Le régime Kabila, déterminé à l'abattre, a continué à chercher des poux sur un crâne rasé.

S'il s'est tiré d'affaire dans la première accusation, laissant penser à un compromis difficilement admissible avec le pouvoir pour quitter la RDC d'après certains, Katumbi reste abonné aux ennuis judiciaires. Il a été condamné par contumace à trois ans de prison en juin 2016, pour « acquisition frauduleuse » d'un immeuble, qui appartenait à une famille grecque dans les années 70.

Ce dossier a été mis au goût du jour, grâce à la relance de la procédure par l'héritier de la bâtisse, Emmanouil Stoupis, en 2014. Mais les observateurs avisés de la scène politique congolaise n'ont pas tardé à se rendre compte, que l'affaire avait été montée de toutes pièces pour inquiéter l'opposant.

Aussi intriguant que cela puisse paraître, le plaignant avait le même avocat que le chef de l'Agence nationale de renseignement (ANR), Kalev Mutond, l'un des fidèles parmi les fidèles de Kabila. N'est-ce pas cette donne qui avait amené les évêques congolais, qui ont pris fait et cause pour l'alternance, à dénoncer une «mascarade» ?

Toujours est-il que Kabila est en très mauvaise posture, puisque les dispositions constitutionnelles ne plaident pas en sa faveur. Il a beau manœuvré pour se maintenir coûte que coûte aux affaires, mettant en œuvre tous les moyens en sa possession, son aventure a une issue incertaine.

Ce n'est pas en traquant les opposants qu'il va soigner son impopularité ou se refaire une légitimité. Il pourrait avoir même à déployer inutilement plus d'énergie, avec la libération de l'ex-seigneur de guerre, Jean-Pierre Bemba, à la Cour pénale internationale (CPI), autre potentiel menace. Kabila gagnerait, dans ces circonstances, à rentrer dans l'histoire par la grande porte et non à en sortir par la petite, comme il semble le faire.

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