20 Juin 2018

Sénégal: Le match chez son excellence - Les Polonais de Dakar sous haute tension

Photo: Fédération Sénégalaise de Football
Le tir de Idrissa Gana Gueye qui a occasionné le premier but du Sénégal face à la Pologne. (Score finale 2-1)

Des Polonais vivant à Dakar se sont retrouvés aux Almadies pour suivre le match opposant leur équipe nationale aux Lions du Sénégal. La mine déconfite, les Polonais ont encaissé le choc de la défaite.

Dans le quartier cossu des Almadies, l'endroit fait exception. Paillote, piscine, patio, des tabourets hauts comme les talons aiguilles des Spice Girls côtoient des fauteuils mêlant vintage et modernité aux couleurs beige-noir.

Et pourtant, c'est le vert-jaune-rouge combiné au rouge-blanc qui prédomine dans la grande salle de ce restaurant, privatisé pour l'occasion.

Sur chaque plan de table, le drapeau du Sénégal avec l'étoile verte chère à Léopold Sédar Senghor se dresse avec fierté en face de celui centenaire, cette année, de la Pologne avec ses armoiries frappées d'un aigle argenté dont le bec et la couronne sont dorés.

Une « délégation » de diplomates a laissé tomber le costume cravate et les tenues solennelles pour investir dans l'artillerie du parfait supporter : t-shirts, maillots, écharpes mais aussi un couvre-chef original sous forme de mixte putatif entre le chapeau de cow-boy américain et celui d'un bucheron canadien aux couleurs rouges et blanches. La salle se remplit de personnes à majorité polonaise avec quelques Français et Sénégalais.

A l'écran, les joueurs Sénégalais puis Polonais déploient cordes vocales pour leurs hymnes respectifs, mêlant des émotions partagées. Le football, cette passion légère qui campe successivement chants guerriers hurlés à pleine poitrine et la futilité du jeu.

« Que le meilleur gagne ! », lance Margareta Kassangana, l'ambassadeur de la Pologne au Sénégal, arrivée à Dakar en janvier 2017, quelques mois seulement après l'ouverture de la représentation diplomatique en terre sénégalaise.

Mais il n'y a pas que des diplomates dans la salle. La communauté polonaise compte des résidents au Sénégal depuis plusieurs années. Sœur Chrysologa Regine Mnich en fait partie. Cette religieuse est très partagée au moment des pronostics.

« J'ai vécu 28 ans en Pologne. Et cette année, j'en suis à ma 28ème année de présence au Sénégal. Donc, je souhaite une égalité parfaite entre mon pays d'origine et celui d'adoption ». L'ambassadeur Margareta Kassangana, elle, parie sur un « 2 à 1, bien sûr pour la Pologne ».

Regain d'espoir

La première mi-temps est rythmée de « ohhh » pour les rares opportunités polonaises gâchées, de « dobra » (bien en polonais) pour les dégagements défensifs et de moqueries sur les prononciations aléatoires des noms polonais par les commentateurs d'une chaîne cryptée française.

Jusqu'à la 37ème minute et le but sénégalais à la suite d'une frappe de Gana Guèye déviée par un défenseur polonais. Et là, c'est le drame. Les mines déconfites, la tête entre les mains, les Polonais encaissent le choc. Le silence devient d'or. On pourrait entendre voler une mouche.

Les quinze minutes de la mi-temps deviennent un théâtre de Vaudeville avec des préméditations de rebondissement sur un ton léger.

L'ambiance de la salle est remontée à la reprise du jeu. Margareta Kassangana, diplomate polonaise qui tient son métissage d'un père « Congolais », demande « le carton rouge » pour Salif Sané qui a stoppé un Polonais lancé plein champ vers le but sénégalais.

Espoir déçu tout comme celui d'égaliser car Mbaye Niang, plein de malice, marque le deuxième but. Cette fois, point de silence de cathédrale, la dérision est un bon palliatif contre toute forme de dépression.

Anna et Mansour Haris, un couple sénégalo-polonais qui vit au Sénégal depuis 18 ans, mettent l'ambiance. « Pourquoi tu ne viens pas t'asseoir à mes côtés », lance Anna à son mari situé du côté des Sénégalais, à l'autre bout de la salle.

« Non merci », rétorque l'époux retors. Ce qui amuse la galerie et dépassionne les débats. « Mansour, je ne sais pas tout mais Anna peut rendre difficile ta vie ce soir », prévient subtilement l'ambassadeur Margareta Kassangana.

La réduction du score à trois minutes de la fin du match donne un regain d'espoir. « On va égaliser », encourage la diplomate. Le coup de sifflet final de l'arbitre est accueilli par des « oohhh » de résignation.

Un trentenaire polonais félicite les Sénégalais tout en espérant « que les pays vont se qualifier » et donne « rendez-vous en finale de Coupe du monde pour la revanche ». Chiche !

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