20 Juin 2018

Congo-Kinshasa: Kabila se prépare un bouclier

Le président congolais, Joseph Kabila, cherche-t-il une porte de sortie avec garantie ? On peut le penser car, à sa demande, le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) congolais a été convoqué en session extraordinaire du 20 juin au 19 juillet 2018, pour examiner un projet de loi sur «le statut et la protection d'anciens présidents» de la République démocratique du Congo.

Ce projet de loi qui propose plusieurs avantages aux anciens présidents permettra à Joseph Kabila, seul en vie, s'il acceptait passer la main à son successeur en décembre 2018, soit deux ans de bonus après la fin officielle de son mandat en décembre 2016, d'avoir droit à une prise en charge de ses frais de santé, une résidence ou une indemnité de logement...

Pourquoi maintenant alors que ce projet de loi, initiative d'un sénateur du groupe de 7 partis frondeurs qui avaient quitté la majorité en septembre 2015, dort depuis 3 ans dans des tiroirs ? Le président Kabila a-t-il enfin décidé de ne plus briguer un autre mandat contre la volonté de ses ouailles qui l'encouragent vaille que vaille, quitte à fouler aux pieds la constitution congolaise ?

Ses quatre prédécesseurs n'ayant pas pu bénéficier d'un tel «statut sécurisant», on peut penser que Joseph Kabila qui prépare, peut-être sa sortie, ne veut pas d'une vie sans avenir après la présidence de la République dans un pays pourtant très riche de son sous-sol. Le chef de l'Etat congolais a dû lâcher du lest face à la pression de l'Eglise catholique

et protestante, de l'opposition et des chancelleries occidentales. Dans une RDC habituée aux exactions de toutes sortes et où nul n'est à l'abri de poursuites judiciaires, M. Kabila redoute une mauvaise surprise qui pourrait l'amener un jour ou l'autre devant des tribunaux.

La mention «protection» dans le projet de loi fait penser à une amnistie dont rêve le chef de l'Etat congolais afin de se constituer un bouclier et protéger ses arrières.

Si Joseph Kabila décidait vraiment de quitter le pouvoir, ce sera la deuxième bonne nouvelle de l'année pour l'Afrique centrale après l'annonce faite le 7 juin 2018 par le président burundais, Pierre N'Kurunziza, de ne pas briguer un autre mandat en 2020.

Mais attention ! Il n'est pas sûr que ce projet de loi, même adopté, soit synonyme du retrait définitif de l'homme fort de la RDC des arcanes du pouvoir. Il se peut que la stratégie soit celle d'un roublard qui veut endormir son opposition et la société civile congolaise, devenues trop bruyantes, pour enfin les surprendre.

C'est une piste probable, ce d'autant plus que certains présidents, voisins de la RDC, ont revu leurs lois fondamentales, sans coup férir, et se sont maintenus au pouvoir.

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