20 Juin 2018

Burkina Faso: Recrutement de personnel d'appoint au MINEFID - Les syndicats trouvent la mesure "inopérante"

Indexation du fonds commun aux amendes et pénalités, recrutement de personnel d'appoint au ministère de l'Economie, négociation avec le monde syndical pour une trêve sociale, sont autant de sujets plus ou moins en lien avec la grogne sociale au sein du ministère de l'Economie, des Finances et du Développement. Quelle analyse la coordination syndicale dudit ministère fait-elle sur ces différentes questions. Zoom sur les éléments de réponses.

Face à la poursuite des grèves de la Coordination syndicale du Ministère de l'Economie et des Finances (CS-MINEFID), le gouvernement burkinabè, lors du conseil des ministres du 18 juin 2018, a décidé de recruter un personnel d'appoint pour assurer la continuité du service public au sein de ce département ministériel.

Il ressort du compte rendu dudit conseil que ce personnel sera constitué de bénévoles et de retraités. En réponses, la coordination n'est pas allée du dos de la cuillère pour fustiger cette décision gouvernementale qu'elle trouve inappropriée et inopérante. Pour les syndicats, la gestion des finances publiques répond à une orthodoxie et s'accommode peu avec de telles mesures.

«Nous ne pouvons pas comprendre que dans un secteur aussi stratégique que les finances publiques, que l'on veuille prendre quelqu'un qui n'a aucune notion en finances pour effectuer le travail», s'interroge Nongo Grégoire Traoré de la CS-MINEFID et par ailleurs Secrétaire général du Syndicat national des agents des impôts et des domaines (SNAID).

Pour M. Traoré, l'Etat ne peut pas recruter des agents non assermentés pour gérer les finances publiques. Dans tous les cas, ceux qui ont pris cette décision devront répondre des éventuels dérapages, a-t-il prévenu.

La coordination s'est également prononcée sur la récente sortie médiatique d'un groupe d'agents du MINEFID qui s'est démarqué de la CS-MINEFID et qui envisage de créer un «syndicat rassembleur» les prochains jours. Pour le secrétaire général du SNAID, cela est un non évènement qui participe du dilatoire.

«Ce sont des gens montés par le pouvoir en place pour casser la lutte», a renchéri M. Traoré. Mais, à en croire la CS-MINEFID, ce groupe ne représente pas grand monde, «sinon le gouvernement ne serait pas en train d'envisager de recruter un personnel d'appoint pour suppléer aux agents en grève».

Sur la recommandation de la conférence indexant le fonds commun sur les pénalités et les amendes et le plafonnant à 25% de la masse salariale des bénéficiaires, les organisations syndicales considèrent qu'il s'agit d'une mesure de «suppression pure et simple du FC» qui est envisagée.

Car en réalité, les pénalités n'existent plus. «Depuis les années 1960, le FC était indexé sur les pénalités. Mais de 1960 à 2011, on a vu qu'il n'y a plus de pénalités. Parce que nous avons travaillé à ce qu'il y ait le civisme fiscal», a précisé Nongo Grégoire Traoré, avant d'ajouter que la motivation des agents sur la base des pénalités et amendes est un non-sens.

«On ne peut pas motiver les travailleurs sur l'incivisme, ça n'a aucun sens», a-t-il insisté. Pour les syndicats du ministère de l'Economie, cette recommandation de la conférence sur le fonds commun n'aura pas d'effets.

«Nous allons la combattre. On ne va accepter que l'on remette en cause les acquis des travailleurs... .Les travailleurs sont prêts, ils vont se battre pour que l'acquis qui est là soit maintenu en l'état», a confié, sans ambages, le représentant de la coordination syndicale du MINEFID.

Pas de trêve sociale avec les acquis menacés

Outre ce point précis sur le fonds commun, quelle appréciation la CS-MINEFID fait-elle des conclusions de la conférence des forces vives sur le système de rémunération des travailleurs de la Fonction publique ?

La coordination des syndicats dit n'avoir rien vu d'extraordinaire dans les conclusions. Pour elle, que ce soit la question de la diminution du train de vie de l'Etat, du nombre des ministères, des institutions à supprimer, il y a rien de nouveau. Toutes ces préoccupations, selon elle, avaient déjà été posées sous la Transition.

Si l'objectif global du gouvernement à travers cette conférence est de réduire la masse salariale, les syndicats disent ne pas comprendre que l'on y sorte avec des propositions d'augmentation des salaires de 20 à 50%. «En tout état de cause, les recommandations de la conférence sont des propositions aventuristes qui ne nous lient pas», a confié M. Traoré.

La coordination va-t-elle prendre part aux négociations pour la suite à donner aux principales conclusions de la conférence ? Le secrétaire général du SNAID a indiqué que tout dépendra du format que ces pourparlers vont prendre.

L'une des recommandations de la conférence des forces vives est la négociation avec les partenaires sociaux en vue d'une trêve sociale afin de permette la mise en œuvre des conclusions. La position des organisations syndicales du MINEFID sur cette question est on ne peut plus claire.

«On ne décrète pas une trêve sociale», a fait savoir Nongo Grégoire Traoré. Pour lui, cet apaisement du front social n'est pas à l'ordre du jour à leur niveau. «Au sein d'un ministère de l'Economie où l'on vient de remettre en cause des acquis, comment vous voulez qu'il y ait une trêve sociale ?», a-t-il conclu?

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