21 Juin 2018

Cote d'Ivoire: Touré Ahmed Bouah - "On doit contraindre les aménageurs fonciers à réaliser les travaux de drainage d'eau"

interview

Touré Ahmed Bouah, Spécialiste des questions d'aménagement foncier, président de Sophia, se prononce sur les récentes inondations dans certains de nos quartiers.

En votre qualité d'aménageur de terrain, comment expliquez-vous les inondations à Abidjan, notamment dans les quartiers résidentiels ?

La situation que vit Abidjan et qui convient d'être appelé drame saisonnier, s'explique par le fait que depuis 1980, la ville d'Abidjan a cessé d'évoluer selon les règles d'urbanisme.

En fait de 1960 à 1980, c'est l'État lui-même qui aménageait, équipait, viabilisait et prévoyait le réseau de drainage des eaux pluviales avant de remettre les parcelles aux promoteurs immobiliers pour les mises en valeur.

Depuis 1980, sous la contrainte de la difficile conjoncture économique que nous avons connues, l'État a mis fin à cette fonction régalienne. Donc les promoteurs immobiliers qui viennent s'installer, mus par le gain financier, ne se préoccupent pas trop des travaux en amont qu'il faut réaliser avant de commencer à construire.

Ce qui fait que dès qu'ils ont leur permis de construire, ils commencent à réaliser des logements, finalement on a des petites promotions immobilières classiques, ordinaires qui se juxtaposent sur de grands espaces.

Si on s'étant sur des superficies allant de zéros à des milliers d'hectares sans que ces espaces soient pourvus des systèmes de drainage d'eau usées ou pluviales, lorsqu'il pleut, l'eau ne sachant où aller, évidemment draine avec elle, tout ce qu'elle peut trouver sur son chemin, homme, voiture, maison et autres.

En un mot, l'État n'a pas veillé à ce que les travaux préparatoires d'équipement des espaces soient faits par les promoteurs immobiliers.

Lorsque vous prenez l'axe Abidjan- Bingerville, aucun aménagement n'a été fait de la Riviera 2 jusqu'à Bingerville. 7 à 8 milles hectares ont été aménagés sans aucun réseau de drainage des eaux pluviales. Du coup lorsqu'il pleut, vous voyez que le drame arrive tout de suite, puisque ces zones n'ont pas été urbanisées comme il se doit.

A côté des raisons que vous évoquez, l'incivisme et l'indiscipline des populations ne sont-ils pas des facteurs explicatifs des inondations ?

Souvent on évoque l'incivisme. C'est vrai qu'il y a l'incivisme des gens, mais depuis ces dernières années l'extension de la ville d'Abidjan se fait sous la pression de l'évolution démographique accélérée, accroît de jour en jour des zones à risque. Chaque année, autour de mille hectares non viabilisés viennent se greffer à la ville. Ce qui accroit les risques pour les populations.

Toutefois, je n'écarte pas l'incivisme qu'on évoque souvent avec des gens qui construisent sur des caniveaux et des bassins d'orage. Là encore, il faut interpeller l'État afin qu'il veille à ce que les gens ne construisent pas sur les quelques réseaux de drainage qui existent.

Comment, selon vous, le nouvel Abidjan doit-il évoluer

Au moins, la pluie est venue nous rappeler une constante : l'échec de la politique d'urbanisation et de construction en Côte d'Ivoire et c'est un paradoxe au regard des expertises avérées en Côte d'Ivoire. Au-delà de l'émotion, il nous revient de penser à une alternative crédible à la politique actuelle.

L'État devrait appeler toutes les expertises autour de cette question cruciale. En ce qui me concerne, l'attelage du privé et de l'État en s'appuyant sur les dispositions de la loi 97-524 du 04 septembre 1997 et ses décrets subséquents pourrait être une alternative crédible et concrète.

C'est d'ailleurs ce que l'État et Sophia sommes en train d'appliquer sur l'axe Abidjan-Anyama afin d'éviter les drames qu'on vit ces temps-ci sur l'axe Abidjan Bingerville qui est l'anti modèle du développement du tissu urbain.

Le mal est déjà là. Qu'est-ce qu'il faut faire pour minimiser pendant les prochaines saisons de pluies, les inondations dans les zones de la Riviera ?

Je vais vous décevoir. Il n'y a pas de solutions immédiates. S'il y en avait, l'État ne reviendrait pas chaque année pour dire les mêmes choses.

La solution à court terme peut se réaliser sur un délai minimum de 5 à 10 ans. Il s'agit de corriger les insuffisances urbanistiques, de rattraper les équipements qui doivent se faire sur les espaces déjà habités.

Une sorte de rattrapage a lieu, il faut veiller à ce que les hectares qui se greffent sur Abidjan chaque année ne connaissent pas une mise en valeur sans équipement. Récemment, le 17 mai, Fraternité Matin écrivait qu'un fonds de 530 milliards avait été mis en place pour ce genre d'activités.

En ma qualité d'expert, je félicite l'État mais, il ne faut pas perdre de vue qu'au lieu de 530 milliards, il en faut 30 fois plus si on veut corriger les insuffisances qui étalent aujourd'hui les faiblesses de l'aménagement du grand Abidjan.

On peut donc espérer que l'axe Abidjan-Anyama ne connaitra le drame de l'Axe Abidjan-Bingerville ?

Le programme d'aménagement en cours sur ledit axe se conformera à l'orthodoxie urbanistique. Il y a lieu donc de penser qu'on pourrait éviter ces genres de choses sur l'axe Abidjan-Anyama.

J'invite d'ailleurs l'État à affecter à d'autres aménageurs sérieux et crédible l'axe Abidjan-Bassam et l'axe Abidjan-Songon afin de mettre fin au développement informel tentaculaire du tissu urbain du District d'Abidjan source du mal saisonnier d'Abidjan.

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