22 Juin 2018

Burkina Faso: Samuel Tambi Kaboré, coordonnateur national de l'UCF-Burkina

interview

Le Burkina Faso est en pleine formulation des projets de son second compact financé par le Millennium challenge corporation (MCC). Economiste et coordonnateur national de l'Unité de coordination de la formulation du 2e compact du Burkina (UCF-Burkina), Samuel Tambi Kaboré a, depuis avril 2017, la lourde tâche de conduire le processus de formulation du second compact.

Dans cet entretien accordé à Sidwaya, le mercredi 13 juin 2018, il nous parle de l'importance de ce compact pour le pays des Hommes intègres, des étapes de la formulation des projets, mais surtout des conditions pour bénéficier de ce financement de l'administration américaine...

 Depuis plus d'un an, vous êtes à la tête de l'unité de coordination de la formulation du 2e compact, en quoi consiste exactement votre tâche ?

Notre mission consiste principalement à formuler le deuxième compact pour le Burkina Faso. Il y avait une autre mission concernant les activités de pérennisation du premier compact.

Mais, par la suite, ces activités ont été transférées aux structures pérennes de l'Etat pour laisser à l'Unité de coordination la tâche essentielle de formuler le deuxième compact.

 Le Burkina Faso a été sélectionné depuis décembre 2016 pour la formulation du second compact. Deux (2) ans après, où en sommes-nous dans le processus de formulation des projets ?

Nous avons commencé les travaux en avril 2017. Le processus, dans sa globalité, a été décliné en quatre phases. A l'heure actuelle, il y a deux phases qui sont complètement bouclées. Il s'agit de la phase de l'analyse des contraintes et celle de l'analyse des causes profondes des principales contraintes identifiées.

Et, nous sommes actuellement sur la troisième phase qui consiste à l'identification des projets. C'est ce que nous venons de pratiquement boucler, avec la tenue de l'atelier national de validation des documents de propositions de projets du 5 juin 2018.

Nous attendons l'adoption desdites propositions de projets en conseil des ministres. Enfin, il nous restera la quatrième phase, qui est la plus longue d'ailleurs. Elle va consister à faire des études de faisabilité des projets pour s'assurer que les projets remplissent les critères d'investissement du MCC.

Qu'entend-on par analyse des contraintes dans ce processus de formulation du compact?

L'analyse des contraintes vise à identifier ce qui bloque l'investissement privé et la croissance économique ou, parmi les facteurs, macroéconomiques, socioéconomiques, environnementaux du Burkina, lesquels sont les plus bloquants à l'investissement privé et à la croissance économique.

Nous avons passé en revue plusieurs problématiques. Nous avons rédigé 8 chapitres sur plusieurs thématiques : le financement de l'activité économique, le capital humain, les politiques macros et micros, le capital naturel, les infrastructures, etc. Ce sont ces études qui ont abouti à l'identification des deux contraintes les plus criantes.

C'est la question de l'électricité dans sa dimension faible accès, mauvaise qualité et coût élevé. La deuxième contrainte est la faible qualification de la main-d'œuvre. Avec le MCC, nous avons décidé de nous focaliser sur ces deux contraintes.

La deuxième phase traite plus précisément des causes profondes de la question de l'électricité et de la faible qualification de la main-d'œuvre.

Au cours de cette 2e phase qui s'est achevée en janvier 2018, nous avons essayé de répondre à la question de savoir pourquoi nous avons ces deux contraintes, tout en analysant leurs causes profondes. Cela permet de savoir sur quoi agir si on veut atténuer ces contraintes. C'est au bout de tout cela que l'on peut contribuer à y apporter des solutions.

Quels sont les propositions de projets formulés par le Burkina Faso ?

Actuellement, nous avons trois projets. Le premier, c'est le renforcement de l'efficacité dans le domaine de l'électricité. Comme son nom l'indique, c'est de faire en sorte que les institutions, les acteurs, le cadre légal et réglementaire soit plus performants et que les hommes soient plus efficaces dans ce qu'ils font.

Dans ce premier projet, il y a deux composantes relatives aux réformes et au renforcement des capacités. Il faut faire des réformes et elles doivent couvrir le cadre juridique et institutionnel, la régulation du secteur, le système d'information, l'efficacité énergétique.

Il faut prendre des mesures pour améliorer toutes ces dimensions qui sont importantes dans la performance du secteur. Ajouté à cela, nous avons le renforcement des capacités qui comportent des formations initiales à développer à travers les centres qui forment les étudiants dans les différents métiers de l'électricité.

Secondairement, c'est la formation continue de tous ceux qui travaillent déjà dont les capacités ont besoin d'être renforcées. Voilà le contenu de ce premier projet. Le deuxième projet porte sur l'accroissement de l'offre.

Il vise essentiellement la construction de 3 centrales solaires de 50 mégawatts crête chacune. Kongounsi, Koupéla et Gaoua sont ciblés pour la construction en attendant que les études de faisabilité viennent nous confirmer les localités retenues.

La particularité, c'est qu'on veut adjoindre le stockage de l'électricité. Puisque pour les centrales existantes, il n y a pas de possibilité de stockage, l'énergie produite est consommée immédiatement. Lorsque le soleil disparaît, on n'a plus d'électricité, bien qu'on ait les infrastructures.

Ce qu'on souhaiterait, c'est d'adjoindre le stockage pour qu'on puisse garder l'électricité pour des usages lorsque le soleil n'est pas actif. Le troisième projet, c'est le développement des réseaux de transport et de distribution et l'amélioration de l'accès à l'électricité.

Nous voulons mettre à niveau les réseaux de distribution de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Nous voulons étendre aussi le réseau national interconnecté à travers plusieurs lignes, afin de rapprocher l'électricité des zones qui n'en avaient pas. Ce sont des lignes de transport de 225 kilovolts pour transporter de grandes quantités d'énergie.

Vous avez, par exemple, une ligne qui va au Sahel dans le but de pouvoir apporter de l'énergie à toutes ces mines qui sont implantées dans cette partie du pays.

Vous avez aussi une ligne Bobo-Dioulasso-Ouahigouya en passant par Dédougou et Tougan, pour irriguer cette zone à fort potentiel agroindustriel et permettre aux industries agropastorales de s'y développer. Enfin, c'est d'améliorer l'accès et l'utilisation productive de l'électricité. Voici ainsi présenté les contenus des trois projets.

 Quels sont les avantages attendus ?

C'est améliorer l'efficacité des acteurs et des services de l'électricité, pour le projet 1, accroître l'offre de l'électricité moins coûteuse, pour le projet 2 et renforcer le réseau de transport et de distribution, accroître également l'accès et la valorisation par le réseau des ménages pour le projet 3.

Notre souhait est d'atténuer les coupures d'électricité. Selon les statistiques, au moins 75% des coupures sont dus aux problèmes de réseaux.

Donc, nous estimons qu'avec la mise à niveau des réseaux de distribution de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, cela va contribuer à réduire le nombre d'interruptions de la fourniture de l'électricité.

 Le 5 juin 2018, les documents de propositions de projets du 2e compact ont été soumis à la validation des parties prenantes du processus de formulation, quels ont été les grandes conclusions de cette rencontre ?

Nous avons abouti à deux principales conclusions, à savoir l'instruction donnée par le gouvernement d'accroître la capacité de production en énergie solaire. Ce qui nous a amené à augmenter le volume de production de 50 à 150 mégawatts crête. La deuxième, c'est l'adoption des trois propositions de projets.

Il n'y a pas eu beaucoup de corrections de fond et de forme, parce que le processus de formulation des projets a suivi une approche participative.

Depuis le début, nous travaillons avec toutes les parties prenantes en atelier et concertations diverses, de sorte que les acteurs soient imprégnés du contenu des projets et des raisons des différents choix des projets.

 Tous les acteurs sont-ils au même niveau d'informations?

Tous les acteurs qui étaient présents lors des différentes rencontres ont convenu du contenu des projets. Mais, comme ce n'est pas l'intégralité des acteurs qui y étaient, il peut y avoir des points de vue différents. Néanmoins, dans la phase une, nous avions pu toucher plus de 300 personnes.

Nous avons aussi fait une enquête téléphonique auprès de 201 entreprises sur toute l'étendue du territoire national pour connaître les différents blocages auxquels elles étaient confrontées dans leurs activités, notamment le rôle et la place de l'électricité dans leur fonctionnement, etc.

Il est ressorti de cette enquête que la grande majorité de ces entreprises ont développé des systèmes parallèles de production d'énergie pour pallier à l'insuffisance de l'électricité, alors que ces systèmes parallèles coûtent plus chers que l'énergie fournie par la SONABEL.

Ce qui montre que c'est une contrainte très forte à leur développement. Au cours de la deuxième phase, nous avons rencontré plus de 500 acteurs et, pour cette 3ème phase qui tire vers sa fin, nous avons rencontré environ 600 personnes issues de 120 structures différentes. L'effort a été fait de toucher le maximum d'acteurs, de sorte que les propositions reflètent au mieux les attentes de ces acteurs.

Ne craignez-vous pas qu'une mauvaise formulation puisse jouer en votre défaveur pour les financements du MCC ?

Une mauvaise formulation des projets peut jouer toujours en notre défaveur. Si le document est de mauvaise qualité, cela peut même remettre en cause tout le projet. Les partenaires financiers souhaitent que leur financement soit utilisé dans de meilleures conditions. Notre stratégie est d'élever le niveau de la qualité du compact que nous formulons.

C'est pour cela que je parlais de l'approche participative que nous avons utilisée parce qu'il faut que ça reflète véritablement les besoins des acteurs. C'est un des critères par exemple que le MCC utilise. Est-ce qu'il y a une appropriation nationale de ce qui est proposé ? Il faut travailler avec l'ensemble des acteurs pour que ça reflète effectivement leurs attentes. C'est une dimension importante.

La deuxième dimension importante, c'est qu'au niveau des experts, l'on pousse les uns et les autres à donner le maximum d'eux-mêmes pour que nous ayons, sur le plan technique, un document de haut niveau.

Pour cela, nous travaillons en étroite collaboration avec les experts du MCC afin de remplir les standards de qualité par rapport à ce qui se passe dans les secteurs similaires, etc. pour que nous proposions des projets de qualité. Nous pensons qu'à travers cette appropriation, ce niveau de qualité, on peut avoir un compact compétitif.

 Déjà est-ce qu'on peut savoir quel sera le montant alloué au Burkina pour la réalisation de tous ces projets ?

S A l'heure actuelle, c'est prématuré de pouvoir connaître le montant qui sera alloué, pour la simple raison que c'est lorsqu'on a fini toutes les étapes et que les négociations ont été menées avec le MCC, qu'on a le montant alloué. Sinon, à l'étape actuelle, nous ne connaissons que le montant des projets que nous proposons.

Nous avons 24,5 milliards de FCFA pour le projet 1, 225 milliards de FCFA pour le projet 2 et 239,6 milliards de FCFA pour le projet 3. Cela fait au total 489.1 milliards de F CFA. Mais, ce sont des montants indicatifs. Les études de faisabilité doivent passer en revue toutes les actions proposées, leurs avantages attendus, les ressources nécessaires.

La somme des avantages attendus doit compenser les ressources à engager. C'est la question de l'analyse et de la rentabilité économique. Le MCC exige un minimum de 10 % de taux de rentabilité économique.

Toutes les actions qui ne rempliraient pas cette condition vont certainement sortir des propositions, de telle sorte qu'à la fin, vous pouvez avoir un montant différent des montants annoncés au début.

Il y a aussi le fait que les budgets disponibles au niveau du MCC ne sont pas illimités. Le partage entre plusieurs pays va aussi influencer le montant disponible. C'est la conjonction de tous ces facteurs qui va déterminer le montant alloué à la fin.

 Pour le premier conseiller de l'ambassade des Etats-Unis, les deuxièmes compacts sont mieux ciblés (exigences plus fortes) que les premiers. Pourquoi ?

C'est un peu difficile de donner une réponse exacte à cette question. Mais c'est peut être lié à l'historique de leur financement qui concerne plusieurs pays. C'est peut-être l'observation historique des statistiques sur les montants de leurs financements, d'un pays à un autre et d'un compact à l'autre, qui les amène à tirer une telle conclusion.

 Dans le premier compact, l'agriculture a occupé une place très importante. Cette année, des populations sont à risque de famine. Dans la formulation de ce second compact, y aura-t-il un volet agriculture ?

Il n'y a pas un projet qui soit spécifiquement dédié à l'agriculture. Mais il ne faut pas conclure que cela n'aura pas une incidence sur l'agriculture. Cela veut dire que directement, nous n'avons pas un projet qui s'adresse à la production agro-sylvo-pastorale.

Dans le second compact, nous voulons apporter l'électricité aux entreprises, avoir un secteur privé plus dynamique en matière de transformation de telle sorte qu'elles puissent investir davantage et créer de la valeur ajoutée.

Cela aura des incidences énormes sur le secteur agricole. Si nous prenons par exemple les industries de transformation, nous avons l'électricité de grande puissance qui sera amenée dans les zones à fort potentiel.

Par exemple, si on prend les zones de croissance du Sourou, une des lignes de haute tension envisagées passe par cette zone et cela peut encourager des entreprises à s'installer, à exploiter et à faire la transformation dans cette zone. Le secteur agricole sera le fournisseur de matières premières de cette transformation et cela va stimuler les productions agricoles.

Au terme du premier compact, des difficultés comme la non-adaptation du personnel au rythme de travail, les entreprises plus préoccupées à se remplir les poches qu'à faire leur travail... ont été constatées. Des démarches ont-elles été entreprises pour pallier ces problèmes ?

Pour le premier compact, un excellent travail a été fait, même si quelques personnes n'ont pas pu tenir le rythme.

Mais ce qui est important pour nous et sur lequel nous travaillons actuellement, c'est le recrutement afin d'avoir un personnel de qualité. Si le personnel recruté a la capacité technique, cela garantit que le travail sera bien fait.

Ceux que nous avons actuellement nous rassurent que nous ne nous sommes pas trompés sur le choix du personnel retenu. Mais, il faut aussi ajouter qu'un grand effort est demandé à chacun, ce qui exige une solidité physique et technique, car nous tournons souvent à 100 à l'heure.

Concernant les entreprises, il y a des marchés, ceux passés au cours du 1er compact et ceux qui viennent dans le cadre de ce compact, qui sont de gros marchés.

L'installation d'une ligne de haute tension par exemple demande une capacité financière, de montage, de planification, d'études, et un personnel qualifié. Cela demande une haute exigence, c'est-à-dire que ce n'est pas n'importe quelle entreprise qui peut remplir les conditions exigées pour compétir, gagner et exécuter ces marchés.

Le plus souvent, ce que l'on constate, c'est que nos entreprises ne se préparent pas en termes de stratégies pour pouvoir conquérir des marchés de grande taille.

La capacité à se regrouper et à se former pour gagner une bataille commune n'est malheureusement pas ce qu'on observe dans nos entreprises.

Cela les fragilise dans l'accès aux grands marchés. Les petites entreprises auront certainement des difficultés à y aller, car ce sont souvent des marchés de dizaine de milliards de FCFA.

De plus, le MCC développe également des compacts sur l'électricité dans certains pays voisins et nos entreprises peuvent aussi s'intéresser à ce qui y est fait.

Je profite de cette opportunité pour lancer un appel aux entreprises burkinabè pour qu'elles se préparent en termes de groupements, de coalitions, de benchmarking de manière à avoir la capacité technique et financière nécessaire pour pouvoir exécuter les marchés à venir.

Il faudrait que les petites, moyennes et grandes entreprises se préparent à ces types de marchés et qu'elles sachent que le MCC a des exigences à satisfaire et des procédures à respecter.

Le processus de formulation des projets semble avancé et très long. A quand la réalisation de tous ces projets ?

Dans notre timing, nous pensons finir les études de faisabilité en septembre 2019. Donc, nous serons capables de connaître le taux de rentabilité économique des projets et les autres critères exigés par le MCC.

Dès lors, le gouvernement burkinabè et le MCC entreront en négociations de septembre à décembre pour aboutir à la signature. Si le processus évolue bien, en fin 2019, on aura un compact signé.

Je voudrais porter à la connaissance des populations que le processus d'analyse qui nous permet de nous assurer que nous remplissons les conditions de financement du MCC prend du temps. Nous ne pouvons pas sauter les étapes.

Il faut convaincre que les projets proposés auront une incidence sur la croissance économique, qu'on peut les réaliser dans 5 ans jour pour jour.

Si tout n'est pas bien ficelé, on peut voir l'argent arrivé et le voir repartir aux USA. C'est pour éviter cela, que nous sommes en train de travailler rigoureusement pour satisfaire toutes ces conditions.

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