22 Juin 2018

Cameroun: Jean Maurice Noah, ethnomusicologue - «Les textes sont intéressants, mais musicalement c'est léger»

interview

Que dit-on finalement la musique urbaine ou les musiques urbaines ?

Il faut entendre par musique urbaine, un ensemble de genres de formes et de modes d'expression musicale qui émerge par effet urbain interposé. Pour faire simple, il s'agit des musiques nées en espace urbain par opposition aux musiques d'essence traditionnelle, folklorique ou tout simplement patrimoniale.

Du coup, on ne saurait parler d'une musique urbaine, mais des musiques urbaines. Parmi ces musiques urbaines, on peut entre autres citer, le rythm and blues (RnB), le jazz, la pop, le rock and roll, le hard rock, le Reggae, l'Afrobeat, le makossa, le high life, l'Hip hop, avec pour caractéristique d'être créée en milieu urbain et non rural. Qu'est-ce qui explique la percée actuelle de ce genre musical? Le Cameroun a toujours été une zone de prédilection de musiques urbaines.

Hier, c'était la pop music, le jerk, la soul, le rock and roll, le disco et le funky. Aujourd'hui, c'est au tour du RnB d'occuper l'espace musical national. On pourrait parler de razzia, d'urban mania tant le règne de cette musique est omniprésent et omnipotent.

La percée de cette musique s'explique tour à tour par l'avènement de la civilisation cybernétique dont les technologies de l'information et de la communication sont l'artificier majeur ensuite, la montée de l'urbanisation de nos sociétés. 60% de jeunes vivent en ville et techniquement la musique urbaine est plutôt facile et économiquement moins coûteuse.

Avec juste un ordinateur, un beat maker, un easy drum et les samples on peut créer quelque chose. Quel regard portez-vous sur la qualité des textes et du fond musical de ces créations ? Musicalement, c'est très léger parce qu'ici, on n'a pas besoin d'être musicien pour faire de la musique urbaine. Les machines font tout.

C'est une musique sans musicien. On l'appelle de la musique kleenex, musique fast food, dont la durée de vie ne dépasse guère deux mois. Par contre, si la musique est de bas étage, les textes quant à eux sont très intéressants.

Eux qui relatent le vécu quotidien des gens de la ville notamment les jeunes. Dans ce registre, un garçon comme Maahlox apparaît comme le plus grand sociologue de la jeunesse urbaine nationale.

L'usage des technologies sur lesquelles elles s'appuient abondamment pour les fonds musicaux ne risque-t-il pas de mettre au chômage les instrumentistes ?

Le grand défi de la musique urbaine camerounaise est strictement musical. Elle souffre d'un déficit criard de musiciens. Un informaticien n'est pas un musicien encore moins un ingénieur de son.

Il importe de créer des écoles de formation en musique en général et en musique assistée par ordinateur en particulier. On ne doit pas tirer sur le corbillard. La filière hip hop occupe une jeunesse en proie aux déviances de toutes sortes.

C'est un vivier d'emploi à booster. Non seulement la machine tue le feeling de cette musique mais la machine va tuer la musicalité. La machine a programmé la mort du musicien, de l'instrumentiste, du compositeur. Du coup, il devient difficile d'organiser un véritable concert de musique. Ça ne peut être que du playback cacophonique.

L'on constate que même les artistes traditionnels se laissent séduire par ces sonorités. Fautil absolument adopter ce genre pour traverser les époques ?

Regardez la scène nationale, des noms apparaissent et disparaissent comme dans une génération spontanée. C'est à la musique urbaine de se ressourcer dans la tradition et non le contraire.

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