22 Juin 2018

Sénégal: Gouvernance politique - Macky Sall au crible des universitaires

En dépit des performances notées ces dernières années, le Sénégal sous l'ère du président Macky Sall peine à être un champion en matière de bonne gouvernance politique.

C'est du moins l'avis de Maurice Soudieck Dione, Dr en Science politique, Enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis et de Jean Charles Biagui, professeur en Sciences politiques à l'Ucad. Interpellés dans le cadre de ce dossier réalisé en partenariat avec Osiwa sur le bilan de la gouvernance politique du régime en place, les deux enseignants-chercheurs en Sciences politiques soulignent qu'autant le président Macky Sall a réalisé de bonnes choses sur le plan économique et infrastructurel, autant son régime a bafoué les principes élémentaires de l'Etat de droit.

Avec ses deux alternances démocratiques réussies au sommet de l'Etat, le Sénégal jouit d'une bonne réputation dans le domaine de la gouvernance politique. Le pays de la Téranga est même très souvent cité comme une vitrine en Afrique Subsaharienne, notamment au niveau de l'espace Cedeao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest).

Dans son dernier rapport sur la gouvernance globale en Afrique, rendu public en décembre dernier, l'indice Mo Ibrahim a ainsi présenté le Sénégal comme un «très bon élève qui progresse très vite» dans ce domaine.

Dans cette étude menée au niveau de tous les États du continent, le pays de la Téranga occupe le 10e rang sur 54 pays Africains, avec un score de 61,6 sur 100. C'est la première fois que le Sénégal obtient ce score depuis 2007, date à laquelle, l'indice Mo Ibrahim a été initié pour mesurer les performances de la gouvernance en Afrique.

Ce résultat semble également confirmer le dynamisme des efforts dans la promotion de la bonne gouvernance politique consentis par les différents régimes qui se sont succédé à la tête du Sénégal, notamment celui du président Sall.

Arrivé au pouvoir le soir du 25 mars 2012, le quatrième président de la République s'était engagé pour une nouvelle gouvernance politique basée sur « une gestion sobre et vertueuse » des ressources publiques, en rupture avec la gestion de ses prédécesseurs.

Aujourd'hui, avec ce score obtenu, tout porte à croire que le successeur du président Wade est sur la bonne voie. Cependant, de l'avis des universitaires, Maurice Soudieck Dione, Dr en Science politique, Enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis et de son collègue, Jean Charles Biagui, professeur en Sciences politiques à l'Ucad : « en dépit des efforts consentis par le régime du président Sall, le Sénégal a encore du chemin à faire dans ce domaine ».

Selon eux, autant le président Macky Sall a réalisé de bonnes choses sur le plan économique et infrastructurel, autant son régime a bafoué les principes élémentaires de l'Etat de droit.

UNE GOUVERNANCE ECONOMIQUE PLOMBEE PAR L'ORIENTATION DE CERTAINS PROGRAMMES SOCIAUX

Abordant les réalisations du président Sall, Dr Maurice Soudieck Dione a salué les efforts consentis par le président Sall et son régime sur le plan économique et infrastructurel. Poursuivant son propos, l'enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis a toutefois exprimé des réserves quant à l'efficience de certains programmes sociaux.

«Il faut reconnaître que le Président Sall a fourni des efforts très appréciables à travers les nombreux programmes mis en place, notamment le PUDC (Programme d'urgence de développement communautaire); le PROMOVILLE (Programme de modernisation des villes) ; le PUMA (Programme d'urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers) et enfin le PRACAS (Programme d'accélération de la cadence de l'agriculture).

Il faut dire également que la croissance économique est relativement forte et soutenue. Estimée à plus de 6% depuis 2015, elle a été de 6,8% en 2017, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Elle a été favorisée par la conjoncture internationale marquée par la baisse drastique du prix du baril du pétrole», souligne l'enseignant chercheur en Sciences politiques à l'Ugb. Il s'empresse toutefois de relever dans la foulée que cette croissance n'est pas équitablement répartie entre les différents secteurs d'activités.

Ainsi dira-t-il : «Le secteur tertiaire, celui des services, en est le moteur essentiel, tandis que la part du secteur primaire, notamment l'agriculture et l'élevage, reste faible, alors que c'est le secteur qui concentre et concerne le plus grand nombre de Sénégalais. La croissance est par ailleurs extravertie, car elle est essentiellement tirée par des unités de production étrangères.

De tout cela, il résulte que la croissance a du mal à être ressentie dans le panier de la ménagère, même s'il faut reconnaître qu'il y a des mesures qui ont été prises pour soutenir le pouvoir d'achat des Sénégalais : baisser les impôts, les loyers, même si la loi n'est pas toujours respectée, ainsi qu'une certaine maîtrise de l'inflation, c'est-à-dire la tendance à la hausse des prix.

À cela, il faut ajouter un certain biais épistémologique lié à l'imposture des mots et des chiffres, en ce sens que la saisine des réalités économiques des pays africains en général et du Sénégal en particulier à travers des concepts et agrégats macroéconomiques forgés pour des économies développées demeure problématique».

Poursuivant son analyse, Dr Maurice Soudiek Dione a par ailleurs magnifié la construction d'infrastructures tout en exprimant cependant des réserves quant à l'efficience de certaines d'entre elles.

En effet, selon lui, «au plan social, il y a des initiatives qui ont été lancées, notamment en faveur des handicapés, mais aussi à travers la Couverture maladie universelle ou encore les bourses familiales ».

Il souligne toutefois qu'il « aurait été plus judicieux dans un pays pauvre comme le Sénégal, d'investir ces ressources pour une politique hardie et efficace de création de richesses et d'emplois ». Il en est de même de la construction de la nouvelle ville de Diamniadio.

Si cette initiative est à saluer dans son principe, il déplore toutefois que cela « ne relève pas d'une politique pertinente d'aménagement du territoire ». Il nourrit la crainte que, dans quelques années, « on va assister à la création d'une conurbation sur l'axe des trois D : Dakar-Diamniadio-Diass.

Or, on aurait pu investir massivement dans les régions de l'intérieur comme Kaolack, Fatick, Kédougou, Kolda, Vélingara, etc., afin d'y créer des pôles économiques attrayants et attractifs qui vont servir de foyers de rétention de l'exode rural, et décongestionner plus efficacement la capitale, tout en développant ces terroirs, qui font aussi partie du Sénégal».

UNE GOUVERNANCE POLITIQUE A L'EPREUVE DES ANCIENNES MAUVAISES PRATIQUES

Prenant la parole à son tour, Jean Charles Biagui, enseignant en Sciences politiques à la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l'Ucad, a tenu à préciser que : « la bonne gouvernance renvoie à la transparence de l'action publique, au contrôle de la corruption, à la démocratie et à l'État de droit ».

Au regard de ces paramètres, Il souligne ainsi qu'il «est clair que les règles démocratiques ne sont pas au cœur de la gouvernance» actuelle.

En effet, selon lui, les raisons qui avaient poussé les Sénégalais à tourner le dos à 40 ans de régime socialiste et ensuite au président Abdoulaye Wade afin de réduire le train de vie de l'État, et d'avoir une bonne gouvernance, sont toujours d'actualité.

Aussi, la réduction du train de vie de l'Etat relève-t-elle toujours du domaine de l'illusoire. Selon l'enseignant en Sciences politiques à la Facultés des Sciences juridiques et politique de l'Ucad : «Il est clair que la deuxième alternance de 2012 doit être analysée aussi comme la manifestation d'une certaine insatisfaction des populations quant à la non prise en compte de mesures visant la réduction du train de vie de l'État et la bonne gouvernance.

C'est relativement à cette réalité qu'il convient de tirer un bilan peu reluisant de la gouvernance du président Macky Sall au cours de ces 6 dernières années».

Pour Jean Charles Biagui il demeure que : «lorsque nous parlons de réduction du train de vie de l'État, nous mettons l'accent sur le sentiment d'une frange importante de la population sénégalaise, laquelle estime que les institutions publiques sont budgétivores et que les agents de la haute administration bénéficient d'avantages démesurés, sans commune mesure avec le contexte socio-économique d'un pays parmi les plus pauvres de la planète».

UNE GOUVERNANCE POLITIQUE POLLUEE PAR L'USAGE ABUSIF DU DELIT OFFENSE AU CHEF DE L'ETAT POUR EMPRISONNER SES OPPOSANTS

Abordant pour sa part, le bilan de l'aspect politique de la gouvernance du président, Maurice Soudiek Dione note avec regret les nombreux cas de violations de l'État de droit.

Ainsi fera-t-il remarquer : «L'État de droit a beaucoup été malmené sous le régime du Président Sall. D'abord à travers les nombreux emprisonnements pour offense au chef de l'État, en quatre ans, entre 2012 et 2016 : Me El Hadj Amadou Sall deux fois, en 2012 et en 2016, Bara Gaye en 2013, Samuel Sarr en 2014,contre un seul sous Abdou Diouf en 19 ans de règne : le cas de Talla Sylla en 1998 ».

Il poursuit en listant un certain nombre de manquements : « Les droits de l'opposition et des opposants sont bafoués ; les manifestations souvent interdites ou durement réprimées, en violation patente de la Constitution ; et parmi lesquelles on peut citer la manifestation du 14 octobre 2016, et plus récemment celle du 19 avril 2018 contre le parrainage.

Ensuite la traque des biens mal acquis, foncièrement sélective et politisée, qui a allègrement foulé au pied les droits et libertés des mis en cause, pour neutraliser l'opposition, notamment le PDS, et favoriser la transhumance.»

UNE GOUVERNANCE POLITIQUE A L'EPREUVE DE LA RUPTURE DU DIALOGUE ENTRE POUVOIR ET OPPOSITION

Outre ces entraves à l'Etat de droit, l'Enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis souligne également la rupture du dialogue entre pouvoir et opposition.

Ainsi fera-t-il remarquer : «Les Législatives du 30 juillet 2017 ont été organisées de manière calamiteuse, ce qui constitue un recul démocratique de près de 20 ans, en nous ramenant à la mémoire la situation des élections locales chaotiques de novembre 1996.

En plus, il faut noter l'utilisation du Conseil constitutionnel comme faire-valoir à travers les curiosités juridiques des « avis-décisions », qui ont permis au Président Sall d'externaliser le coût politique du reniement de sa parole, quant à la réduction de son mandat de 7 à 5 ans, et de modifier, par un acte juridictionnel la loi électorale pourtant claire et précise concernant les documents de vote lors des Législatives du 30 juillet 2017 ; ce qui constitue une violation flagrante et manifeste des principes du parallélisme des formes, de la séparation et de l'indépendance des pouvoirs».

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