23 Juin 2018

Ile Maurice: L'épouse de 13 ans décédée - «Regardez ce que Facebook a fait à ma fille !»

«Nous avons voulu lui faire plaisir parce qu'elle s'était amourachée de Farhaan», explique Noor Ramjaun, le père de Ruwaidah qui s'est mariée religieusement à l'âge de 13 ans et qui, enceinte de quatre mois, est décédée mercredi d'une crise d'épilepsie et d'asthme. L'habitant de Pailles fait ressortir qu'elle a connu le jeune homme de 19 ans sur Facebook et que personne n'était au courant de cette histoire. «Nou trouv li bokou lor portab, ti pé douté mé gété ki Facebook inn fer. Si pa ti ena sa Facebook-la, zanfan pa ti pou gaté... »

Cette affaire a ému de nombreux Mauriciens. Les questions fusent de tous les côtés et plusieurs personnes blâment le père de l'adolescente en s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles il a accédé aux désirs de sa fille de contracter le nikah à 13 ans. «Quel parent n'aimerait pas que son enfant fasse des études, décroche un bon travail et se marie à un âge raisonnable ?» rétorque Noor Ramjaun. «Ce serait bien que les gens arrêtent de nous blâmer.»

Chantage émotionnel

Le père souligne que sa fille lui a fait un chantage émotionnel. «Je suis sûr que vous vous souvenez de cette fugue qu'elle avait faite en janvier de cette année. Le lendemain, quand elle est retournée au bercail, elle était accompagnée de ce garçon de 19 ans. Il est venu avec ses parents pour me ramener ma fille. Pendant que les discussions s'entamaient sur cette relation, nous avons demandé que les fiançailles aient lieu en premier mais le couple s'est opposé à cette idée et nous a surpris en nous disant qu'ils voulaient se marier sinon elle se suiciderait. Qu'est-ce qu'un père aurait dû faire sur le moment ? Laisser sa fille se suicider ?»

Noor Ramjaun confie qu'il est un père aimant qui n'a jamais rien refusé à sa fille. «En apprenant la mort de ma fille, c'est comme si mon monde s'est écroulé. Je savais qu'elle avait des crises épileptiques et qu'elle était asthmatique mais à aucun moment je ne pensais qu'elle allait décéder dans des circonstances pareilles.»

Pourquoi avoir demandé une autopsie ? «Ma fille ne semblait pas heureuse depuis qu'elle vit sous le toit de son mari, réplique le père. Ma nièce a des preuves sur son portable qu'elle se faisait battre par son mari. Une première fois, elle est retournée à la maison en mars. Nous lui avons conseillé de ne pas repartir mais son époux a fini par la convaincre de retourner. La dernière fois que nous l'avons vue, c'était le jour de la célébration d'Eid.»

Noor Ramjaun raconte qu'il a été «stupéfait de la physionomie de Ruwaidah». Sa fille avait maigri et n'avait pas bonne mine. «Cela m'a chagriné car c'était une fille très gâtée dans la maison, elle ne faisait pas de ménage. Elle n'avait qu'à demander ce dont elle avait besoin, elle l'obtenait tout de suite. Mon fils et elle ne pouvaient se chamailler, que sa mère et moi la défendions.»

La soeur aînée: «Elle se faisait battre»

Elles étaient complices, soeurs et meilleures amies. «Notre relation a pris un coup après son mariage car elle n'était plus en contact permanent comme auparavant. Nous échangions nos petits secrets très souvent. Elle ne m'a jamais parlé de cette relation amoureuse entre elle et Farhaan. C'est en janvier qu'elle a confié à ses parents qu'elle voulait se marier», relate la soeur aînée de Ruwaidah. C'est à travers ses messages qu'elle apprend que sa soeur était victime de violence conjugale. «Li ti pé gagn baté. Mo éna so bann mésaz. Mo léker gro kan mo pensé mo pou nepli retann mo ser.»

La mère biologique: «Je veux que justice soit faite»

La mère biologique de l'adolescente a choisi de témoigner. Quand Ruwaidah avait trois mois, elle l'avait confiée à sa soeur, qui l'a élevée «comme si c'était sa propre fille». Et maintenant, elle regrette beaucoup que sa fille se soit mariée sur un coup de tête. «Quand j'ai entendu qu'elle voulait se marier, je n'étais pas d'accord. D'ailleurs, je n'ai pas assisté au mariage.» Elle déplore que sa fille et son amoureux aient persisté dans leur projet de mariage et que sa soeur et son beau-frère aient «cédé à ses caprices».

Et d'ajouter : «Zordi kan mo tann dir Ruwaidah inn mor, ou pa kapav koné ki kantité mo léker désiré andan parski mo fib maternel ti pli for.» La mère biologique explique qu'ayant appris que sa fille se faisait battre par son mari depuis leur nikah, elle était d'accord avec son beau-frère et sa soeur, qui ont demandé une autopsie afin de connaître les vraies raisons de sa mort. «J'attends que justice soit faite dans cette affaire.» Elle tient à souligner que quand Ruwaidah a découvert qu'elle était sa mère biologique, «à aucun moment», elle ne l'a reprochée de «l'avoir abandonnée».

Les proches risquent l'inculpation pour complot

Les proches de la mineure de 13 ans seront bientôt interrogés. Une enquête policière sera initiée. Le jeune homme de 19 ans qui s'est marié avec la jeune fille risque une inculpation de «causing child to be sexually abused» alors que les proches de l'adolescente qui ont accepté ce mariage religieux risquent une inculpation pour complot.

L'article 14 (1) de la Criminal Code Act stipule : «Any person who causes, incites or allows any child - (a) to be sexually abused by him or by another person; (b) to have access to a brothel; (c) to engage in prostitution, shall commit an offence.»

L'article (2) relate que «for the purposes of subsection (1) (a), a child shall be deemed to be sexually abused where he has taken part whether as a willing or unwilling participant or observer in any act which is sexual in nature for the purposes of - (a) another person's gratification; (b) any activity of pornographic, obscene or indecent nature; (c) any other kind of exploitation by any person». Toute personne reconnue coupable de ce délit risque une peine allant jusqu'à 15 ans de prison dans le cas où la victime souffre d'un handicap.

«Aucune marque de violence externe sur elle», dit son médecin

L'adolescente de 13 ans, en sus de son traitement à l'hôpital SSRN à Pamplemousses, était suivie par le Dr Moossa Bye Suffee. «Elle n'avait aucune marque de violence externe sur le corps et rien n'indiquait qu'elle souffrait de maltraitance. Elle était très joyeuse. Et sa belle-famille et son époux étaient tout le temps à ses côtés et l'accompagnaient lors de ses visites à mon cabinet à Goodlands», raconte le médecin qui tient à exprimer ses sympathies à la famille endeuillée.

Le médecin généraliste, qui compte presque 40 ans de carrière explique que c'est la première fois de sa vie qu'il a eu un cas pareil à traiter. L'adolescente venait le voir de temps à autre lorsqu'elle était malade. Elle souffrait de vomissements sévères. Ceuxci pouvaient lui faire perdre les sels minéraux qui sont essentiels dans le corps.

Savait-il que la jeune fille était enceinte ? Le Dr Moossa Suffee explique que oui. Mais il ne la suivait pas pour sa grossesse mais pour ses autres problèmes de santé. Dans ce cas, pourquoi n'avoir pas informé les autorités ? Le médecin signale qu'il est tenupar le secret professionnel.«Ce n'est pas mon rôle car je dois traiter mes patients dans la confidentialité et leur prodiguer les soins adéquats. Les proches de la jeune fille étaient au courant de sa grossesse.»

Mercredi matin, lorsquel'adolescente a fait un malaise, le Dr Moossa Bye Suffee a été mandé chez elle, à Goodlands, après que plusieurs médecins ont refusé d'examiner la fille et de certifier son décès. «C'était mon devoir de médecin d'aider et de soulager la famille. J'ai fait les procédures qu'il fallait et ai rendu un diagnostic», poursuit-il. Il a certifié que la jeune fille est morte à la suite de problèmes épileptiques et d'autres causes naturelles. Il fait ressortir que sa grossesse n'avait rien à voir avec son décès.

La famille de la jeune fille avait réclamé une autopsie car elle soupçonnait un acte malveillant (foul play). L'autopsie qui a été pratiquée par le chef du service médico-légal de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, a aussi conclu que la jeune fille est décédée suivant des problèmes d'épilepsie et d'asthme comme l'avait diagnostiqué le Dr Moossa Bye Suffee. La thèse d'un acte malveillant a donc été écartée.

Sexualité des mineurs: enfants, qu'en pensez-vous ?

L'Ombudsperson for Children voudrait avoir le point de vue des citoyens, incluant les enfants, sur les problèmes tels que le mariage des jeunes, la grossesse précoce, les relations entre deux mineurs... Son objectif : proposer des recommandations efficaces et valables aux autorités.

«The saddening death of a 13-year-old girl child in Goodlands who was pregnant and "married", has undoubtedly stirred reflections on several issues regarding children such as teenage pregnancy, child marriage, child sexual abuse, teen dating and cohabitation ("concubinage") between either two minors or an adult and a minor», écrit Rita Venkatasawmy dans un communiqué de presse émis hier.

Autre ado de 13 ans, le père inquiet

Le mariage religieux de cette jeune fille de 13 ans a interpellé plus d'un. Mais ce n'est pas le seul cas. Un habitant du Nord a dénoncé un cas concernant sa propre fille de 13 ans, il y a quelques semaines. Son exépouse s'apprêtait à procéder à une réunion de famille avec l'amoureux de sa fille, un habitant du Sud âgé de 19 ans. Il a pu intervenir pour l'arrêter. Il a dénoncé son ex-épouse à la Child Development Unit (CDU) et a aussi alerté le Probation Office de sa localité. Depuis, sa fille est toujours sous la garde de sa mère.

Cet habitant de Pamplemousses se dit outré par la façonde faire de son épouse et aussi des autorités, car son aînée est toujours avec sa mère. Cette dernière avait expliqué que le jeune homme lui avait dit qu'il était amoureux de sa fille et comptait attendre jusqu'à ses 18 ans. «Sa mère savait que c'était quelque chose à ne pas faire car notre fille n'est qu'une gamine mais elle m'a dit que devant l'insistance de notre fille, elle ne pouvait rien», souligne ce père de trois enfants.

«Le Probation Office est au courant de ce dossier. Nous avons à maintes reprises fait le va-et-vient au bureau du Probation Office, à Pamplemousses ainsi qu'à Bambous, là où nous habitions avant. Ma fille est restée un an à la maison car la direction de l'école l'avait mise à la porte. Ma fille est incontrôlable, mais au moins je savais ce qu'elle faisait et j'essayais de la ramener sur le droit chemin.» Il avoue que sa fille faisait l'école buissonnière pour se rendre avec des garçons à la mer. «Kan koz ek li, li kalmé apré rékoumansé.»

Sollicitée pour une réaction, la mère affirme que son ancien époux raconte des histoires. «Pouvez-vous croire que j'accepterai de marier ma fille alors qu'elle n'est qu'une gamine ? Leur père raconte des histoires car mes enfants voulaient être avec moi», soutient cette habitante du Sud. Elle déclare qu'après avoir entamé les procédures, elle a de nouveau eu la garde de sa fille et que cette dernière est épanouie depuis qu'elle habite chez elle. Selon elle, l'adolescente a repris le chemin de l'école. Contacté au téléphone, un officier de la CDU indique ne pasêtre en mesure de nous donner des informations au sujet de ce dossier avant d'ajouter que si une plainte a été faite, une enquête doit être en cours.

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