28 Juin 2018

Centrafrique: L'ONU demande des actions efficaces pour la protection, la paix et la réconciliation

Photo: Photo MINUSCA
Un Casque bleu patrouille dans le quartier de PK5 à Bangui, en République centrafricaine (RCA) (archives)

Une experte de l'ONU a appelé à une meilleure coordination et complémentarité des initiatives de paix, de justice transitionnelle et de réconciliation en République centrafricaine, après son constat d'une détérioration alarmante de la situation des droits de l'homme dans le pays.

"J'ai trouvé une population qui souffre de plus en plus, en proie à un sentiment d'insécurité grandissant, qui avait beaucoup d'attentes et qui commence à perdre confiance dans les acteurs de la protection", a déclaré Mme Keita Bocoum à l'issue d'une visite de 10 jours dans le pays.

"L'État a fait de nombreux efforts pour la protection des civils, mais son autorité sur le territoire centrafricain reste encore très affaiblie par les exactions violentes des groupes armés et par sa présence effective limitée", a déclaré Marie-Thérèse Keita Bocoum, Experte indépendante des Nations Unies pour les droits de l'homme en République centrafricaine.

Elle est aussi particulièrement préoccupée par l'insuffisance de cohésion, de communication et de transparence entre les acteurs œuvrant en République centrafricaine.

"Je déplore la détérioration de la situation humanitaire et l'insécurité croissante, suite à l'opération militaire d'avril et aux événements de Bangui début mai, au cours desquels de nombreux civils ont perdu la vie et des lieux de culte ont été attaqués", a -t-elle déclaré.

"Je suis également choquée par le nombre croissant d'attaques contre les humanitaires et leurs équipements, et j'exhorte les autorités locales à renforcer leur autorité légitime et à condamner ces actes odieux".

Mme Keita Bocoum a également déploré le fait que de nombreuses populations déplacées soient toujours privées de liberté de mouvement à l'extérieur des camps, comme à Bangassou, et souffrent particulièrement du manque d'accès aux services de santé, à l'éducation et aux opportunités économiques.

"Il est crucial de renforcer la coordination des initiatives de paix et de développement et de redéployer efficacement l'autorité de l'État, tout en assurant l'aide humanitaire", a souligné l'experte indépendante.

Mme Keita Bocoum encourage le Panel des facilitateurs à considérer les appels de la population à plus de transparence et d'inclusion dans les négociations de paix.

"Il est également important que la société civile reste dans son rôle d'observateur impartial et indépendant de l'impact des décisions politiques sur les droits de l'homme, et que les besoins des populations rurales et des femmes soient mieux entendus", a-t-elle ajouté.

Elle a appelé à une action urgente pour coordonner et soutenir les services de justice pénale, garantir le droit à la vérité, les réformes institutionnelles et les réparations collectives et individuelles visant à assurer la non-récurrence des conflits.

Mme Keita Bocoum a insisté sur la nécessité d'organiser toutes ces actions dans une stratégie de justice transitionnelle centrée sur les victimes et adressant les disparités régionales.

"Il y a lieu de réfléchir sans plus tarder aux questions de réparations pour les victimes, indépendamment de l'issue des procédures judiciaires, afin de gérer les attentes et faciliter la réconciliation". Elle encourage aussi l'adoption par l'Assemblée nationale du projet de loi sur l'aide légale et la préparation de dossiers solides devant les tribunaux.

Lors d'une réunion avec les représentants de la Commission nationale des droits de l'homme, Mme Keita Bocoum a regretté l'absence de budget pour "cette institution importante".

Elle a déclaré que l'indépendance de la Commission et sa capacité à observer la situation des droits de l'homme en RCA et à en rendre compte ne peuvent être garantis sans un financement approprié. Elle a appelé les bailleurs de fonds à soutenir l'État dans ce sens.

Au cours de sa visite, l'Experte indépendante a rencontré des membres du Gouvernement, du Parlement, du corps diplomatique, de la société civile, des organisations non gouvernementales, des représentants des Nations Unies ainsi que des représentants des victimes et des déplacés à Bangui et Bangassou.

Mme Keita Bocoum soumettra ses conclusions au Conseil des droits de l'homme à Genève le 4 juillet 2018.

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