Afrique de l'Ouest: Macron au Nigeria

Photo d'illustration

Une visite de cœur et de raison

Après Nouakchott, la capitale mauritanienne où il a pris part au 31e sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine (UA), le président français, Emmanuel Macron, est attendu ce mardi 3 juillet 2018 au Nigeria où il rencontrera son homologue nigérian, Muhammadu Buhari. Une visite de raison qui portera sans nul doute sur des sujets de coopération bilatérale, le géant ouest-africain étant un partenaire commercial privilégié au portillon duquel les grandes puissances mondiales se bousculent. Mais aussi une visite de cœur puisque cette excursion du président français en terre nigériane, aura aussi une dimension affective et culturelle. En effet, outre la rencontre avec son homologue nigérian, il est inscrit, dans l'agenda du chef de l'Etat français, une visite dans ce qui fut le sanctuaire du roi de l'afro-beat, feu Fela Kuti, dans la mégalopole économique, Lagos.

On se demande si le nerf de la guerre ne sera pas un obstacle rédhibitoire au succès de la force du G5 Sahel

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le séjour du président français en terre nigériane, ne sera pas de tout repos. En effet, entre audience présidentielle avec son homologue nigérian dans la capitale fédérale, Abuja, et déplacement envisagé dans la bouillante capitale économique, Lagos, pour cet important rendez-vous culturel, le chef de l'Etat français risque d'avoir un agenda pour le moins très chargé. D'autant plus que lors de la rencontre avec son homologue nigérian, les questions sécuritaires devraient occuper une place de choix.

Surtout avec ce comité d'accueil sanglant que la pieuvre islamiste lui a réservé, en se signalant une fois de plus par des attaques barbares et criminelles dans la bande sahélo-saharienne mais aussi dans le Bassin du lac Tchad. En effet, au moment où le Mali connaissait des attaques terroristes tous azimuts, le week-end dernier, notamment dans le Quartier général de la force conjointe du G5 Sahel et la force française Barkhane, le Nigeria était à nouveau endeuillé par la secte islamiste Boko Haram, à travers de nouvelles attaques qui ont causé de nombreuses pertes en vies humaines.

C'est dire si de Nouakchott où il était en tête-à-tête avec les chefs d'Etat du G5 Sahel, à Abuja, les questions sécuritaires s'inscrivent invariablement dans l'agenda du chef de l'Etat français, avec une hydre terroriste en regain de vitalité et qui se dresse sur son chemin comme l'une des questions brûlantes de l'heure. Aussi, en allant à la rencontre de ses pairs africains, Emmanuel Macron se montre tout aussi préoccupé par la question du terrorisme qui est en train de prendre des proportions inquiétantes dans cette partie de la planète.

Mais l'on peut déplorer que les belles résolutions qui sont souvent prises à l'occasion de sommets de haut niveau comme celui de l'Union africaine auquel il vient de prendre part en Mauritanie, restent, malheureusement, souvent sans effet. Preuve, si besoin en était, que la plupart du temps, ce ne sont pas les idées ni les belles résolutions qui manquent, mais leur mise en application. C'est pourquoi la question que l'on pourrait se poser, est de savoir si ce déplacement du chef de l'Etat français à ce sommet de l'UA, permettra de faire bouger les lignes en matière de lutte contre le terrorisme dans la bande sahélienne.

En tout cas, c'est le souhait des populations de la région qui ne rêvent que de voir neutralisée au plus vite, cette pieuvre et qui fondent leurs espoirs sur la force conjointe du G5 Sahel. Mais son opérationnalisation pose toujours problème, et l'on se demande si le nerf de la guerre ne sera pas finalement un obstacle rédhibitoire au succès de ce projet, tant l'aide promise a du mal à tomber dans l'escarcelle.

Si Abuja valait bien un détour, Lagos ne sera pas en reste

En tout cas, depuis 2015 que la question de la mise en place de la force conjointe du G5 Sahel est sur la table, l'on ne comprend pas pourquoi trois ans plus tard, le projet peine toujours à avoir la plénitude de ses moyens d'opération, alors que cette Force avait pour vocation d'aller au contact de l'ennemi pour réduire au maximum sa capacité de nuisance.

C'est pourquoi il y a lieu de croire qu'outre sa rencontre de la veille avec les chefs d'Etat des pays membres du G5 Sahel, les questions sécuritaires seront encore au menu des échanges du président français avec son homologue nigérian dont le pays se présente, par ailleurs, comme l'un des épicentres du terrorisme dans la sous- région depuis maintenant plusieurs années. Toute chose qui n'est pas sans conséquences sur nos économies nationales.

Cela dit, à côté des questions politiques, la dimension culturelle de cette visite du président français au pays de Fela Anikulapo Kuti, n'est pas non plus à négliger. En effet, en choisissant de se rendre dans l'antre du père de l'afrobeat à Lagos, où il devrait faire l'annonce de l'organisation prochaine, en France, de la Saison des cultures africaines, Emmanuel Macron prend un pari sur l'histoire. Un pari osé et risqué, au propre comme au figuré, car le Shrine, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'a pas la réputation d'être un endroit pour enfants de chœur, encore moins pour une personnalité d'un si haut rang.

D'ailleurs, c'est, dit-on, la première fois qu'un chef d'Etat y met les pieds. C'est pourquoi le choix du président Macron de se rendre dans ce lieu, est loin d'être anodin. Et son importance pourrait se mesurer à l'aune du danger que représente ce lieu qui paraît l'un des moins recommandés pour des personnalités de son rang. Mais venant de Macron, cela n'est pas étonnant. Car, l'homme a su, plus d'une fois, montrer qu'il sait oser. En effet, l'on se rappelle encore son séjour à l'Université de Ouagadougou, en fin novembre dernier, où il devait tenir un discours à l'endroit de la jeunesse africaine.

Malgré l'hostilité ambiante, le président français n'avait pas renoncé à y aller. Ouagadougou n'est certes pas Lagos, mais en faisant ce choix plutôt risqué, Macron ne fait pas que briser un tabou. Cela prouve, à tout le moins, un certain attachement à ce pays dont on dit qu'il ne l'a pas laissé indifférent, quand il y faisait ses premiers pas d'élève stagiaire de l'ENA en ambassade. En tout état de cause, il est heureux de constater que si Abuja valait bien un détour du président français, Lagos ne sera pas en reste. Dans tous les cas, c'est le Nigeria qui gagne.

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