3 Juillet 2018

Mali: Force tranquille de l'eau

Le calme plat de l'eau. Le courant agité de l'eau. Le bruit évocateur de l'eau. La force tranquille de l'eau. La faiblesse tremblotante de la terre. Sous nos pas. Ce qui laisse pensifs les cieux et les hauteurs bâties sur notre sort d'habitants à titre précaire. Happés par la névrose individualiste de l'appropriation foncière.

A chacun sa tombe. Parfois fosse commune. Croissance démographique explosive et limitation austère de l'espace vital. Entre deux lieux. Entre deux temps. Entre deux eaux. Douce et salée.

Appartenant toutes et tous à la fragile espèce de la variété florale, de la multiplicité faunique et de la diversité humaine. Lesquelles ne tiennent minéralisées que par leur niveau de consommation hydraulique. Pure ou souillée. Sous nos grandes chaleurs sahéliennes, les potières forgeronnes ont bien maîtrisé l'art du feu et le métier du traitement de l'argile.

Pour confectionner de jolies gargoulettes et canaris d'eau afin d'étancher la soif à la bonne et tiède température. Un rafraîchissant régal liquide à présent balayé d'un revers de main branché sur le congélateur à tout solidifier.

L'époque fastfood cancérigène invite à dégivrer le produit alimentaire avant de le passer à la micro-onde les réseaux sanguins vidés de leur substance nourricière prête à emporter et prêt à mâcher.

On n'arrête pas le progrès digestif car en bougeant, l'appétit vient en mangeant. Mais le destin d'un ministre est d'être un ancien ministre. Et celui d'un général, être un ancien combattant, bien combattu.

Ce n'est pas le cas du tambour d'eau (jidunun). La voie d'eau naturelle scandée en double calebasse. De la source à l'embouchure de ses ondes rythmiques, chères aux esprits invisibles. Pour se guider et chevaucher jusqu'à la transe les êtres possédés.

C'est fou, combien l'homme est otage de ce qu'il possède. Au pire, le cours d'eau naturelle se retire de la surface de la terre, se fraie son chemin souterrain, se fossilise et approvisionne parfois quelques heureux puits du désert.

A la satisfaction presque magique d'entêtés orientaux qui finissent par faire découvrir par les outillés occidentaux les hydrocarbures qui font et défont notre actualité politique et économique. En lieux traditionnels et places énergétiques de stationnement populaire pour les abreuvoirs du cheptel et du voyageur.

L'intelligence de Tombouctou est née de cet autre mystère, entre le fleuve et le Sahara, entre l'eau et le feu. Le passage de la dure selle du chameau au fauteuil aérien du jet set intercontinental a humainement de quoi faire du fou de Dieu le plus sage des compagnons du diable.

Ô usagers des airs de premier commandement, les aires de jeux violents et de prise de parole vidéo se démultiplient sous vos ailes brisées de pilote gros porteur. Pour vous offrir en spectacle de désolations post mortem à un monde attristé par ces voitures piégées bourrées de bombes.

Autant virtuel que réel. Avant de tous retourner à l'Eternel, le ventre plein de terre. La nature profonde de l'eau se décharge pour sa part dans la culture céleste du recyclage des sons et lumières.

Pour faire du midi de la communication par tambour d'eau frénétique le minuit de la pointe des nouvelles technologies de l'information spéculative. Tant les rumeurs d'eau sont devenues monnayables de fer au feu.

La bourse des valeurs morales puisées dans l'esprit redoutable des génies de l'eau convoquées par d'étranges sonorités s'érige alors en confidentielles confréries de l'ordre matriarcal. Pour prévenir par la magie des femmes tout désordre patriarcal de ces virils et destructeurs chasseurs guerriers (donsow bôsow).

Et depuis que beaucoup d'eau bénite a coulé sous les ponts de la sérénité agissante, le parallélisme des deux rives, féminine et masculine, de l'humanité et de l'animalité, demeure accouplé.

Toujours en quête d'une très sensible recherche d'équilibre minimum à durablement procréer. Entre la paix et la guerre. Civile et militaire. Domestique et nationale. Versée, l'eau de la gourde familiale de l'Etat ne peut être ramassée. De même que le sang humain sacrificiel. Lequel touche tout et rien. Sauf Dieu.

Le Transcendant. Son Discernement ne laisse aucune goutte d'eau dans le lait. Nous Le prions pour avoir un bon hivernage. De l'eau qui nourrit. De l'eau qui ne tue pas.

Au Nord et au Centre du Mali, caractérisé par son double paganisme, peulh et dogon, fraichement reconvertis à l'islam, il faut être bêtement méchant, criminel et suicidaire pour donner un coup de pied fatal à la calebasse de lait en échange traditionnel (troc) du panier de mil correspondant et vice versa.

Par la force tranquille de l'eau, capable d'éteindre tous les incendies du monde, le Mali, plongé dans son habituel cycle classique de supplices kamikazes, individuels et collectifs, a toujours survécu à tous ses fossoyeurs, de l'intérieur et de l'extérieur. Cette tragédie locale internationalisée ne sera pas la dernière héroïque nationale, Inch Allah !!!

Mali

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