8 Juillet 2018

Ile Maurice: Christian Bernard, le Français de Tranquebar

Avec son panama posé sur la tête, Christian Bernard a un petit air de l'acteur Jean Poiret. C'est en juillet 2009 que ce Français originaire de la campagne lyonnaise s'est installé de façon définitive à Maurice, achetant un terrain de 600 toises à Tranquebar, au pied de la montagne du Pouce, sur lequel il a fait bâtir une belle maison que les gens de l'endroit appellent «La maison du Français».

Et bien qu'il ait eu sa naturalisation mauricienne, les enfants des environs continuent à le héler en termes de «le Français» lorsqu'il est au volant de sa décapotable bleue.

Si les pensions qu'il perçoit de la Sécurité sociale française et d'une assurance complémentaire lui permettent de mener une vie confortable, ses pensées vont toujours vers les enfants de Tranquebar et des environs qui traînent leur désœuvrement dans les rues de la capitale et de ses périphéries.

S'il y est aussi sensible, c'est parce qu'il a lui-même eu «une enfance compliquée». Il est né d'une famille nombreuse. Ils sont neuf enfants.

Son père, qu'il qualifie «d'adorable», traîne un lourd passé puisqu'il a fait les guerres d'Indochine et d'Algérie. Sa mère biologique ne peut l'élever du fait d'une santé précaire. Il est placé par la DASS (Direction des affaires sanitaires et sociales) dans des familles d'accueil vénales pas intéressés pour un sou à s'occuper de lui.

«J'étais devenu un petit dur, libre et mature», raconte-t-il, jusqu'à ce qu'il tombe sur une famille d'anciens blanchisseurs Zette et Roger Bissuel qui l'encadrent et le remettent sur les rails.

«Je leur dois tout. Zette m'a appris les valeurs du travail et de l'indépendance», dit-il en précisant qu'elle l'encourage à étudier pour obtenir son Brevet d'études professionnelles agent administratif et son Certifcat d'Aptitudes Professionnelles d'aide-comptable qu'il passe en candidat libre.

Il intègre une société de menuiserie comme secrétaire standardiste. Et comme il pose énormément de questions, le patron le prend sous son aile et lui confie la partie technique. Après un an de service militaire obligatoire, il retrouve la société. À son retour, il devient le bras droit du patron mais compte tenu des multiples relances des banquiers, c'est le dépôt de bilan et la liquidation.

Bien qu'il soit sans le sou, son patron l'encourage à reprendre la société. Il trouve un entrepreneur pour reprendre une partie de l'activité et lui, conserve la menuiserie, la décoration et l'agencement avec l'aide d'un associé. Cette reprise en main est une réussite. Il ouvre d'autres filiales dans l'immobilier, l'événementiel et entreprise générale.

Christian Bernard ne serait sans doute jamais venu sous nos cieux s'il n'avait été blessé au cours d'une partie de chasse privée. «Pendant deux ans, ma mobilité, ma concentration et ma parole ont été affectés.» La Sécurité sociale évalue son degré d'invalidité à 80 %. Pour couronner le tout, sa compagne part avec la moitié de ses biens. «Du fait que je n'avais rien avant, cela ne m'a pas affecté car l'argent n'est pas une fin en soi.»

Las, il décide de voyager et de s'accorder une longue convalescence. «Quand on a eu une vie aussi intense que la mienne, on se bat lorsqu'on est affecté par la maladie.» Il se rend notamment en Egypte où il croise feu Sr Emmanuelle connue pour ses œuvres caritatives auprès des petits chiffonniers dans les bidonvilles du Caire. «Elle m'a comprendre qu'il fallait arrêter de regarder en arrière et de continuer à avancer.»

Il visite les Antilles françaises et est surpris de constater qu'à Haïti, qui vient de subir de gros dégâts après le passage du cyclone Georges en 1998, il y a un paradoxe. «J'ai vu la misère extrême à Haïti mais j'ai lu le bonheur sur le visage des gens.» Il décide aussi de découvrir les îles de l'océan Indien. S'il adore la nature à la Réunion, il est séduit par la gentillesse des Mauriciens qui est «à l'époque sincère».

C'est lorsqu'il rencontre la Mauricienne Joëlle qu'il réalise qu'inconsciemment, il veut fonder une famille. C'est ce qui l'incite à s'établir ici et comme il aime la nature, le pied de la montagne Le Pouce à Tranquebar lui convient parfaitement. Ce père de Yoann, 16 ans, et de Jade, 13 ans, tente d'investir à Maurice pour eux, dans la restauration mais l'expérience n'est pas concluante. Il vit de ses rentes.

Ce qui le gêne le plus c'est de voir les enfants de Tranquebar traîner les rues. Il existe une école de foot de Champs de Mars avec deux entraîneurs délégués par le ministère de la Jeunesse et des sports, aidée par l'Association Parents Ecole de Foot Champs de Mars et qui vivote. Sachant à quel point le football peut fédérer et inculquer des valeurs importantes de la vie comme l'esprit d'équipe, la solidarité, le respect de l'autorité, le fair-play, le goût de l'effort et de la réussite, il se joint à cette association de bénévoles.

Avec le vice-président Guru et le trésorier Michael, ils donnent du sérum à l'association, et à ces enfants les moyens de s'équiper et de jouer convenablement au football sur le terrain de crémation. Leurs efforts leur permettent de trouver des parrains et à rendre possible le déplacement à deux reprises d'une quinzaine d'enfants à Rodrigues.

Christian Bernard rêve désormais d'un projet plus ambitieux, à savoir les emmener jouer à Madagascar. Or, ses demandes d'aide laissent insensibles. «Certains, dès qu'ils entendent le nom de Tranquebar, se sauvent. Depuis 2014, nos demandes auprès des députés de la circonscription n'aboutissent pas systématiquement.

Ce que les politiciens de ce pays ne réalisent pas, c'est qu'un terrain de football ne suffit pas, même si c'est bon de l'avoir. Ce qu'il faut à ces enfants et jeunes de la région, c'est un complexe polyvalent où ils peuvent pratiquer plusieurs sports.

De toutes les façons, la construction d'un tel complexe coûtera toujours moins cher que les programmes de réduction de risques de contamination au VIH par injection de drogue ou ceux destinés à combattre la criminalité», dit-il.

La Mauritius Football Association disposerait d'un fonds offert par la Fédération Internationale de Football Association pour la jeunesse et il se demande où va l'argent et pourquoi des associations telles que celle qu'il préside n'en bénéficient pas. Il a demandé à la mairie de Port-Louis de l'autoriser à apposer de la publicité pour des parrains éventuels sur le nouveau terrain de crémation où les enfants s'entraînent. «On espère une réponse favorable de la marie. Un parrain équipementier et des parrains attitrés seraient les bienvenus. Notre priorité est avant tout de sortir ces jeunes de la rue.»

Il se donne jusqu'à novembre 2019 pour réussir à trouver les fonds nécessaires à ce déplacement. Et s'il n'y parvient pas, il a un plan B. «Ce sera un déplacement sur la Réunion qui nous coûtera moins cher. Nous nous sommes aussi fait inscrire auprès du CSR avant la présentation du Budget. J'aurais souhaité que les associations de Tranquebar fassent cause commune car l'union fait la force. Il faut absolument montrer à ces gosses que la misère et la pauvreté ne sont pas une fatalité et qu'il y a des moyens de s'en sortir... »

Ile Maurice

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