9 Juillet 2018

Cote d'Ivoire: Dispersion meurtrière d'un meeting pro Soro à Korhogo - Le « gbangban » des héritiers se déporte au nord

Photo: wikipedia
Guillaume Soro président de l'Assemblée nationale ivoirienne

La rencontre politique que le député Soro Kanigui du Rassemblement des républicains (RDR), a tenté d'organiser à Korhogo au Nord de la Côte d'Ivoire samedi dernier, a été violemment perturbée par d'autres militants du même parti, occasionnant des dégâts matériels importants, plusieurs blessés et un mort.

Le député initiateur du rassemblement, est connu pour être un proche du président de l'Assemblée nationale, Soro Guillaume Kigbafori, dont les partisans se seraient lancés dans une guerre de leadership régional contre ceux du Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, figure tutélaire du parti au pouvoir, dans cette partie de la Côte d'Ivoire. Alors, acte isolé ou avis de tempête sur les bords de la lagune Ebrié, à quelques semaines des scrutins municipaux et régionaux ?

On en saura davantage dans les jours à venir, mais une chose est sûre, c'est que le contexte politique actuellement en ébullition dans ce pays, fait craindre une résurgence des violences et une nouvelle saison des machettes.

On sait, en effet, que l'entente cordiale entre les partenaires du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui dirigent le pays depuis la première élection de Alassane Ouattara, en 2010, n'est plus d'actualité depuis que le parti au pouvoir (le RDR) a commis, à mots couverts, le sacrilège de remettre en cause le principe de l'alternance au sommet de l'Etat, conclu entre lui et le PDCI-RDA, qui devait permettre à ce dernier d'accéder au pouvoir à la fin du mandat en cours du président actuel.

On sait également qu'à l'intérieur même de ces deux partis, la sérénité n'est plus de mise entre la vieille génération qui entend garder toujours les manettes, et la jeune garde qui estime à tort ou à raison que l'heure est venue pour les « has been » de prendre leur retraite politique, afin qu'elle apporte un souffle nouveau à la vie politique en Côte d'Ivoire.

Alassane Ouattara doit taper du poing sur la table afin de ramener l'ordre dans ses propres rangs

Ce qui s'est passé ce week-end à Korhogo entre les militants du RDR, n'est que la manifestation brutale du conflit générationnel qui mine ce parti depuis quelques années, et le risque est grand que les combats fratricides prennent de l'ampleur au fur et à mesure qu'on va vers des échéances électorales, essentiellement pour s'adjuger le contrôle du District des Savanes dont Korhogo est la capitale.

Difficile, en effet, d'imaginer qu'Amadou Gon Coulibaly, actuel Premier ministre, homme-lige du président Alassane Ouattara et maire de Korhogo sans discontinuer depuis 2001, accepte qu'un courant rival incarné par les partisans de Soro Guillaume vienne marcher sur ses plates-bandes, surtout que ces derniers ne font plus mystère de leurs intentions de prendre le contrôle du parti lorsque le président de la République et président du parti aura tiré sa révérence.

La surchauffe du samedi dernier peut donc être considérée comme l'aboutissement d'une guerre de tranchées entre deux poids lourds du parti au pouvoir, qui ont chacun son fief à l'intérieur de la même région : la ville commerçante de Ferkessédougou et tout le département éponyme roulent pour ainsi dire pour Soro Guillaume, tandis que la capitale régionale, Korhogo, et les collectivités y rattachées votent majoritairement et cela depuis des lustres, pour la famille Coulibaly qui a fondé la ville au XVIIIe siècle.

C'est donc un combat de titans, pour ne pas dire un « gbangban » des héritiers, qui se déporte au Nord, et cela aura forcément du piquant puisque les deux principaux protagonistes jouent leur avenir politique dans ce grand réservoir de voix où le RDR n'a pratiquement jamais rien laissé à ses concurrents, depuis sa création en 1994.

Espérons, pour la Côte d'Ivoire, que la guerre des clans qui fait actuellement rage dans les trois plus grands partis du pays (RDR, PDCI-RDA et FPI) est simplement un signe de vitalité démocratique et non un mauvais présage pour les Ivoiriens qui ont tant souffert, ces dernières années, de l'inconséquence et de l'irresponsabilité de leurs leaders politiques.

Le président Alassane Ouattara qui semble encore tenir la barque, doit taper du poing sur la table afin de ramener l'ordre dans ses propres rangs, car des batailles rangées à l'intérieur de son propre parti et de sa région d'origine, lui seront politiquement fatales quand on sait que beaucoup de ses frères nordistes qui lui ont fait gagner les deux précédentes présidentielles sans coup férir, ont déchanté, pour ne pas dire plus, avec ces nombreuses promesses électorales non tenues.

Les bisbilles qui éclaboussent actuellement des partis rivaux comme le Front populaire ivoirien et le PDCI-RDA ne profiteront guère à un RDR laminé par des courants contraires. Loin s'en faut ! Et la présidentielle de 2020 qui s'annonce bruyamment déjà, risque d'être cauchemardesque pour Alassane Ouattara et les siens, surtout si les Soroïstes décident, en désespoir de cause, de faire jonction avec la branche dissidente du PDCI-RDA, pour former une sorte de « RHDP bis ».

Ce serait peut-être même le moindre mal pour la Côte d'Ivoire et pour toute la sous-région dont elle sert de locomotive. Car dans ce pays qui a tristement expérimenté une décennie de guerre civile, tous les esprits belliqueux ou bellicistes n'ont pas été encore totalement désarmés, et une petite étincelle pourrait à nouveau déclencher un cycle infernal de règlements de comptes et de tueries gratuites.

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