11 Juillet 2018

Tunisie: Une évaluation profonde du système des examens s'impose

- Penser à réduire le nombre des matières à passer au Bac

- 95% des bacheliers en section «Lettres» ont obtenu la mention «passable»

- Vers un allègement des horaires et des programmes pour les élèves du primaire

La rencontre du ministre de l'Education, hier, avec les médias nationaux a été l'occasion de faire un bilan des résultats des examens. Mais, en même temps, elle a permis de faire le point autour de certaines préoccupations demeurées en suspens. Des annonces ont, également, été faites concernant le retour au régime trimestriel.

Au début de la rencontre, les participants ont observé une minute de silence à la mémoire des martyrs de la Garde nationale tombés au cours d'une embuscade dans le gouvernorat de Jendouba. Ce geste est d'autant plus significatif que ce sont les forces de sécurité qui ont contribué de façon efficace à la réussite des opérations nécessaires au bon déroulement des différents examens nationaux.

Graves insuffisances

Dans son allocution, le ministre a précisé que, malgré les perturbations qui ont ponctué l'année scolaire et qui ont fait douter d'un déroulement normal du parcours scolaire, les autorités ont réussi à relever les défis et sont parvenues à parachever les différentes échéances dans des conditions normales. Cela n'a pu être possible que grâce au sens de responsabilité de toutes les parties.

Parlant de la première expérience d'envoi des sujets du Bac par voie numérique, Mr. Hatem Ben Salem a assuré qu'il s'agit d'une opération réussie à 100 %. On n'a même pas eu recours aux scénarios de substitution. Il est envisagé d'étendre cette expérience à d'autres sujets. D'ici 2020, il se pourrait qu'on la généralise pour toutes les matières.

Au vu des résultats du Bac 2018, il s'avère qu'une évaluation profonde du système des examens s'impose. Il ne serait pas acceptable que près de 59 % des candidats soient recalés. Des changements devraient être apportés à cette étape d'évaluation des élèves. On pense, surtout, au nombre de matières à proposer aux candidats et à la diminution de la période consacrée au passage du Bac (nombre de jours d'examen). Il faut s'interroger sur l'évaluation de tout le cursus.

Actuellement, il n'y a que l'évaluation au niveau du Bac. Ainsi, l'élève n'est évalué qu'une seule fois au bout de 14 années d'études. La «Sixième» et la «Neuvième» demeurent des examens facultatifs. Or, ce sont des points à revoir. On constate, justement, que sur les 160.000 élèves inscrits en «Sixième», seuls 50.000 environ se présentent pour passer cet examen. En «Neuvième», ce sont environ 30.000 sur 130.000 inscrits qui le font.

Les résultats du concours d'admission dans les collèges pilotes ont dévoilé de graves insuffisances au niveau des acquis des élèves. En effet, on compte 60% des élèves qui ont obtenu une note en dessous de 10/20 dans les matières principales (maths, éveil scientifique et arabe). Alors qu'on offrait plus de 3.000 places dans les établissements pilotes, on n'a pu obtenir que 1.300 candidats ayant des notes supérieurs ou égales à 15/20 !

Même le niveau dans les lycées pilotes est en régression. On a enregistré une dizaine d'ajournés au cours des examens du Bac de 2018.

Concernant l'admission des élèves aux collèges et lycées pilotes, le ministre a tenu à souligner : «On ne descendra pas sous le seuil de 15/20 même si le nombre des affectés (1.300) est inférieur aux places disponibles (plus de 3.000)». Le ministre Ben Salem a précisé que «malgré toutes les pressions, le ministère de l'Education ne prendra aucune mesure qui s'oppose aux dispositions de la circulaire ministérielle relative à l'admission dans les collèges et lycées pilotes».

Fraudes : 5 CRE totalisent, la moitié des cas

Prenant la parole, M. Amor Ouelbani, directeur général des examens, a, pour sa part, brossé un tableau pas très reluisant des résultats nationaux dus, selon lui, à de nombreux facteurs dont, principalement, la baisse flagrante des acquisitions des élèves. Le taux de réussite le plus fort est toujours détenu par les matheux. Et ce sont toujours les littéraires qui viennent en queue du peloton.

Le taux de réussite global au Bac est stable depuis les deux dernières éditions. Notamment après la suppression de la bonification. Bien sûr, il faut rappeler que ce sont les filles qui occupent les premiers rangs avec 64.35 % devant les garçons. Mais il faut signaler que leurs effectifs sont, aussi, plus nombreux. Au niveau des Commissariats régionaux de l'éducation (CRE), on en compte 12 qui ont enregistré des taux supérieurs à la moyenne nationale contre 11 CRE l'année dernière. Il y a 20 points de différence entre le premier CRE (Sfax I avec 67% de taux de réussite) et le dernier (Le Kef).

Concernant le volet «mérite» on compte, à peine, 3 % de lauréats qui ont obtenu des mentions d'excellence. Par contre, il existe près de 95 % des bacheliers en section «lettres» qui ont la mention « passable ». Pour les matheux c'est 54 %.

Passant en revue les cas de fraudes, le directeur général des examens, a révélé que dans les deux sessions du Bac, 951 cas ont été recensés (dont 640 pour la session principale). La part des établissements publics est de 704 cas, le privé 188 et les candidats à titre individuel 59.

C'est à la section «économie et gestion» que le plus grand nombre a été enregistré. Cinq CRE totalisent, à eux seuls, la moitié des cas. Il s'agit des CRE de Kasserine (185 cas), Sidi Bouzid (51 cas), Gafsa (83 cas), Kairouan (59 cas) et Tunis II (55 cas). Dans d'autres gouvernorats, le nombre de fraudeurs est, quasiment, insignifiant : 3 cas seulement ont été relevés à Sfax II, 3 , également, à Tataouine.

Sur le volet des mesures prises à l'encontre des fraudeurs, le ministre a rappelé que la loi sera appliquée sans porter préjudice à quiconque. Mais elle sera appliquée.

Répondant, aussi, aux journalistes, le ministre a tenu à apporter des précisions concernant les détenteurs de mastère en sciences de l'Education qui ont commencé des mouvements de protestation devant le siège du ministère. On avait promis à ces personnes qu'elles seraient, toutes recrutées. Mais le département de l'éducation ne disposait d'aucun budget pour cette opération.

Dans le cadre d'un Conseil ministériel, il a été décidé d'apporter une solution à ce problème. C'est pourquoi, il faut respecter le délai de septembre 2019 pour pouvoir procéder au recrutement de 2.450 personnes. Il y a lieu de rappeler que certains devront suivre une formation à partir de septembre 2018.

Le «tout numérique»

S'agissant du retour au système trimestriel, le ministre de l'Education a confirmé cette idée. En concertation avec les partenaires sociaux, on pourra, dès l'année prochaine, retrouver le rythme trimestriel à l'instar de ce qui se faisait il y a trois ans. Du coup, on reviendra au même rythme scolaire qui coïncidera, désormais, avec celui de l'université. Les vacances seront les mêmes pour les écoles, les collèges, les lycées et les facultés.

D'autre part, il y aura un allègement des horaires et des programmes pour les élèves du primaire. L'expérience du samedi sans cours sera testée dans des établissements en attendant son évaluation. Le samedi serait réservé à d'autres activités culturelles autres que les études. En cas de succès de ces expériences pilotes, il sera possible de les généraliser à toutes les écoles primaires dès 2020.

M.Hatem Ben Salem a, en outre, voulu annoncer quelques autres nouveautés avant de conclure. En premier, il s'agira des inscriptions à distance. Des négociations avec les banques et la Poste sont en cours pour finaliser cette expérience qui devrait permettre à l'élève de s'inscrire à travers son portable ou grâce à Internet. A cet effet, il n'y aura plus à exiger des extraits de naissance. Ces derniers seront disponibles grâce à la banque de données qui sera mise à la disposition du ministère de l'Éducation. Le «tout numérique» est sur la bonne voie puisque même l'emploi du temps des élèves serait, dorénavant, communiqué à travers les portables.

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