11 Juillet 2018

Cameroun: « Un livre pour uniformiser les procédures»

Jean-Pierre Moutassi, auteur de l'ouvrage « Les techniques d'enquête criminelle : typologie des crimes et constations médico-légales ».

Pourquoi avoir choisi d'écrire sur les techniques d'enquêtes criminelles ?

Nous avons fait ce choix parce que c'est une discipline qui n'est pas enseignée. Les unités de police et de gendarmerie mènent des enquêtes tous les jours et même d'autres officiers de police judiciaire spécialisés. Mais il n'y a pas d'école, même dans les pays développés, qui enseignent les enquêtes. Chaque officier de police judiciaire, après sa formation, se moule dans le service ou il est affecté. D'où les disparités dans les procédures.

Ces techniques relèvent principalement de la criminalistique. Car c'est une discipline qui englobe plusieurs sciences et depuis quelques années, dans les pays occidentaux, la science a pris une place considérable dans l'enquête criminelle. De manière qu'aujourd'hui, on ne peut plus résoudre une enquête avec une preuve littérale ou testimoniale, car sujette à caution. Cet ouvrage engage donc une migration vers la preuve scientifique qui est plus sûre et moins corruptible.

S'agit-il donc d'un livre pour un public averti ?

Il s'adresse à tout le monde. Les officiers de police judiciaire peuvent s'en inspirer car il s'agit de mettre à la disposition de la justice des éléments probants pour aider à résoudre les affaires. Si c'est une affaire qui implique les armes à feu et a un langage technique qui relève de l'enquête balistique, le procureur de la République, le juge d'instruction, le juge qui doit rendre sa décision doivent aussi comprendre de quoi il s'agit. Donc, l'ouvrage, dans ce sens, vise à uniformiser le langage criminel et les procédures.

Les avocats peuvent s'appuyer dessus pour défendre leurs clients. Si on accuse une personne d'empoisonnement et que dans les enquêtes, on a fait une histologie des cellules du foie ou une spectrométrie de masse des cheveux ou des ongles qui élimine le poison, à ce moment, l'avocat peut demander au juge d'instruction qu'on révise l'affaire parce que l'infraction suspectée au départ n'existe pas.

Comment le livre est jusqu'ici reçu ?

Le livre est bien reçu par le public et nous nous attendons, dans les prochains jours, à ce que les officiers de police judiciaire et les magistrats rattrapent le petit retard qu'ils accusent par rapport à l'acquisition de l'ouvrage. Parce que les civils sont plus en première ligne.

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