11 Juillet 2018

Burkina Faso: Karim Démé - "Tous les projets de Taïwan seront repris et exécutés"

Photo: fasozine
Le vice-Premier ministre de la République populaire de Chine, Chunhua Hu, est arrivé, le mercredi 11 juillet 2018 au Burkina Faso pour une visite d'amitié et de travail de 48 heures.
interview

A l'occasion de la visite du vice-Premier ministre chinois, Hu Chunhua, le point focal de ce pays au Burkina, Karim Démé, a accordé, le mercredi 11 juillet 2018 à Ouagadougou, une interview à Sidwaya. En poste depuis 12 ans, il situe les enjeux de la reprise de la coopération entre la Chine continentale et le pays des Hommes intègres.

Quel est l'intérêt du ballet diplomatique des Chinois au Burkina Faso, depuis l'annonce de la rupture des relations avec Taïwan ?

Depuis le 24 mai 2018, les relations diplomatiques ont été interrompues entre le Burkina Faso et la Chine Taïwan. Deux jours plus tard, la République populaire de Chine a renoué ses relations avec le pays des Hommes intègres.

Parce que pendant 24 ans, nous avons vu ce que Taïwan nous a apporté, mais aussi ce dont les autres pays africains ont bénéficié en termes de soutien de la part de la Chine populaire.

Le Burkina Faso ne pouvait pas être en marge de cette dynamique de relation avec l'une des premières puissances mondiales dans tous les domaines, notamment économique. Nous avons suffisamment perdu de temps en 24 ans.

C'est donc pourquoi, en moins de 45 jours, c'est une représentation de haut niveau, conduite par le vice-Premier ministre chinois, une très haute personnalité, qui vient au Burkina Faso, afin de propulser le développement du Burkina Faso.

Dès le rétablissement des relations, nous avons déjà des délégations officielles chinoises qui séjournent au Burkina Faso, la preuve de l'intérêt stratégique de la République populaire de Chine pour notre pays. Chaque jour, au moins un ministère burkinabè reçoit deux missions techniques de la partie chinoise dans tous les secteurs.

 Le Burkina Faso a accueilli hier dans l'après-midi, le vice-Premier ministre Hu Chunhua. Quels sont les enjeux d'une telle visite ?

Cette visite est sans doute dans la dynamique de la reprise des relations bilatérales et de coopération dans presque tous les domaines stratégiques.

Nous sommes à quelques mois du sommet sino-africain de septembre et le président chinois a jugé bon d'envoyer un émissaire de si haut rang pour inviter notre président à y participer mais aussi et surtout à honorer une visite d'Etat. Le vice-Premier ministre est venu au Burkina Faso pour plusieurs raisons.

D'abord, pour l'intérêt capital que la République populaire de Chine porte au Burkina Faso. C'est une haute personnalité et en matière de diplomatie, la qualité de l'envoyé reflète l'intérêt qu'on a pour le pays.

Ce vice-Premier ministre vient au Burkina Faso pour raffermir les relations qui ont été renouées, confirmer l'intérêt de la Chine populaire pour le Burkina Faso et traduire l'amitié du peuple chinois à l'égard du peuple burkinabè. Enfin, la Chine populaire va inaugurer son ambassade à l'occasion de son arrivée, ce qui est une étape très avancée en 45 jours de relations.

Des accords importants seront signés ce 12 juillet à Ouagadougou. De quoi sera-t-il question concrètement ?

Beaucoup de projets sont dans le starting-block, mais je pense que c'est prématuré pour ma modeste personne de faire des annonces. Il appartient au gouvernement ainsi qu'aux autorités chinoises de les rendres public. Et aujourd'hui, vous en saurez davantage.

La Chine populaire procède à l'inauguration de son ambassade aujourd'hui. Cet acte marquera-t-il du coup l'entame du déroulement du programme de coopération ?

Le programme de coopération a démarré immédiatement après le rétablissement des relations entre les deux pays. Les Chinois n'attendent pas et la preuve, c'est l'accord qu'ils ont marqué pour le financement de l'hôpital de référence de Bobo-Dioulasso. L'ouverture de l'ambassade est un signal fort qui vient donner une preuve supplémentaire, que la Chine veut accélérer sa coopération avec le Burkina Faso dans tous les domaines.

Que peut-on attendre de cette nouvelle coopération côté burkinabè ?

A peine quelques semaines de reprise de relations, nous bénéficions d'un don d'un hôpital de référence sous régional à Bobo-Dioulasso ultra moderne à plus de 80 milliards de francs CFA. Ce n'est pas un prêt comme l'hôpital Blaise-Compaoré qui engage le Burkina Faso pendant une vingtaine d'années.

Et j'en suis persuadé, d'autres projets stratégiques structurels verront bientôt le jour dans beaucoup de domaines comme l'agriculture, les mines, l'eau, les infrastructures hydrauliques, routières et l'énergie pour que les délestages soient un mauvais souvenir pour le Burkina Faso. Il y aura des annonces au sommet sino-Afrique et lors de la visite du président du Faso en Chine.

 Le Burkina Faso bénéficiait du Projet riz pluvial avec Taïwan. Que va-t-il gagner en retour avec Pékin ?

Le Burkina a un problème d'autosuffisance alimentaire. Le ministère de l'Agriculture est en train d'élaborer des projets de coopération avec la République populaire de Chine pour permettre de développer le secteur agricole.

Bien sûr qu'il y a des caprices pluviométriques, mais nous avons trop de problèmes dans le domaine agricole au niveau des engrais, des semences et de la mécanisation.

Une mission chinoise s'est déjà rendue dans un village pour prendre des échantillons de notre sol afin de faire des analyses. La Chine populaire veut traiter étroitement avec le Burkina pour assurer son développement agricole. Tous les projets de Taiwan seront repris par la Chine populaire et seront mieux exécutés.

Quel sort sera réservé aux étudiants burkinabè qui étaient à Taïwan ?

J'ai suivi avec grand intérêt le dossier des étudiants burkinabé vivant à Taïwan. Il y a des boursiers de l'Etat et des non-boursiers. Pour les non boursiers, ils peuvent continuer leurs études à Taiwan s'ils le désirent. Mais les boursiers de l'Etat burkinabé seront tous intégrés dans les universités chinoises. C'est un engagement et un acquis.

Comment la Chine populaire compte agir pour la réalisation des nombreuses infrastructures de développement au Burkina ?

A mon avis, il y a deux modes de financement. Le premier, c'est le don pur et simple comme l'hôpital de Bobo-Dioulasso. La deuxième possibilité, c'est le prêt à des conditions très avantageuses que le gouvernement ainsi que les banques pourront consentir à des taux préférentiels qui n'ont rien à voir avec certains taux que je peux qualifier d'« usurier ».

Dans le domaine de l'eau et certains secteurs névralgiques, le Burkina Faso pourra bénéficier de prêts concessionnels de 1 à 1,5% avec un délai de grâce de 15 à 20 ans, alors que le financement sur le marché financier de l'UEMOA avec les souscriptions aux emprunts obligataires est de l'ordre de 6,5%. Les partenaires privés chinois pourront investir directement dans tous les secteurs de l'économie, par la création d'entreprises ou des participations au capital de certains groupes d'entreprises existants.

Quels sont les projets de développement du Burkina Faso qui intéressent la Chine populaire ?

Tout ce qui est projet structurant et capital pour le Burkina intéresse aussi la République populaire de Chine. La Chine est prête à nous aider dans tous les domaines si nous en faisons une priorité pour notre développement. Elle est importatrice de matières premières et de produits agricoles et le Burkina Faso pourrait émerger du fait de la forte demande dans le secteur.

 Les pays du G5 Sahel cherchent des soutiens financiers et matériels dans la lutte contre l'insécurité. Le Burkina Faso qui en fait partie peut-il désormais compter sur la Chine populaire ?

La Chine s'était engagée lors des différentes rencontres, à aider les pays avec lesquels il avait des relations et le Burkina Faso constituait le goulot d'étranglement parce que n'ayant pas de relations avec la Chine populaire. Sinon, l'accompagnement de la Chine était un acquis pour les autres pays du G5 Sahel.

Avec la reprise des relations entre les deux pays, il y aura un signal fort en investissements matériel, financier et en formation pour le Burkina Faso et tous les pays du G5 Sahel avec qui, la Chine a des relations diplomatiques, pourront relever le défi sécuritaire.

Le vice-Premier ministre sera reçu par le chef de l'Etat lors de sa visite. Est-ce à dire que les relations diplomatiques entre les deux sont déjà au « beau fixe » ?

A mon humble avis, c'est la preuve de la vitalité des bonnes relations. La cerise sur le gâteau c'est la visite d'Etat que le président doit effectuer au mois de septembre.

Qu'est-ce que la Chine gagne dans cette nouvelle coopération avec un pays pauvre comme le Burkina Faso ?

Le Burkinabè minimise son pays et il est pessimiste. Singapour n'a aucune ressource. Il n'a que des hommes qui ont su le développer. Pourtant, le Burkina Faso a des potentialités énormes dans les secteurs des mines et de l'agriculture comme la production de coton, d'anacarde, de sésame.

C'est dire donc que le pays est riche dans le sens du capital humain, des ressources minières et dans presque tous les secteurs. C'est au pays de valoriser ce potentiel et de le rendre attractif pour les partenaires.

Pourtant, les Burkinabè s'inquiètent d'un « envahissement » par les Chinois ?

Je pense qu'il s'agit d'un préjugé parce qu'au Niger voisin, les Chinois ne vendent pas du benga (rires ... ). Il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour le Burkina Faso qui doit cependant avoir une politique de coopération avec la République populaire de Chine, afin de défendre ses intérêts avec des normes de protection et de gestion de son commerce avec des garde-fous.

En la matière, la Chambre de commerce et le ministère de tutelle sont en réflexion pour établir une coopération gagnant-gagnant entre les deux pays.

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