12 Juillet 2018

Burkina Faso: Procés du putsch manqué - Le «touareg» charge Bassolé

Débuté le 10 juillet 2018, l'interrogatoire du sergent-chef Roger Joachim Damagna Koussoubé surnommé le «Touareg», s'est poursuivi, le 11 juillet 2018 à la salle des Banquets de Ouaga 2000. Il est poursuivi pour « attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, complicité et dégradation volontaire aggravée de biens et incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline ».

A l'en croire, le RSP était divisé en trois groupes. Il s'agit du groupe de ceux qui sont restés fidèles à l'esprit du RSP, celui des pro-Zida et de celui de ceux qui répondaient aux ordres du Général Djibrill Bassolé. Selon lui, ce dernier a joué un rôle déterminant dans les évènements du 16 septembre 2015.

Le sergent-chef Roger Koussoubé alias le «Touareg» était toujours à la barre le 11 juillet 2018. Il y était pour répondre de cinq chefs d'accusation : «attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, complicité et dégradation volontaire aggravée de biens et incitation à commettre des actes contraires au règlement et à la discipline».

A la question de Me Bazyemo de savoir s'il était au courant du contenu de la rencontre qui a eu lieu à la villa Kilo, il a répondu par l'affirmative. Selon les informations qui lui parvenaient, a-t-il confié, les participants à la réunion ne se sont pas entendus sur ce qu'ils allaient faire exactement.

A l'en croire, certains disaient qu'il fallait arrêter les autorités de la Transition de sorte à mettre fin à la Transition, tandis que d'autres voulaient arrêter seulement le Premier ministre d'alors, Yacouba Isaac Zida, et tous les ministres militaires. Il a dit avoir rendu compte au capitaine Flavien Kaboré, son commandant d'unité qui, à son tour, rendait compte à une autre personne plus gradée que lui.

C'est ainsi que par personnes interposées, l'ex-Premier ministre lui a fait parvenir un numéro de téléphone privé en prenant le soin de lui dire de se procurer une nouvelle puce et d'attendre son appel. Ce qu'il a fait puisqu'il a même acheté un nouveau téléphone portable et une puce à cet effet.

C'est à partir de ce numéro que Zida l'a appelé pour lui dire ceci: «Je voulais te rencontrer mais ce n'est pas prudent. Travaille avec le capitaine Flavien Kaboré. J'ai besoin d'un RSP fort, un RSP puissant. Laissez tomber tout ce qui est passé en arrière et regardez l'avenir».

Selon ses dires, le capitaine Flavien Kaboré avait pour mission d'organiser une rencontre entre le Général Diendéré, le colonel-major Boureima Kiéré et Yacouba Isaac Zida. Même s'il n'a pas dit clairement que cette rencontre a eu lieu ou pas, il reconnaît cependant avoir participé à une rencontre entre Zida et les délégués des éléments du RSP.

Ce jour-là, a-t-il indiqué, Zida leur a dit qu'il avait pris le pouvoir des mains du Général Honoré Nabéré Traoré pour éviter que les officiers supérieurs du RSP, y compris le Général Diendéré, soient tués. Une rencontre qui aura duré 2 heures 30 minutes, selon le Touareg. Grâce à lui et Dah Sami, un coup d'Etat a été déjoué en juillet 2015.

Ce jour-là, ayant appris l'information, il s'est rendu au lieu où se tenait une rencontre qui avait pour objectif de préparer un enlèvement des autorités de la Transition. C'est dans les tractations que Dah Sami a envoyé un message à la sécurité rapprochée de l'ex- Premier ministre, Yacouba Isaac Zida.

Ce qui lui a permis, avec le Colonel Barry, de quitter illico presto la salle du Conseil des ministres. Interrogé sur sa situation sécuritaire, il a dit avoir appris que des gens étaient en train de vouloir faire incendier son domicile. C'est ainsi qu'il a appelé Safiatou Lopez, afin qu'elle l'aide à dissuader les initiateurs de ce funeste projet.

La seconde fois, quand il a eu une information similaire, il a appelé Souleymane Ouédraogo alias Basic Soul qu'il a connu en 2012, parce qu'il est l'ami de son témoin de mariage.

Des mercenaires dans une villa à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso

A l'en croire, il faisait partie d'une équipe qui suivait une piste, une affaire où des mercenaires seraient dans une villa à Ouagadougou et dans une autre à Bobo-Dioulasso. Une autre villa serait utilisée pour entreposer des armes. Mais pour en dire plus, il fallait avoir l'assurance que le parquet ou la Justice militaire allait assurer sa sécurité et celle de sa famille. Puisque certains sont toujours dans la nature.

Pour lui, dire certaines choses à la barre serait synonyme de mettre sa famille en danger et celle de sa femme et de ses enfants. Et c'est au moment de dire comment les armes rentraient qu'il a été stoppé.

A la question de savoir quelles étaient ses relations avec Safiatou Lopez, il est resté formel : «Il n'y avait pas de collaboration entre Dame Lopez et moi ». Un jour, précise-t-il, elle m'a appelé pour me dire que des éléments étaient en train d'aller détruire sa maison. Et qu'elle voulait que je l'aide à protéger sa maison. Je lui ai dit que je ne connaissais pas sa maison.

Malgré les explications de cette dernière, il n'a pas pu avoir la situation géographique de sa maison. Un instant plus tard, elle l'a rappelé pour lui dire qu'elle a eu une autre solution. Quant à la mission de Savane FM, il reconnaît y avoir participé, par simple curiosité. Etaient avec lui ce jour-là, une équipe des Transmissions du RSP, un technicien de l'ARCEP et son patron.

Après la suspension, le sergent-chef Roger Koussoubé alias « Le Touareg » est revenu à la barre à la reprise du procès, dans la soirée du 11 juillet 2018. Il était sollicité, de part et d'autre, qui pour des questions d'éclaircissements, qui pour des renseignements, qui pour le confondre.

Dans la foulée, le sergent-chef Koussoubé a pris le soin de noter que le Premier ministre Zida l'a une fois appelé pour lui dire ceci : «J'aurai voulu vous rencontrez mais ce n'est pas prudent.

Je veux un RSP fort, puissant. Travaille avec le capitaine Flavien Kaboré », donc, poursuit-t-il, « il n'y a pas de raison que je ne puisse pas me battre pour que ce qu'il veut s'accomplisse ».

On se souviendra que dans sa confession, le sergent-chef Koussoubé avait confié que quand il est arrivé à la radio « Savane FM », il s'y trouvait deux agents de l'ARCEP. Et l'inculpé s'est même indigné parce qu'il ne comprend pas pourquoi ces deux agents n'ont pas été inculpés.

A ce propos, un avocat de la défense, Me Tougouma, a demandé à savoir si le sergent-chef a eu l'impression que les deux agents de l'ARCEP étaient là par contrainte. « Non. Ils étaient à côté de leur véhicule et ils causaient calmement », a-t-il renseigné. Me Tougouma a aussi cherché à savoir si à la radio « Savane FM », des éléments ont détruit des appareils.

« Non, ils ont arraché et ramassé l'unité centrale et d'autres appareils. Le gardien peut en témoigner parce qu'à notre arrivée, il dormait et quand on repartait, je lui ai même donné 1 000 F CFA pour qu'il puisse prendre du café pour ne pas dormir ».

Après des questions et des observations sur l'épisode de la radio Savane FM, Me Sandwidi a insinué que « casser cette radio « parasite » n'était pas illégal parce qu'elle émettait sans autorisation ».

Et « turpitude, pour turpitude » comme pour signifier que la radio ne devrait s'en prendre qu'à elle-même si ses installations ont été détruites. Une observation qui a fait dire à la partie civile que même si la radio 108.0 émettait de façon illégale, ce n'était pas aux militaires d'aller interrompre ses émissions, de surcroît à minuit.

Par rapport à cette radio, le procureur a lu les dépositions de certains des co-accusés qui ont affirmé que le sergent-chef Koussoubé n'est pas allé « par curiosité » comme il l'avait laissé entendre auparavant et même qu'il y était allé avec de jeunes éléments.

Mais l'inculpé a réaffirmé ne s'y être rendu qu'avec Djerma et Zerbo et c'est sur place qu'il a retrouvé des éléments du RSP. Par ailleurs, l'avocat choisi, Me Alexandre Sandwidi, au vu des révélations qui ont été faites, a demandé que « des dispositions soient prises pour assurer non seulement la sécurité de son client, mais aussi celle de sa famille parce que ses révélations mettent en cause des personnes qui ne sont pas des enfants de choeur ».

Au-delà d'être à la barre, le sergent-chef Koussoubé apparaît comme un témoin gênant, a mentioné Me Sandwidi. Toute chose que Me Kam, avocat de la partie civile, a soutenue.

Il a même ajouté qu'il faut aussi prendre des dispositions pour assurer également la sécurité du sergent Roger Koussoubé, la sécurité des autres accusés ainsi que celle des témoins et des victimes qui viendront témoigner. C'est juste avant l'intervention de Me Michel Traoré et de Me Alexandre Sandwidi, que le président du tribunal a suspendu l'audience pour reprendre le vendredi 13 juillet à 9h.

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