12 Juillet 2018

Sénégal: Cheikh Guissé du groupe «Les fréres Guissé» - «Le Grand Theâtre a raté le départ car... »

interview

Dix ans après la sortie de leur dernier album intitulé «Yaakaar» (2008), «Les Frères Guissé» vont revenir sur la scène musicale, avec un nouvel album attendu d'ici la fin de l'année. L'information est de l'un des membres du groupe du nom de Cheikh Guissé.

Dans cet entretien qu'il nous a accordé, à quelques jours de leur festival annuel sur l'environnement qui se déroulera au Parc de Hann, le week-end prochain, Cheikh Guissé fait le bilan de leur carrière musicale, explique les raisons de leur absence et confirme leur ancrage au style acoustique. Non sans déplorer le manque d'organisation du Grand Théâtre comme de la Sodav, entre autres questions abordées.

Après plusieurs années de carrière musicale, quel bilan en faites-vous ?

On a fait presque 25 ans de carrière. C'était plusieurs années avant, mais on se réfère toujours au premier album qui était sorti en décembre 1995, «Fama».

Mais avant cela, on a fait du théâtre, de la musique, des clubs de jazz. Pour le bilan, on peut dire qu'on a la chance de piloter ou bien de diriger un peu la musique d'écoute au Sénégal, de donner aux autres l'idée d'une musique d'écoute.

Il y avait beaucoup d'autres qui faisaient de la musique acoustique, mais toujours mélangée en orchestre. Et nous, nous sommes arrivés en 1995. Nous avons imposé la musique avec un orchestre très léger. On était trois personnes et on a imposé cette musique très ouverte.

Et, à mon avis, de par des confidences ou des témoignages, beaucoup de personnes se sont fiées à ça pour aussi suivre le chemin de cette musique d'écoute. Donc, je peux me permettre de dire que nous sommes des gens qui avons participé à imposer une musique d'écoute recherchée au Sénégal.

Vous vous faites un peu rare maintenant, sur quoi êtes-vous ?

Un peu rare, c'est ce que nous cherchions au début que nous avons retrouvé. On a cherché à exploiter la musique sénégalaise, à l'imposer à l'étranger, à exporter cette musique. Et, Dieu a fait que nous sommes tombés sur des producteurs, sur des connexions, sur des systèmes de se faire produire à l'étranger qui marchent.

Et nous sommes souvent à l'étranger. C'est beaucoup de collaborations, beaucoup d'albums à l'étranger que les Sénégalais n'ont pas encore écouté, mais ça a pris tellement de temps qu'on s'est rendus compte que le public sénégalais nous a oubliés un peu. On ne joue pas beaucoup au Sénégal.

Pour les albums, ce n'est pas comme les autres groupes qui ont besoin forcément d'un album tous les 6 mois ou tous les ans pour se faire entendre.

Nous, nous avons la chance d'avoir une musique que l'on produit. On a le temps de faire les promotions, les concerts et les tournées pour revenir. La dernière fois qu'on a sorti un album au Sénégal remonte à 2008, «Yaakaar» qui est sorti en France, en Belgique, en Hollande et puis au Sénégal. Et là, on est prêts à ressortir un autre album pour le Sénégal, d'ici la fin de l'année.

On voit maintenant que plusieurs artistes organisent annuellement des concerts ou des anniversaires au Grand Théâtre. Pourquoi pas les Frères Guissé ?

(Rires !) Ces chanteurs-là, ce n'est souvent pas pour le spectacle. La plupart de ces musiciens qui organisent au Grand Théâtre, ce n'est vraiment pas pour du spectacle, mais pour du commerce ou bien du «woyaane».

La preuve, quand on regarde un concert jusqu'à la fin, ils ne font que trois ou quatre titres. On prend un seul morceau pendant des heures, on chante en citant des noms.

Nous, la dernière fois que nous avions organisé à Sorano, c'était lors des dix ans du groupe, en 2005 ou 2006. On a présenté du spectacle. On a joué plus de douze titres. On a invité Ismael Lo et plusieurs musiciens.

Pour le Grand Théâtre, je pense qu'ils ont raté le départ. Un Grand Théâtre, il faut imaginer des spectacles vivants, de vrais concerts et tout. Mais eux, ce qu'ils font, c'est attendre que les gens viennent organiser de la manière dont ils veulent et ça devient un truc beaucoup plus folklorique qu'artistique.

Je m'attendais à beaucoup plus d'organisation, de propositions, de spectacles venant du Grand Théâtre parce que, partout dans le monde, c'est comme ça que ça ce passe.

On a joué il y a 20 ans à Bruxelles, à l'espace Senghor, organisé par des Belges dédié au Sénégal. Ils ont produit les Frères Guissé. 20 ans après, ils reviennent là, en décembre, pour que l'on rejoue le même spectacle qu'on avait fait il y a 20 ans, en l'honneur de Senghor.

Ça va coïncider avec une date de Senghor et l'anniversaire de la salle qui aura 20 ans. Donc, c'est des salles qui produisent des spectacles. Mais, ce que je vois ici, ils attendent que les gens viennent faire leur «xawaré» et les autres font du «battré».

Le mbalax continue de prendre de l'ampleur au Sénégal. Pourquoi préférez-vous toujours rester dans votre style folk ?

On reste dans le même style, cette musique d'ouverture. Il y a moins de public, moins de participations, moins de personnes qui se déplacent pour ça mais, quand-même, tout le monde reconnait que c'est une belle musique, c'est une musique qui apaise et nous, nous sommes fiers de cela. C'est vrai qu'on n'y gagne pas comme les autres parce que c'est la musique la plus riche qui est souvent la plus pauvre.

La musique folk a de l'avenir. Il y a toujours des gens qui préfèrent cette musique douce. On voit des groupes qui s'étaient engagés folk qui se retrouvent avec le mbalax.

C'est normal. Mais cette musique acoustique, légère, elle est là. C'est ce qu'on va continuer de faire. C'est vrai qu'elle ne rend pas beaucoup la monnaie, mais on est là pour les gens qui adorent cette musique.

Quelle appréciation faites-vous de la nouvelle génération d'artistes ?

La vie, ça change. Je pense que la population sénégalaise est beaucoup plus jeune, très jeune même. Et ces jeunes, la musique qui les accroche est souvent celle qui vient de leur génération. Donc, c'est cette génération qu'on voit. Waly Seck, Pape Diouf, Elaje Keita, Sidy Diop et autres.

J'accepte la réalité. La musique que je fais, moi, c'est pour les jeunes, les vieux. Mais, aujourd'hui, la musique qui fait bouger, la musique commerciale, la musique qui déplace tout le public, elle est très jeune, jouée par des jeunes et suivie par des jeunes, même l'habillement suit la musique. La musique, c'est le comportement, l'habillement et les formes de danse qui ne sont plus les mêmes.

Que pensez-vous de la Société sénégalaise du droit d'auteur et des droits voisins (Sodav) ?

Je me dis que c'est le début mais on a besoin de beaucoup plus d'organisation et de transparence. Il faut beaucoup communiquer pour que tous les acteurs culturels soient au courant de ce qui se passe. Mais, il y en a pleins qui ne sont jamais au courant des réunions.

Ils ne savent pas exactement ce que ça veut dire et c'est simple. Le Bsda, c'était un groupe installé par le gouvernement. Aujourd'hui, partout dans le monde, c'est les acteurs culturels qui sont les mêmes personnes qui dirigent leurs sociétés avec leurs conseils d'administration élus pendant tant d'années et qui reviennent.

Mais là, on est au début de la Sodav. J'y étais la dernière fois, à l'assemblée générale, je me disais que c'est le moment qu'il fallait choisir les conseils d'administration mais j'ai vu que c'était des gens déjà choisis, ils existent déjà et il fallait voter pour des pourcentages.

Ça, je n'ai pas compris et je n'ai pas voté. C'est un petit groupe qui a décidé pour les gens qui sont au bureau. Je m'attends à beaucoup plus d'organisation, que tous les acteurs soient au courant.

Etes-vous déjà rentrés dans vos fonds ?

Pas vraiment. Mais je me dis que c'est tout début qui est comme ça. Je veux leur laisser le temps et voir ce que ça va donner. Mais, au début, ce que j'ai eu comme paiement pour la première fois, ce n'était pas ça, mais je ne râle pas, je ne contredis pas. Je laisse le temps de voir, d'ici la deuxième ou la troisième fois.

Puisqu'on ne peut pas contrecarrer les gens qui copient les Cd dans les rues et qui les revendent, qui multiplient les clés Usb et qui mettent dans leurs voitures sans payer, des gens qui ont des films, des vidéos, des théâtres qu'ils regardent gratuitement sans payer, il faut se baser sur ce système de copie privée. C'est tout ce qui peut sauver actuellement l'art.

Quand on parle de Frères Guissé, c'est Cheikh, Djiby et Aliou. Où sont les autres ?

On est toujours trois. Mais, comme vous le savez, ça évolue. Aliou, il y a une situation qui le retient au Canada, il bosse là-bas. Quand on a une tournée vers le Canada ou les Etats-Unis, on joue avec lui; il préfère se baser là-bas mais c'est toujours des frères. On est trois, un peu séparés.

Djiby et moi, nous continuons de travailler. Mais les Frères Guissé, on a joué, Djiby et moi, pendant au moins 4 ans avant qu'Aliou ne vienne.

C'est seulement en 1994 qu'il est venu, mais Djiby et moi, on a joué de 1989 à 1994. On a fait tous les clubs de jazz du Sénégal. Aliou ne va pas participer pour le prochain album mais le groupe continue.

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