14 Juillet 2018

Ile Maurice: Reshad Lotun - «Il faut une refonte complète des shelters»

interview

Outre des incidents à La Colombe la semaine dernière, La Marguerite et Heaven Children Centre ont été fermés cette semaine. La polémique enfle avec la directrice de ces deux derniers abris qui monte au créneau.

Qu'est-ce qui ne marche pas dans ces «shelters» ? Quelle est la responsabilité de l'État ? Reshad Lotun, manager de l'abri Havre d'Avenir chez qui quelques pensionnaires des deux abris ont été relogées, fait le point sur ces questions.

Les maux semblent récurrents dans les foyers. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Ce qui ne va pas, c'est l'usure. Les choses stagnent. Il n'y a aucune innovation pour ces enfants qui ont des comportements différents, comparés à ceux des générations antérieures. Par exemple, si on leur donne un calendrier d'activités, ce serait trop routinier.

Chaque jour, il faut leur apporter une nouvelle chose car ils sont créatifs. Pour revenir à l'usure, les fonctionnaires sont cantonnés dans un système archaïque.

Tout système demande à être revu de temps à autre. Évidemment, un autre problème majeur est le surpeuplement des foyers... Il y a une inadéquation entre la formation des employés des abris et l'évolution de la société. Ce qui constituait une solution hier devient un problème aujourd'hui.

La directrice de ces foyers aurait indiqué que la fermeture viserait à protéger la responsable de votre établissement, qui aurait des liens de parenté avec la ministre. Quelle est votre version ?

Tout d'abord, ce n'est pas un individu ni un ministère qui ferme un foyer ; la fermeture se fait sur ordre de la cour. Sur les 60 résidents de ces deux shelters, nous en avons recueilli six. Il n'y a aucune logique de fermeture ni de protection de la ministre. Nous ne sommes en compétition avec aucun shelter.

Nous travaillons en complémentarité avec les autorités. À aucun moment, nous n'avons reçu de faveur de l'État. Nous avons suivi toutes les procédures, avons obtenu tous les permis dans les délais requis. Notre relation avec le ministère de l'Égalité du genre est professionnelle.

Combien d'enfants sont actuellement placés en foyer et pourquoi ?

Actuellement, plus de 600 enfants sont dans 36 foyers à Maurice. Le nombre augmente systématiquement. La raison principale est liée aux abus sexuels de leurs proches, à la promiscuité, la drogue et l'alcool, entre autres facteurs. D'ailleurs, la majorité des enfants ont dû suivre un traitement psychiatrique, étant déjà mentally disturbed.

Cette hausse des pensionnaires résulte du fait que la sensibilisation ne marche pas. L'idéal est un maximum de 16 pensionnaires avec six carers, avec un ratio d'un employé pour six enfants. Par exemple, à La Marguerite, il y a 26 résidents.

Une fois, nous y étions pour un événement et ce taux était de 32, soit deux fois plus que le seuil idéal. De plus, ces enfants font face à plusieurs problèmes. La gestion est aussi discutable...

Justement, l'administration des abris est tantôt exclusivement assurée par les ONG, tantôt par l'État ou les deux. Ne faudrait-il pas la standardiser pour un meilleur contrôle ?

Certainement et j'irai plus loin. Les abris doivent travailler en réseau. Regardez les six enfants qui ont été évacués chez nous en urgence. C'est maintenant qu'il faut comprendre leur historique.

Souvent, celui-ci est tragique et extrêmement confidentiel. Il faut rebâtir la confiance. Il faut créer une autorité à l'instar de la Private Secondary Education Authority. Qui serait responsable de tous les foyers. Elle assurerait le monitoring...

N'est-ce pas déjà le rôle de la Child Development Unit (CDU) ?

Elle le fait. Mais l'autorité en question serait responsable de la formation et suivrait les gestionnaires lors des réunions fréquentes pour des échanges.

La CDU est déjà surchargée. Elle fait déjà beaucoup. Le personnel travaille à la fois sur le terrain et dans les bureaux. Mais il lui manque du renfort. En même temps, le côté technique doit revenir à une autorité.

Y a-t-il des manquements dans la gestion de l'État ?

Je n'irai pas jusqu'à cet extrême. L'État gère mais il doit être soutenu par des organisations complémentaires. Par exemple, si un pensionnaire a des tendances suicidaires, l'État doit travailler avec une ONG comme Befrienders.

Cela permettrait de mieux cibler et de définir un protocole pour que le responsable du centre sache vers qui se tourner. Des inspections des autorités sont effectives mais leur fréquence doit augmenter. La CDU est débordée. On a eu des cas où des enfants sont arrivés chez nous à 2 heures du matin.

Le personnel et les gestionnaires sontils suffisamment formés ?

Clairement, il y a un manque de formation. Le suivi est dysfonctionnel. Par exemple, les foyers envoient leur personnel pour une formation du ministère. Mais que se passe-t-il ensuite ? Ces connaissances sont-elles mises en pratique adéquatement ?

D'ailleurs, la formation doit être continue. Ce qu'on apprend hier n'est plus valable aujourd'hui. Nous n'avons pas un module pour ces enfants.

L'Early childhood est adapté jusqu'à cinq ans. Or, vers sept à huit ans, où des abus sexuels peuvent se produire, aucune formation n'est disponible.

Ce serait bien que le Mauritius Institute of Education, le Mauritius Institute of Training and Development et même l'université de Maurice mettent un programme à la fois théorique et pratique sur pied.

Quelles sont les solutions ?

Avant la décision du magistrat, il faudrait qu'un rapport psychologique et social, réalisé par la CDU, lui soit remis. Il aura alors une meilleure compréhension de l'enfant et pourra mieux se prononcer sur son sort.

Le ministère est débordé. Une autorité centrale et compétente serait l'idéale pour assumer cette responsabilité. Il faut une refonte complète des shelters. D'abord, ces abris pourraient accueillir moins d'enfants. La formation doit inclure tout le personnel, soit du directeur à l'employée de maison.

Le système financier est aussi à revoir. À ce jour, l'allocation est de Rs 378,27 par enfant. C'est insuffisant. Et c'est souvent la source des problèmes dans les shelters.

Il faudrait qu'un suivi psychologique soit assuré au sein de chaque foyer. Hélas, ce n'est pas la réalité actuellement. Cela permettrait aux professionnels d'identifier les problèmes avant qu'ils n'explosent.

Bio express

Originaire de Curepipe, Reshad Lotun possède un Teachers Diploma du Mauritius Institute of Education. Il a enseigné aux collèges Strafford, Eden et Islamic.

Engagé dans le social, il a été conseiller municipal, adjoint au maire et maire par intérim à Quatre-Bornes. Conseiller au ministère du Tourisme en 2015, il a ensuite rejoint le foyer Havre d'Avenir en 2017. Il en est actuellement le gestionnaire.

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