15 Juillet 2018

Sénégal: Du Sénégal au Québec - Boucar Diouf, l'océanographe devenu humoriste

L'humoriste d'origine sénégalaise, Boucar Diouf, est aimé et respecté au Canada où il est désormais citoyen. Ce Sérère bon teint remplit les salles de spectacles du Québec mais n'a rien oublié de ses origines du Sine-Saloum. Il a tellement assimilé la culture de son pays d'adoption qu'il pourrait changer de viatique.

Après sa maîtrise en Biologie et son doctorat en Océanographie, il a quitté les amphithéâtres des universités canadiennes, où il a enseigné pendant huit ans, pour se consacrer entièrement au spectacle.

La comédie, l'humour, l'enseignement et le rappel de faits historiques sont très présents dans les spectacles de Boucar Diouf. A travers un accent québécois, ou parfois africain, teinté de lettres, de styles métaphoriques ou d'une vulgarisation scientifique, on remarque que cet humoriste est une tête bien faite.

Les paroles des griots qui entouraient son père l'ont bien influencé. Aussi bien dans ses publications que dans son art oratoire, il séduit. Il a tellement réussi sa symbiose culturelle que ce citoyen canadien d'origine sénégalaise fascine.

Au deuxième jour de son spectacle, au Monument national de Montréal où nous l'avons rencontré, il lève un coin du voile sur sa vie, ses voyages et ses expériences culturelles.

De Fatick à Rimouski en passant par Québec et Montréal, il poursuit une carrière d'humoriste que rien ne lui prédestinait. Boucar est un personnage multidimensionnel qui brille et vit de son art, sans tambour ni trompette. « Magtogoek, ou le chemin qui marche », est le nom du nouveau spectacle qu'il présente actuellement dans plusieurs villes.

A l'âge de 26 ans, il a quitté sa terre natale du Sénégal pour s'établir au Québec, où il vit depuis autant d'années. Cet homme de 52 ans égrène des défis, les relève et allie l'utile à l'agréable. Il se rappelle encore son hiver de canard, en 1991, date de son arrivée au Québec et se souvient de ses années d'enseignant à l'Université de Rimouski.

Après un doctorat en Océanographie, un dilemme puis un choix définitif. Il produit des émissions et troque savamment son diplôme pour une vulgarisation scientifique dans ses spectacles et productions médiatiques.

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. L'animateur et humoriste a su garder ses racines tout en se plaisant dans la culture québécoise, d'où son hybridité identitaire. La longue marche de Boucar Diouf, immigrant, humoriste et conteur, se poursuit en couleurs.

Il s'est lancé, depuis 1991, dans un processus de rapprochement inter-culturel bien apprécié au Québec. Cela a un impact favorable car des touristes canadiens visitent chaque année sa région natale, son royaume d'enfance au paysage de baobabs si caractéristique.

Réciproquement, des Sénégalais et d'autres peuples ont appris, grâce à ses spectacles, le nom que les Algonquins avaient donné au fleuve Saint-Laurent bien avant l'arrivée de Jacques Cartier.

52 ANS DONT 26 PASSES AU QUÉBEC

Boucar Diouf est un immigrant qui s'est bien intégré au Canada. « Lorsque je veux me concentrer avant de monter sur scène, je psalmodie des chansons du parolier sénégalais Ndiaga Mbaye pour évacuer le stress », nous confie-t-il derrière son sourire.

Lui qui est issu d'un couple d'analphabètes et d'une fratrie de neuf âmes, a grandi dans un environnement traditionnel qui a bercé son enfance. Les récits héroïques des griots, véritables maîtres de la parole, qui galvanisaient les dignitaires de son village, l'inspirent toujours dans ses spectacles.

Boucar Diouf est titulaire d'une maîtrise en Biologie et d'un doctorat en Océanographie. Il est parvenu à exploiter un talent d'animateur que ses étudiants de l'Université du Québec à Rimouski avaient décelé. Ses cours d'enseignement étaient souvent ponctués d'histoires racontées pour les motiver.

De fil en aiguille, cette générosité dans la transmission des connaissances a donné naissance à une bonne adaptation. Un test réussi dans un concours d'humour a révélé son art oratoire et lui a valu plusieurs distinctions au fil du temps.

Même si Boucar Diouf est influencé par sa terre natale, sa province d'adoption du Québec lui a tout donné : une épouse, des enfants, des diplômes et une célébrité.

Une ascension sereine qui s'est faite dans la sensibilisation et la vulgarisation des sciences. Une estime également de ses lecteurs comme Paul Murray, étudiant en Actuariat : « J'aime ce que fait Boucar. Je suivais ses émissions à la télévision.

J'ai lu tous ses livres et j'apprends dans ses écrits et sa culture africaine ». Les spectateurs, aussi bien à Montréal qu'au Québec, rient aux éclats et ne s'ennuient pas quand il se produit.

De son Sine-Saloum natal au sud de la Petite Côte sénégalaise, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar en passant par Québec et Montréal, il est resté enraciné, persévérant, travailleur et amoureux de la Francophonie.

Le fils de Yaye Ndew (sa mère) semble triompher sans jubiler. Un aboutissement, selon Ndèye Dieynaba Ndiaye, doctorante en Droit international : « Boucar Diouf est un ambassadeur sans lettres de créance, un exemple d'immigrant, qui a bien réussi son intégration ».

Pourtant, rien ne semblait prédire l'aura de « bête de scène » pour ce fils de cultivateur « sauvé » par l'école. Durant son enfance, il suivait les vaches de son père et était alors très loin des lampions des plus célèbres théâtres du monde.

1991, DÉBUT D'UNE BELLE CARRIÈRE

De son premier hiver en terre canadienne, précisément à Rimouski, à son nouveau spectacle, « Magtogoek, ou le chemin qui marche », bien des choses se sont passées. De par son itinéraire et son intégration, Boucar Diouf reste le fruit d'une inter-culturalité aboutie.

Rimouski est fier de son étudiant d'alors, le Québec de son idole, le Canada de son citoyen et le Sénégal de son fils. De la génétique, de la physiologie humaine à la biologie adaptative, en passant par l'océanographie, la biochimie structurale et le métabolisme énergétique, que de connaissances scientifiques et pas des moindres qu'il vulgarise avec aisance, le sourire aux lèvres.

L'homme est un chroniqueur qui a impressionné dans ses productions de télévision, de Radio-Canada et de Tv5. Il est également l'auteur de cinq publications : « Sous l'arbre à palabres », « Mon grand-père disait... », « Le brunissement des baleines blanches », « Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres » et « Boucar disait... ».

Cet homme de teint noir, cheveux en dreadlocks, est un père de famille comblé et un artiste engagé pour le rapprochement culturel. Sa passion pour la paix et le développement témoignent aussi de son altruisme.

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