15 Juillet 2018

Tunisie: Plutôt que départ volontaire, une démission forcée ?

L'annonce intervient en début de week-end, et ce n'est guère un hasard. Sa visibilité est fragilisée par les départs en vacances ou la ruée estivale vers les plages en temps de cruelle canicule. Elle intervient deux heures à peine avant le match de classement de la Coupe du monde de football très suivie et prisée par les Tunisiens.

Fait révélateur, le ministre démissionnaire a annoncé qu'il avait présenté sa démission dans la matinée à Youssef Chahed, chef du gouvernement, qui l'a promptement avalisée. Or, ce ne fut pas toujours le cas avec d'autres ministres qui avaient présenté leur démission auparavant. Tel fut le cas des ministres et secrétaire d'Etat d'Afek Tounes, dont Youssef Chahed avait refusé la démission il y a un peu plus de six mois.

Mehdi Ben Gharbia entretient un halo de mystère sur ses projets : «Servir le pays ne se résume pas à un poste ministériel. Aujourd'hui, je retrouve ma liberté de parole afin de défendre mes positions et mes principes. Je continue à soutenir la politique du gouvernement sans être contraint au devoir de réserve. Je ne me retire pas de la chose publique. Je continuerai à défendre les réformes et la stabilité politique et gouvernementale primordiales pour notre pays», a-t-il annoncé.

Pour les observateurs avertis, il y a beaucoup de non-dits à ce propos, d'autant plus que le gouvernement n'a guère communiqué sur la question. De là à souscrire que Mehdi Ben Gharbia a été démissionné, il n'y a qu'une conjecture ou un constat analytique à faire.

L'homme est en fait dans le collimateur depuis des mois. Certains partis de la place, y compris la centrale syndicale Ugtt, réclamaient mordicus son départ. D'autres s'y associent et élargissent cette quête de démissions forcées à d'autres membres du cabinet gouvernemental, dont Iyad Dahmani, ministre porte-parole du gouvernement, Imed Hammami, ministre de la Santé, ou Riadh Mouakhar, ministre des Affaires locales et de l'Environnement.

Selon certaines sources bien informées, les démissions de plusieurs d'entre eux seraient déjà dans les tiroirs du chef du gouvernement. Elles interviennent dès lors au gré des aléas et des opportunités, au cas par cas. Et pour cause.

Depuis quelques semaines, l'Ugtt évoque de moins en moins le départ du gouvernement Youssef Chahed, le chef du gouvernement compris. La centrale syndicale en avait fait un véritable cheval de bataille des mois durant. Elle avait rejoint en cela les dirigeants de Nida Tounes, le propre parti de Youssef Chahed. Cela a même été à l'origine de la suspension des pourparlers autour du fameux Document de Carthage bis, le parti Ennahdha ayant soutenu le chef du gouvernement et la stabilité gouvernementale. Mais Youssef Chahed a fait montre de patience et d'une certaine prouesse de manœuvrier. Il semble avoir amadoué l'Ugtt qui, depuis quelques semaines, a tempéré ses ardeurs politiciennes. Il semble aussi avoir réussi à rallier une partie des dirigeants et parlementaires de Nida Tounès, qui jouent désormais la carte de la stabilité et se retournent contre le clan de Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif du parti et fils du président de la République.

Mais ces ralliements et contre-alliances de la dernière heure semblent avoir un prix. Certains des ministres controversés en font les frais. Et cela semble être le cas de Mehdi Ben Gharbia. D'autres suivront peut-être dans les prochains jours.

Dans cette partie d'échecs à géométrie variable, Youssef Chahed semble de plus en plus aguerri. Il est vrai qu'il bénéficie aussi du strict veto d'Ennahdha sur son limogeage. Et certaines personnalités qui ont démissionné -ou ont été démissionnées- de son cabinet font toujours partie de son proche entourage à Dar Dhiafa, autre bâtisse du gouvernement sise à Carthage, ou ailleurs.

La politique en Tunisie semble de plus en plus baigner dans une atmosphère florentine !

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