Burkina Faso: Procés du putsch manqué de 2015 - L'ex-chef de sécurité de Moussa Dadis Camara à la barre

(Image d'archives) - La police disperse une manifestation contre le coup d'Etat militaire du 6 aout le lendemain du putsch a Nouakchott - Police disperse a protesters
16 Juillet 2018

Le feuilleton du procès du putsch manqué se poursuit à Ouagadougou. Les inculpés aussi défilent à la barre, à un rythme plus ou moins lent. Au vendredi 13 juillet, le sergent-chef Roger Koussoubé était à son troisième jour d'audition.

Dans la même journée, sont aussi passés à la barre, successivement, le soldat de première classe Boureima Zouré et le sergent-chef Adama Diallo, répondant des mêmes chefs d'accusations, notamment, « attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, destruction et dégradation volontaires de biens ». La constance est que les trois inculpés ont demandé pardon au peuple burkinabè.

Vendredi 13 juillet 2018, l'audience reprend à 9h, avec la suite de l'interrogatoire du sergent-chef Roger Koussoubé. Celui-ci a dit avoir des choses à révéler, mais il ne le fera que s'il dispose de la garantie que lui et sa famille seront en sécurité.

Une requête qui a donné lieu à des observations à n'en pas finir, aussi bien du côté du parquet militaire que de celui des avocats de la partie civile dont l'un d'eux s'est demandé : « et si c'était du bluff ?».

Et un autre d'ajouter que ce pourrait être une stratégie pour dissuader les autres de parler. De toute façon, le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, a soutenu qu'il s'agit de questions de sécurité et le tribunal n'est pas l'endroit idéal pour en discuter.

Du reste, il a estimé que compte tenu du fait que les mesures sécuritaires déjà prises ne satisfont pas l'accusé, il a demandé aux deux avocats, Me Alexandre Sandwidi et Me Michel Traoré, de continuer la concertation avec leur client et quand l'inculpé estimera que les dispositions sécuritaires sont à la hauteur de ses attentes, « nous sommes prêts pour l'entendre ».

Avant de quitter la barre, le sergent-chef Roger Koussoubé a tenu à présenter ses condoléances aux familles éplorées. Il a souhaité prompt rétablissement aux blessés et demandé pardon au peuple burkinabè.

Soldat Zouré, ange ou démon ?

Le deuxième accusé de la journée a être appelé à la barre, est le soldat de première classe, Boureima Zouré, la quarantaine bien sonnée, décoré de la médaille commémorative agrafe Soudan et purgeant une peine de 10 ans fermes, résultat de son inculpation dans le procès de Yimdi.

Pour ce qui est du putsch manqué, il est poursuivi pour « Attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, dégradation et destruction volontaires de biens ». L'inculpé ne reconnaît pas les faits puisqu'il a révélé que le 16, il était de garde à Ziniaré, au domicile de François Compaoré. « A 9h, ma femme m'a appelé pour me dire que mon enfant ne se sent pas », a-t-il dit.

C'est alors que le soldat de première classe a quitté son poste pour se rendre à Ouagadougou où il est venu chercher sa femme et son enfant et ils se sont rendus à Ziniaré pour chercher des produits afin de soigner l'enfant à l'indigénat. Le soldat a affirmé être revenu de Ziniaré aux environs du 17 et ce n'est qu'après, qu'il s'est rendu au camp. « Arrivé, aux environs de 18h30, le sous-officier de semaine m'a dit de rester sur place.

Et j'ai constaté que tout le monde était sur place », a-t-il confié. Et le président du tribunal de demander : «qu'avez-vous fait le 17 ? », « Je n'ai rien fait le 17 », a-t-il répondu avant de poursuivre en ces termes : « le 18, je suis parti à Zorgho avec le sergent-chef Ali Sanou.

Ali Sanou, Zongo, Samuel Coulibaly, le chef Zerbo, moi et d'autres dont je ne me rappelle pas. Nous étions dans une V8. Mais on ne m'a pas dit de quelle mission il s'agissait ». « Je suis resté avec le véhicule et le chauffeur sur ordre du chef Ali mais je n'ai pas su où il est entré ».

Auparavant, a-t-il précisé, en cours de route, on a croisé une Mercedes dans laquelle il y avait une femme qu'on a suivie. Après la mission, le soldat de première classe a fait noter qu'ils sont rentrés de Zorgho dans la soirée et qu'il ne s'est rendu ni au studio Abazon, ni à l'hôtel Laïco.

Et le procureur de chercher à savoir si l'inculpé n'était pas sous le hall de la présidence, le 16, en concertation avec les autres parce que « des gens ont affirmé l'y avoir vu ».

Et de façon formelle, il a déclaré, « je n'y étais pas ». Et pourtant, le parquet militaire a fait noter qu'à sa première comparution, l'inculpé a dit que c'est à 16h qu'il est arrivé à la présidence et a trouvé que les autorités de la Transition étaient déjà arrêtées et qu'il est même allé les voir.

« Non, je n'ai jamais dit cela », a-t-il rétorqué. Et le procureur de lui demander si on l'a forcé à signer le procès-verbal. A ce sujet, il a fait comprendre qu'il est illettré et comme c'est dans l'armée il a signé le procès-verbal, même s'il ne se reconnaissait pas dans les propos qui y figurent parce que son intégrité physique et psychologique étaient touchées. La preuve, dit-il, est que « le chef Bouda a dit que c'est moi qui ai frappé le ministre Bagoro, mais je n'ai rien fait et Bagoro l'a confirmé à la télé, en disant qu'on ne l'a pas touché ».

A un moment donné de l'interrogatoire, le ton a commencé à s'élever parce que procureur et inculpé « ne parlaient plus le même langage ». Toute chose qui a conduit le parquet militaire a demander si l'inculpé voulait un interprète.

Une offre que le soldat Boureima Zouré a déclinée en lançant ceci : « non, je suis dans l'armée et je vais parler le français que l'armée m'a appris ». Pour calmer le jeu, il a fallu l'intervention du président du tribunal qui a demandé au procureur de faire de telle sorte que les questions à lui posées, puissent être à sa portée.

Et les débats pouvaient reprendre sereinement. Le parquet militaire qui avait la parole, a poursuivi en lisant certaines déclarations, en enquête préliminaire, dans lesquelles il a eu à citer certaines personnes qui ne se retrouvent pas sur le banc des accusés.

Mais l'accusé a réfuté lesdits propos en affirmant que s'il avait tenu de tels propos, les personnes qui ont été cités dans les déclarations se retrouveraient en prison « parce qu'au niveau de la Justice militaire, même si tu es dans un trou de rat et que tu as fait quelque chose, on viendra te chercher là-bas ». Toutefois, il a affirmé que c'est à l'arrivée du président Macky Sall qu'il a su que les autorités de la Transition étaient aux arrêts.

Et comme il fallait s'y attendre, la question sur sa désertion en Côte-d'Ivoire s'est invitée au cours du procès. « Je suis allé en Côte-d'Ivoire à cause de Zida parce qu'il a envoyé des gens pour venir tuer le Général Diendéré et c'est nous qui avons désarmé les éléments qu'il a envoyés.

Donc, j'étais obligé de quitter le pays. Je n'ai pas fui par peur, mais j'ai préféré quitter pour ne pas faire du mal à quelqu'un ». Et comme pour raconter ces hauts faits d'armes, il a déclaré que quand Zida a envoyé des gens tirer chez le colonel Céleste, il dit être allé pour arrêter ceux qu'on avait envoyé tirer. Il a aussi rappelé le fait que des éléments de Zida sont allés tuer un des leurs à Yimdi et dit avec insistance : « je ne peux pas accepter cela et j'ai dit que je vais les capturer et les remettre au commandement.

Dieu m'a donné ce pouvoir-là. (... ) Zida me connaît bien. Je ne suis pas dans les saletés. Je suis militaire et on ne m'a pas formé pour faire du mal ». Après moult questions, il ressort que le soldat Boureima Zouré, qui a dit ne pas être sorti le 17 septembre, a fini par avouer que le 17 septembre, il faisait des va-et- vient entre le camp Naaba-Koom et le Conseil de l'Entente.

Suite à ces déclarations, Me Louis Dayamba, avocat de la partie civile, a insinué que le soldat Zouré est un commando qui ne dit pas la vérité parce qu'il dit n'avoir pas bougé du camp le 17 septembre, alors qu'il a fini par avouer qu'il a fait une patrouille entre le camp Naaba-Koom et le Conseil de l'Entente. Me Dayamba a donc conclu qu'en effet, ce sont les déclarations du procès-verbal, détaillant tout ce qu'il a fait, qui est proche de la vérité.

Pour ce qui est des faits de meurtre et coups et blessures volontaires, le soldat de première classe a dit ne pas reconnaître les faits. Toute chose qui a conduit le parquet militaire à demander à Zouré s'il sait que lors de leur déplacement sur Zorgho, en passant par l'échangeur de l'Est, il y a eu désolation et terreur sur le trajet.

« Il y a eu des morts et des blessés. De toute façon, les victimes viendront dire ce que ceux qui étaient dans les véhicules ont fait comme victimes », a avancé le procureur. Et il a poursuivi, en évoquant le cas de Appolinaire Kologo qui a dégagé la voie pour les militaires qui passaient et le merci, c'est une balle dans sa tête.

En tout cas, le soldat de première classe dit ne pas se souvenir de la voie qu'ils ont eu à emprunter pour aller à Zorgho, parce que les faits datent d'il y a trois ans.

Et Me Hawa Savadogo, avocat de la partie civile, de répliquer en ces termes : « malgré le fait qu'il y a longtemps, vous arrivez à vous souvenir de n'avoir pas fait certaines déclarations devant le juge d'instruction, mais vous n'arrivez pas à vous souvenir du trajet que vous avez emprunté pour vous rendre à Zorgho ».

Pour elle, le soldat Zouré a choisi de ne pas dire la vérité, de façon délibérée. Une observation que l'accusé a mal accueillie, puisqu'il fait comprendre que le fait de ne pas se souvenir ne relève pas de lui : «j'ai subi trop de sévices, ce qui fait que je ne me souviens pas. Si je n'étais pas fort, je ne serais pas devant vous aujourd'hui ; je serais mort. Mais comme je suis propre, c'est pourquoi Dieu m'a permis d'être ici ».

A l'heure indiquée pour la pause, c'est-à-dire 12h30 mn, comme tous les vendredis, le juge a suspendu les débats qui devaient pour reprendre à 14h. Après l'interrogatoire du soldat de 1re classe Boureima Zouré, intervenu dans la matinée du 13 juillet, intervint celui du sergent-chef Diallo Adama.

Il est accusé d'attentat à la sûreté de l'État, du meurtre de treize personnes, de coups et blessures volontaires et de dégradation de biens d'autrui ; en tant qu'auteur ou complice.

Appelé à la barre, ce dernier, qui n'est rien d'autre que le premier responsable de la sécurité de l'ancien président de la Guinée Conakry, Moussa Dadis Camara, en exil au Burkina au moment des faits, a dit ne pas reconnaître les charges qui sont retenues contre lui.

Pour lui, il a simplement répondu à un appel de son supérieur, à savoir le major Eloi Badiel. En effet, a-t-il dit, le 16 septembre 2015, il était chez lui en train de préparer un mariage dont il était le témoin d'un des futurs mariés. Vers 9h, il serait passé à la salle de conférence de Ouaga 2000 pour prendre des chaises.

Il a aussi fait un tour à la direction des infrastructures de la présidence, pour prendre du matériel. Il a fait savoir qu'il a déposé une partie du matériel dans la belle-famille et l'autre partie chez son oncle, là où devait se tenir le mariage. C'est de là-bas qu'il a reçu un coup de fil de l'adjudant Jean Florent Nion, l'invitant, de la part du major Eloi Badiel, à le rejoindre au palais présidentiel.

Une fois au palais, des jeunes lui ont donné un gilet pare-balles et lui ont intimé l'ordre d'embarquer dans un véhicule. Le major Badiel l'aurait sommé de porter un gilet pare-balles et d'embarquer dans un véhicule, pour la Présidence. Arrivés, l'adjudant Nion et l'adjudant-chef Nébié sont montés dans la salle du Conseil des ministres, dans le but de ramener les autorités de la Transition. Ce qu'ils ont fait avec « succès » !

Après avoir exécuté cette mission, il a voulu rejoindre son domicile dans la soirée, en vue de porter sa tenue militaire, puisque les voies étaient barricadées. Ensuite, il a eu pour mission, le 18 septembre 2015, d'assurer la sécurité des chefs d'Etat à l'hôtel Laïco, dans le cadre de la médiation initiée par la CEDEAO. il est d'ailleurs resté là-bas jusqu'au 20 septembre.

En plus des chefs d'Etat étrangers en séjour au Burkina, il a aidé l'actuel président du Faso, Roch Kaboré, et l'actuel médiateur du Faso, Saran Sérémé, tous candidats au moment des faits. Autre chose qu'il reconnaît, c'est d'avoir reçu 1 941 000 F CFA de la Côte d'Ivoire, sans pour autant donner de détails, estimant que c'est à l'adjudant Florent Nion d'en dire plus.

Il a reconnu les propos qu'il a tenus devant le juge d'instruction. Il a aussi répondu aux questions des avocats et du parquet. Ses réponses corroboraient ses anciennes déclarations. Seulement, selon les révélations des téléphones portables, le sergent-chef aurait reçu 1 941 000 F CFA de la Côte d'Ivoire.

Sur ce sujet, l'accusé n'a pas daigné s'expliquer. Il dit de se référer à l'adjudant Nion. Son avocat estime qu'il s'est retrouvé dans les faits à son corps défendant.

A la question du juge de savoir s'il voulait ajouter quelque chose, il a pris la parole pour présenter ses condoléances aux familles des personnes disparues. Rendez-vous le lundi 16 juillet, pour l'interrogatoire du sergent-chef Ali Sanou.

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