16 Juillet 2018

Congo-Kinshasa: Littérature - « Le Mortier » d'Elfia Elesse pour symboliser la féminité en RDC

L'ouvrage a été au menu d'une activité organisée par Cré'Action, une entreprise sociale œuvrant depuis dix ans dans le développement socio-économique des communautés par la formation d'une jeunesse créative et entreprenante.

Le récit littéraire d'Elfa Elesse, apparemment autobiographique, raconte avec mesure, minutie et dextérité d'écriture, usant des mots porteurs en eux-mêmes de significations, de philosophies, l'histoire d'une fille de Kinshasa. Il s'agit d'une belle métisse issue d'un mariage multiracial et multiethnique, avec une formation anglo-saxonne qui devrait passer par l' « initiation à l'indispensable de la cuisine congolaise : le « Mortier » et devenir une femme. La fille a accepté le diktat du mortier, car « une femme qui ne sait pas gérer un pilon en bois ne devrait pas se voir confier un pilon de chair... ». Comme pour dire, «... le sexe et la cuisine sont la condition sine qua non au bonheur conjugal ».

Elfia Elesse parle aussi de Kinshasa dans cette nouvelle de plus d'une quinzaine de pages, belle avant les guerres, devenue ensuite la poubelle. La belle jeune métisse dit : « Kin la belle n'est plus. Tel un deuxième bureau qui est parvenu à usurper la place de l'épouse légitime, Kin la poubelle a pris possession de notre habitat, imposant ses antivaleurs à nos vingt-quatre communes. Néanmoins, une chose semble demeurer constante : les métisses sont toujours aussi méprisées. Et cela bien que deux de nos quatre présidents aient convolé en juste noces avec ces créatures peu recommandables. Encore et toujours, la fille et la petite-fille du blanc sont perçues comme des femmes aux mœurs légères ».

Dans « Le Mortier », c'est la voix d'une belle jeune métisse devenue femme qui réfléchit à haute voix sur son rôle social, sur sa vie de femme dans un Congo centré sur l'homme, alors qu'elle est sur le point d'être justement initiée à satisfaire les appétits de l'homme. Elle dit par exemple : « Exalter les plaisirs de la chair a toujours été le propre de tous les peuples païens, et le Congo n'échappait pas à la règle ! Sans doute est-ce à cette culture-là que mes tantes se réfèrent. Est-ce donc à cela qu'elles veulent me ramener ? Depuis l'âge de raison, je rejette les logiques de vie païenne.

Limiter le bonheur conjugal à une maitrise en batteries culinaires et positions sexuelles en tout genre vous expose au risque de vous voir ravir votre époux par la première surdouée ce qui, bien entendu, ne manque pas jamais d'arriver dans cette culture où le plaisir de l'homme est sacralisé. De plus, toutes ces années dans les institutions privées les plus cotées d'Afrique et d'Europe ne m'ont formée ni à être une bête de sexe, ni à être une fée du logis. Je suis une tête pensante, moi, une intellectuelle ! Et ces mêmes tantes de me répondre : les hommes n'ont que faire d'une femme intelligente ! Ce qu'ils cherchent, c'est une femme sage ! ».

La fille ramène des doutes (à travers sa conversation avec son amie Nancy) quant à son initiation. Mais elle finit par se rassurer de son bien-fondé. «... Je serai une vraie femme congolaise, une femme sage qui passe son orgueil et ses ambitions au crible du mortier. Mon homme a beau être d'ici et d'ailleurs et même plus d'ailleurs que d'ici, c'est pure folie que de croire que je puisse vivre au Congo et complètement échapper à la condition féminine congolaise », dit-elle, ou encore : « Il y a de quoi, je m'initie à l'essentiel de la cuisine congolaise... Et je suis là, femme sage, assise dans l'arrière-cour de la maison familiale broyant les vicissitudes de ma vie congolaise au mortier ». En plus d'être une oeuvre littéraire, «Le Mortier » est un projet pluridisciplinaire qui comprend la production d'une performance, la recherche scientifique et une campagne de sensibilisation à l'éducation artistique.

L'auteure

Née en 1978 à Kinshasa, Elfia Elesse Mayaula est issue d'une multiplicité d'ethnie, une beauté métisse, autant au sens propre qu'au figuré. Elle a fait ses études en RDC, en Afrique du Sud et en Europe. Les beaux-arts congolais et l'imaginaire de la littérature orale africaine, les contes traditionnels de son enfance, les paroles romantiques ou realistes des créateurs de la rumba, la verve poétique des pères de la négritude l'inspirent de façon singulière. En 2006, elle a publié le recueil de poèmes « Mots français, Cœur d'Afrique ». En 2009, elle s'est vu décerner le prix Mark Twain de l'ambassade des États-Unis à Kinshasa, et elle a participé à la traduction française de l'œuvre « Ruined » Prix Pulitzer de la meilleure pièce de théâtre en 2009.

Elle fait cette déclaration sur son œuvre : « Le Mortier a des significations multiples... Dans la plupart des cultures congolaises, il symbolise la féminité... Dans cette œuvre, le mortier symbolise notre identité individuelle et commune, tel un prisme aux facettes multiples... À mon sens, les rites de passage indiquent que toute réussite vitale passe par une préparation. On ne naît pas femme ou artiste, on le devient. Ce n'est pas une simple question de sexe ou de talent, mais plutôt l'aboutissement d'une métamorphose volontaire dont l'énergie est métaphoriquement, représentée par l'ondulation mouvement participatif de toute création et consubstantiel à l'Être et au Cosmos ». Et elle confie : « En ce qui me concerne, mon initiation m'a permis de forger une identité artistique solide et unique et de devenir un témoin accompli de mon temps, en parfaite osmose avec un univers créatif englobant plusieurs projets, au nombre desquels la création d'un foyer artistique ».

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