Sénégal: Cohabitation avec le commerce de proximité - L'Etat va encadrer l'implantation des grandes surfaces

18 Juillet 2018

Le ministre du Commerce a annoncé, hier, à l'issue d'une rencontre avec les acteurs concernés, une série de mesures pour encadrer le secteur de la grande distribution. L'objectif est de faire cohabiter, de façon pacifique, le commerce de proximité et celui des grandes surfaces.

Après la levée de bouclier de certains commerçants, ces derniers temps, contre le géant de la distribution Auchan qui, selon eux, menace leur activité, le gouvernement a décidé de réagir.

Prenant conscience de la situation, le président Macky Sall avait demandé, lors du Conseil des ministres du 11 juillet dernier, de prendre toutes les mesures nécessaires à l'actualisation de la réglementation sur la gestion de l'urbanisme commercial afin d'optimiser le déploiement spatial à usage économique du commerce de proximité et celui de la grande distribution.

C'est ainsi que le ministre du Commerce a reçu, hier, séparément, des représentants de l'Unacois/Jappo et de Auchan pour engager la réflexion autour de cette question.

« L'idée, c'est de voir comment faire cohabiter, de façon pacifique, le commerce de proximité et la grande distribution», a expliqué Alioune Sarr. Pour aplanir les différends et encadrer le secteur, le ministre met trois propositions sur la table.

Dans un premier temps, il annonce l'élaboration d'un projet de décret organisant les commerces et la grande distribution au Sénégal. Jusque-là, un simple registre de commerce et des formalités d'ordre fiscal suffisaient pour ouvrir un centre commercial. Désormais, l'ouverture de tout magasin dépassant 300 ou 400 m2 sera soumise à une autorisation préalable.

Un comité composé des différents acteurs concernés (le préfet, les présidents de la chambre de commerce et de la chambre des lois, les consommateurs) sera chargé d'étudier chaque cas, « dans des conditions transparentes », avant tout feu vert. Dans un deuxième temps, une concertation nationale sera engagée sur la distribution.

L'objectif est d'aboutir à la mise en place d'un cadre juridique exhaustif et approprié et l'organisation des commerces dans les quartiers afin de parvenir à un système commercial mieux organisé avec la maîtrise des circuits de distribution et le respect de la concurrence entre tous les acteurs.

Enfin, un comité de pilotage composé de tous les acteurs (Etat, producteurs, industriels, commerçants, consommateurs) sera chargé de la préparation et de l'organisation de cette concertation.

Au début, la discussion semblait parfois houleuse entre un Idy Thiam, le président de l'Unacois qui s'arc-boutait au slogan « Auchan dégage » et le ministre qui voulait recentrer le débat sur la nécessité de « corriger » le vide juridique. « Aucun dispositif réglementaire n'interdit à Auchan de faire ce qu'il fait actuellement.

C'est pourquoi, l'unique solution, c'est de revoir le cadre juridique », a expliqué Alioune Sarr, en invitant à la responsabilité et à éviter l'extrémisme. Un argument qui semble avoir finalement convaincu.

« Le gouvernement a fait preuve de responsabilité et de courage politique parce que ce n'est pas évident de prendre une telle décision dans un conflit opposant une multinationale et des commerçants locaux », a salué Ousmane Sy Ndiaye, secrétaire permanent de l'Unacois / Jappo, à l'issue de la réunion, visiblement satisfait des propositions du gouvernement.

Pour sa part, Auchan a réitéré son souhait de s'inscrire dans la durée au Sénégal en tant qu'employeur - avec 1500 collaborateurs - et de promouvoir le « made in Sénégal ». «Nous tenons à signaler que Auchan est totalement partie prenante de ce comité de pilotage », a affirmé Robin Gautier, son directeur financier.

Avec une population de plus de 15 millions en 2017 et un potentiel de consommation sans cesse en croissance, on assiste à un développement à la fois rapide et poussée de la distribution qui s'organise en dehors de toute perspective d'aménagement du territoire, créant une difficile cohabitation entre les acteurs.

Le positionnement et la forte pénétration de la grande distribution impactent le commerce de proximité qui revêt une fonction sociale dont le gouvernement est « tout à fait conscient ».

L'Etat du Sénégal, en optant pour la libéralisation de son économie en 1994, a fait sauter les barrières juridiques interdisant l'accès à certaines activités économiques et s'est désengagé des secteurs productifs pour devenir un simple arbitre, rappelle Alioune Sarr.

L'objectif, à l'époque, était de favoriser une concurrence saine à l'avantage des consommateurs. Cependant, la forte croissance du secteur de la distribution a eu pour conséquence sa désorganisation en l'absence d'un dispositif juridique et encadré.

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