19 Juillet 2018

Congo-Kinshasa: Discours sur l'état de la nation en RDC - Kabila a tout dit sauf l'essentiel

Sa parole, dit-on, est aussi rare que les larmes d'un chien, mais son silence prolongé sur l'éventualité de sa candidature à la prochaine présidentielle renvoyée à décembre prochain, a rendu l'atmosphère sociopolitique de son pays si lourde que son discours à la Nation était très attendu devant le parlement. Lui, c'est Joseph Kabila, le président RD congolais attendu au tournant par une large frange de son peuple qui n'entend pas le voir briguer un quelconque autre mandat, au terme des deux autorisés par la Constitution.

Or, depuis décembre 2016, le maître de Kinshasa a épuisé le temps réglementaire de son bail à la tête de l'Etat congolais et est en train de jouer les prolongations sans que l'on ne sache véritablement quand est-ce que la partie prendra réellement fin. D'autant plus qu'à ce jour, malgré les assurances et tout ce qui se passe par rapport à l'échéance du 23 décembre prochain, rien ne dit qu'il n'y aura pas de prolongation dans la prolongation, tant que la question de la candidature de Kabila ne sera pas clarifiée, une bonne fois pour toute.

C'est en cela que son discours à la Nation d'hier, 19 juillet 2018, était très attendu par ses compatriotes. Mais, en bon attaquant de pointe, Joseph Kabila a dribblé tout le monde en bottant en touche, évitant habilement une question cruciale qui aurait pourtant permis de clarifier la situation et surtout de faire baisser la tension, si son discours allait dans le sens du respect de la Constitution et du jeu de l'alternance réclamé par une frange non négligeable de ses compatriotes.

C'est pourquoi en ne pipant pas mot sur le sujet, l'on est tenté de dire que dans son discours à la Nation d'hier, Kabila a tout dit sauf l'essentiel. Et cette façon de faire durer le suspense en continuant d'entretenir le flou sur ses intentions, à quelques mois de la date prévue pour les élections, n'est pas de bon augure pour la paix en RDC.

On attend de voir si c'est du miel ou du fiel que Kabila servira à son peuple, lorsque la table du buffet sera dressée

Car, d'aucuns ont vite fait d'y voir une volonté de se maintenir au pouvoir en gagnant du temps, en attendant de trouver le moyen de se remettre en selle dans la course à sa propre succession. Et ce, à la suite du lapin qu'il a posé, il y a de cela quelques jours, aux patrons de l'ONU et de l'UA dont on dit que la mission secrète était de désamorcer la crise latente consécutive à son éventuelle candidature, en le convainquant de renoncer à un tel projet, s'il était réellement dans ses intentions.

Pendant ce temps, le Comité laïc de coordination (CLC) est sur le pied de guerre et a même déjà annoncé des manifestations d'envergure dans les mois à venir, pour contraindre l'homme fort de Kinshasa à renoncer publiquement à briguer un autre mandat. Et ce n'est pas tout. L'opposition politique réunie au sein du Rassemblement annonce qu'elle ne prendra pas part à la présidentielle de décembre prochain si Joseph Kabila est candidat à sa propre succession.

C'est pourquoi le mutisme de Kabila sur la question, ne rassure pas. D'autant plus que malgré la clameur de son peuple, la pression aussi bien à l'interne qu'à l'externe, rien ne semble pouvoir détourner le président congolais de son objectif. C'est à se demander s'il n'est pas prêt à aller au casse-pipe, advienne que pourra. Quel sens de l'irresponsabilité !

En tout cas, le moins que l'on puisse attendre du chef de l'Etat congolais comme supplément d'âme, c'est de faire mentir ses contempteurs. D'autant qu'avec le vote de la loi sur les conditions des anciens chefs d'Etat, il devrait pouvoir couvrir ses arrières. En attendant, Kabila semble avoir fait de la question de sa candidature à la prochaine présidentielle, une recette de cuisine jalousement gardée. Mais l'on attend de voir si c'est du miel ou du fiel qu'il servira à son peuple, lorsque la table du buffet sera dressée.

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