22 Juillet 2018

Cameroun: Affaire de la vidéo des exécutions sommaires - De la négation au volte-face de Tchiroma

Dans un premier temps donc, Issa Tchiroma avait pourtant nié l'existence de ladite vidéo avant de revenir finalement sur sa position sous le feu des attaques des ONG et des médias sociaux.

Le 11 juillet 2018 au lendemain de la 1ère diffusion de la vidéo, face aux médias,Tchiroma évoquait "une conspiration manifeste" ainsi qu'une "malheureuse tentative de transfiguration de la réalité et d'intoxication du public" avant d'annoncer que: "Il s'agit d'une autre manœuvre de désinformation grossière dont les faits projetés n'ont aucun rapport avec l'action menée par les forces de défense et de sécurité dans le cadre des missions qui leur sont confiées".

Les ONG et les médias sociaux échappent au contrôle du gouvernement

Amnesty International avait immédiatement identifié le lieu de l’horreur, soit le département du Mayo-Tsanaga dans la région de l'Extrême-nord du Cameroun. L'ONG de défense des droits de l'Homme avait également mis en avant l'identification des militaires camerounais comme auteurs de ces actes d'une extrême violence.

L'agence Reuters pour sa part révélait dans la foulée que quatre militaires camerounais auraient été mis aux arrêts dans le cadre de cette sordide affaire. Seule zone d'ombre au tableau l'époque de la réalisation de la vidéo. Plusieurs sources indiquent que l’exécution sommaire des femmes et enfants ainsi révélée se serait déroulée entre 2014 et 2015, période au cours de laquelle une soixantaine de jeunes filles avaient été enlevées dans cette région par le groupe Jihadiste Boko Haram.

A la grande surprise générale, vendredi dernier, Issa Tchiroma a annoncé que le gouvernement camerounais décidait enfin d'ouvrir une enquête au sujet de la vidéo des exécutions sommaires. C'est un véritable rétropédalage puisque le ministre camerounais avait déclaré quelques jours (avant sa sortie du 20 juillet) qu'il s'agissait d'un fake news colporté par les réseaux sociaux. Il avait d'ailleurs eu du soutien dans le milieu des médias à commencé par les médias d'Etat. Aujourd'hui, le Volte-face est total comme ci-dessous décrypté.

REACTION DU GOUVERNEMENT SUR DES PRÉTENDUES EXÉCUTIONS SOMMAIRES ATTRIBUÉES AUX FORCES DE DÉFENSE CAMEROUNAISES - EXTRAIT DE LA DÉCLARATION DE ISSA TCHIROMA BAKARY MINISTRE DE LA COMMUNICATION - Yaoundé, 20 juillet 2018

Issa Tchiroma admet que la vidéo a été officiellement authentifiée par les autorités camerounaises et surtout qu'elle a été tournée en terre camerounaise

Le ministre de la communication explique: "Le Chef de l'État, Son Excellence Paul BIYA, le Gouvernement et le Peuple camerounais tout entier, ont été choqués et indignés par l'atrocité des images contenues dans cette vidéo, et expriment leur compassion à l'égard des malheureuses victimes, ainsi qu'à leurs familles respectives Certaines organisations nationales et internationales, en particulier Amnesty International, ont pointé un doigt accusateur l'Armée camerounaise".

Les images ont donc clairement été tournées au Cameroun et les victimes sont visiblement des camerounais même si Tchiroma tente par la suite de dédouaner l'armée nationale en ces termes: "Je voudrais à cet égard relever qu'en l'état actuel des investigations en cours, aucune preuve de l'implication des militaires camerounais dans les actes incriminés n'a encore été apportée [...] les arguments utilisés (par Amnesty international, ndlr) pour incriminer notre Armée sont légers et les accusations hâtives. "

Acculé de tout bord, le gouvernement camerounais décide enfin d'ouvrir une enquête

"On ne peut toutefois pas exclure que comme partout ailleurs dans le monde, il puisse y avoir des bavures en situation d'engagement. A cet égard, le système en place au Cameroun prévoit que de tels actes fassent systématiquement l'objet d'enquêtes qui, le cas échéant, aboutissent à des sanctions appropriées".

Tchiroma confesse: "Le Chef de l'Etat, Chef des Armées a, à ce sujet, prescrit la tolérance zéro. Pour revenir à la vidéo, et eu égard à la gravité et au caractère intolérable des faits qui s'y déroulent, le Chef de l'Etat a prescrit l'ouverture d'une enquête approfondie, chargée de faire la lumière sur cette affaire. En en cas de faits avérés, les auteurs seront interpellés, traduits en justice et punis avec la plus grande fermeté".

Avant de rapporter que: "En exécution de ces Très Hautes Instructions du Chef de l'Etat, le Ministre Délégué à la Présidence de la République Chargé de la Défense a mis sur pied une commission d'enquête. "

Issa Tchiroma invite la population à la délation

Dans un contexte sécuritaire pourtant très tendu, Issa Tchiroma invite la population locale à la délation puisqu'il annonce: "Toute personne détenant des informations susceptibles de contribuer à la manifestation de la vérité et d'identifier les auteurs est priée de prendre l'attache de ladite Commission aux numéros 222 23 43 84 ou 222 22 64 97". -

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