23 Juillet 2018

Mali: Trait de Plume - Soumaïla Cissé, le chat échaudé

Photo: URD
Le candidat à l’élection présidentielle, Soumaïla Cissé, à Bamako devant près de 50 000 personnes

L'équipe du chef de file de l'opposition au Mali, Soumaïla Cissé, l'un des principaux candidats à la présidentielle du 29 juillet contre le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, a jeté un pavé dans la mare en fin de semaine dernière. Aux abords du Djoliba, en effet, son directeur de campagne Tiébilé Dramé dénonce des anomalies dans le fichier électoral et met en garde contre « une vaste tentative de fraude ».

Le groupe de Soumaïla Cissé soutient que le fichier mis en ligne le 4 juillet dernier (8 105 154 d'électeurs) par l'Agence des TIC (AGTIC) est « totalement » différent de celui audité par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) le 27 février qui a dénombré 8 000 462 électeurs.

Pour ce « fichier parallèle » qui compterait également des doublons de plus de 275 000 « voix fictives », la coalition de celui qui était 2e aux dernières élections de 2013 refuserait d'aller aux élections. Le potentiel cas de fraude qui s'élèverait à 1 241 547 voix qu'a annoncé Tiébilé Dramé, a mis en branle la classe politique malienne et même la communauté internationale. Pas même la création d'un « cadre de concertation » réunissant les services spécialisés de l'Etat, les observateurs et les experts de tous les 24 candidats à la présidentielle qui le souhaitent, annoncée par le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga, n'a pu dissiper les craintes et doutes.

Cette accusation, démentie sur le bout des lèvres, vient comme, à chaque élection et dans la quasi-totalité des Etats africains, poser la question de la transparence des consultations électorales. Pour paraphraser l'un des anciens chefs d'Etat du continent, il est incompréhensible d'organiser des élections et de les perdre.

Et comme chat échaudé craint l'eau froide, Soumaïla qui a d'abord contesté les résultats du second tour de l'élection présidentielle de 2013 qui l'a opposé au président-candidat Ibrahim Boubacar Keïta, avant de les reconnaître, est dans cette même posture de méfiance. Quand il est difficile de différencier les premiers responsables des administrations chargées d'organiser les élections avec les militants du parti au pouvoir, il est de bonne guerre que les opposants qui ont été, pour la plupart, des ex-artisans du pouvoir se méfient de leur impartialité.

Qu'à cela ne tienne, avec une telle précision dans les chiffres que donne le directeur de campagne du candidat de l'Union pour la république et la démocratie (URD), la balle est dans le camp du Directeur général de l'élection (DGE), Siaka Sangaré, son équipe et l'AGTIC qui doivent montrer patte blanche.

Le directeur de campagne de Soumaïla Cissé a prévenu : l'URD ne se contentera pas de solutions techniques consistant en une simple correction de ce qui pourrait être considéré comme une « erreur informatique » promise par l'Etat malien. Les prochains jours s'annoncent donc décisifs avant les élections du dimanche 29 juillet, mais comme son principal challenger (IBK, 71 ans), Soumaïla Cissé n'a pas intérêt à boycotter ces élections, parce qu'il lui serait difficile de briguer en 2023 un autre mandat, du fait de son âge actuel (69 ans).

En attendant, l'Union européenne (UE), la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union africaine (UA) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui ont déployé des centaines d'observateurs au Mali gagneraient au moins à exiger du DGE, leur accès aux centres de compilations des résultats. Au cas contraire, la communauté internationale risque de se faire complice (involontaire) de la « tentative de fraude en perspective » que le camp de l'opposant dénonce à cor et à cri.

Si rien n'est fait, il ne serait pas surprenant de voir Soumaïla Cissé contester les résultats du scrutin si toutefois il est annoncé perdant. Et pour un Mali, déjà fragilisé par l'action des groupes terroristes, toute contestation des résultats du scrutin ne peut qu'être préjudiciable à la stabilité du pays et de la sous-région.

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