23 Juillet 2018

Mali: Présidentielle malienne - Ne pas gâcher ce grand rendez-vous citoyen

Photo: URD
Le candidat à l’élection présidentielle, Soumaïla Cissé, à Bamako devant près de 50 000 personnes

Ça râle publiquement depuis vendredi dernier dans le camp de l'opposition malienne et notamment de Soumaïla Cissé, pour dénoncer l'existence d'un fichier électoral « avarié et parallèle au fichier audité », à quelques jours seulement de l'organisation de l'élection présidentielle.

Le directoire de campagne du candidat Cissé avance même le chiffre de plus d'un million de votants potentiels dont l'inscription obtenue frauduleusement, ne vise qu'à faire gagner son principal challenger, le président sortant Ibrahim Boubacar Keita (IBK) en l'occurrence. Le chef de file de l'opposition menace même de se retirer de la course, « si les anomalies, les incohérences et les dédoublements des électeurs » ne sont pas corrigés au plus vite.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est un gros pavé que l'opposition malienne vient de jeter dans le Djoliba, malgré la promesse du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, de créer un cadre de concertation regroupant les services spécialisés de l'Etat et les représentants des 24 candidats en lice, afin de ne pas gâcher le grand rendez-vous citoyen du 29 juillet prochain.

Pour autant, on peut noter que la campagne électorale n'a pas été acrimonieuse comme on pouvait s'y attendre dans le contexte actuel où les structures étatiques et les rapports entre les communautés sont « bordélisés » au nord et au centre du pays.

D'ailleurs, une élection présidentielle au Mali comme partout ailleurs en Afrique, sans soupçons de fraude, n'en est véritablement pas une, et en dehors de quelques pays où les règles de jeu politiques sont parasitées et dévoyées par des rivalités ethniques, les complaintes des perdants à l'issue des scrutins n'émeuvent pas vraiment les citoyens et ne menacent pas la paix sociale.

C'était le cas jusqu'ici au Mali, où on se rappelle que Soumaila Cissé, arrivé deuxième à la présidentielle de 2013, avait dénoncé un hold-up électoral, mais a eu ce réflexe fort bien apprécié, d'aller féliciter le vainqueur devant les caméras du Mali et du monde entier.

Le Mali a besoin d'une élection inclusive

S'agissait-il d'un acte d'élégance politique afin de ne pas ajouter du drame au drame qui était déjà en cours au Mali, ou était-ce la reconnaissance a posteriori de la transparence du scrutin ?

En tout état de cause, le pire a été évité et espérons que pour cette année aussi, toutes les conditions seront réunies pour que le pays, déjà malade de sa souveraineté et de sa cohésion sociale, ne sombre pas dans une crise postélectorale aux conséquences imprévisibles.

Pour ce faire, les leaders politiques ont le devoir d'appeler leurs partisans souvent trop zélés, au calme et à la pondération, et non pas d'agiter le chiffon rouge du boycott puis de la non- reconnaissance des résultats s'ils venaient à perdre le scrutin, au motif que celui-ci est émaillé d'irrégularités.

Quant à l'Administration et à la commission électorale, elles doivent absolument mettre les petits plats dans les grands afin que les opérations de vote se déroulent sans encombre et que la proclamation des résultats se fasse dans la plus grande transparence. C'est à cela que chaque acteur du processus électoral doit se consacrer, au lieu de préparer les esprits à une remise en cause des résultats et subséquemment, à des débordements après le verdict des urnes.

Malheureusement, de part et d'autre, on semble jouer à se faire peur ; l'opposition menaçant de boycotter le scrutin à cause de fraudes massives qui seraient en préparation, et le pouvoir en place accusant le camp d'en face de recruter des mercenaires pour troubler l'ordre public en cas de défaite.

On espère bien que ces accusations réciproques ne sont rien d'autre que des joutes électorales sans conséquences fâcheuses sur la paix et la stabilité du pays, et ce serait d'ailleurs tant mieux si cette « guerre de communication » pouvait dissuader d'éventuels fraudeurs ou pêcheurs en eaux troubles.

Le Mali a, en effet, plus que jamais besoin d'une élection inclusive, et au moment où les indépendantistes touarègues reviennent petit à petit dans le giron de la République, il serait aberrant, de la part de la classe politique, d'ouvrir les portes de l'enfer pour le pays au travers d'une crise postélectorale à la fois insensée et irresponsable.

Les Maliens et les amis du Mali croisent ensemble les doigts afin qu'on n'en arrive pas là, et afin que les deux candidats déjà admissibles au second tour que sont Soumaïla Cissé et Ibrahim Boubacar Kéita, continuent d'œuvrer pour le retour de la quiétude dans leur pays comme ils le clament, en demandant à leurs partisans respectifs de dépassionner les débats, de se rendre massivement dans les bureaux de vote et d'accepter les résultats, quels qu'ils soient.

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