Nigeria: Démission de sénateurs du parti au pouvoir - Il y a péril en la demeure

Candidat à la présidence du Congrès All Progressives, APC, Général Muhammadu Buhari (rtd)
24 Juillet 2018
analyse

Le parti au pouvoir s'effrite, à quelques mois de la présidentielle au Nigeria. En effet, le Congrès des progressistes (APC), puisque c'est de lui qu'il s'agit, traverse depuis peu, une grave crise interne qui, toutes proportions gardées, pourrait jouer négativement sur son rendement à la présidentielle de 2020.

Car, pas plus tard qu'hier, 24 juillet 2018, 15 sénateurs dont un ancien gouverneur de l'Etat de Kano connu pour être très influent et présenté comme potentiel candidat à la prochaine présidentielle, ont tourné le dos au président Muhammadu Buhari, pour finalement rejoindre, avec militants et sympathisants, le principal parti d'opposition, le Parti démocratique populaire (PDP).

L'annonce a été faite par le frondeur en chef, c'est-à-dire le président du Sénat, Bukola Saraki, au cours d'une séance plénière précédant les vacances parlementaires. Le président du Sénat et le chef de l'Etat, Muhammadu Buhari, faut-il le rappeler, quoiqu'appartenant au même parti, ont des divergences notoires si fait que le premier cité soupçonne le second de comploter contre sa personne. Il en veut pour preuves, les accusations de corruption portées contre lui et qui, finalement, ont été levées par la Cour suprême. Et ce n'est pas tout.

Buhari gagnerait à prendre toute la mesure de la situation

Le patron du parlement est aussi accusé d'avoir commandité une série de braquages de banques dans son fief politique ; ce qui lui a valu un blocus inattendu, hier matin, par des forces de police qui, après quelques tractations, l'ont autorisé à rejoindre le parlement pour diriger la séance plénière.

En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que ces tensions en fond sonore n'augurent rien de bon pour l'APC qui, on se rappelle, avait su profiter, en 2015, des dissensions au sein du PDP de Goodluck Jonathan, pour arriver au pouvoir. Le président Buhari gagnerait donc à prendre toute la mesure de la situation. Car, il y a péril en la demeure, quand on sait que naguère, naissait au sein de l'APC, un mouvement contestaire appelé l'APC reformé (rAPC).

En fait, on ne le sait que trop bien, en politique, la perte d'un seul militant est de trop ; à plus forte raison quand il s'agit de cadres et non des moindres, qui drainent derrière eux du monde. Du reste, on l'a vu au Burkina où les défections au sein de l'ex-parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), qualifiées au départ « d'épiphénomène ou de non-événement », ont fini par produire les résultats que l'on sait. Balayé par une insurrection populaire, le CDP de Blaise Compaoré a fini par perdre le pouvoir.

Comparaison n'est certes pas raison, mais le président Buhari ferait mieux de ne pas minimiser le départ de ces quinze sénateurs de son parti. Car, s'il n'y prend garde, il pourrait se retrouver un jour comme le roi Ubu.

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