Cameroun: « Celui qui ne veut pas travailler doit démissionner »

interview

Antoine Bisaga, préfet de l'Océan.

Monsieur le préfet, l'absence des fonctionnaires et autres agents de l'Etat à leur poste de travail le vendredi, voire le lundi, semble être devenue une tradition au sein de l'administration. Qu'est-ce qui peut expliquer cette démobilisation ?

Plusieurs fonctionnaires travaillant à Kribi ont leurs familles à Yaoundé ou à Douala. Beaucoup parmi eux ont donc pris un vilain plaisir de rallonger leur week-end. Dans ce groupe, les plus consciencieux partent le jeudi pour revenir mardi. Quant aux autres, ils peuvent même faire une semaine. Etre affecté hors de Yaoundé ou Douala n'est pas une sanction. On doit donc servir le Cameroun partout où on se trouve.

Des lois et des textes existent pourtant contre le phénomène. Ne sont-ils pas suffisamment dissuasifs ?

Ce qui est vrai est que ces textes et lois existent. Mais nous ne les appliquons pas dans toute la rigueur. C'est peut-être là aussi la faiblesse de l'administration. Et quand vous les appliquez, vous devenez l'ennemi commun de certaines personnes. Et on dit que vous voulez être plus royaliste que le roi. Dans le département de l'Océan, un délégué vient d'être lourdement sanctionné. Nous avons constaté qu'il ne vient jamais au travail. Cette sanction servira certainement de leçon aux autres. Nous les avons longtemps sensibilisés.

Nous nous souvenons effectivement que vous-même étiez en campagne contre le fléau dans votre territoire de compétence voici deux ans. Certes, il y a des sanctions. Mais depuis un certain temps, vous êtes bouche cousue. Est-ce à dire que les fonctionnaires ont fini par vous avoir à l'usure ?

Non. Personne ne m'influence. C'est vrai qu'en allant moi-même sur le terrain contrôler, cela ne m'a pas valu des amitiés. Et je ne me fatigue pas. Je continue mes visites inopinées dans les administrations publiques, peut-être pas au même rythme qu'avant. J'ai changé de stratégie. Et elle ne fait pas grand bruit. Certains fonctionnaires véreux savaient déjà comment se couvrir. Avec la nouvelle stratégie, personne n'échappe. Il est inadmissible qu'on parte à la fin du mois prendre un salaire quand on est conscient qu'on n'a pas travaillé. Le salaire se mérite. Dieu lui-même condamne la paresse. L'amour de son pays passe aussi par le travail. Le Cameroun sera un pays émergent si chacun à son niveau met la main à la pâte. Je suis donc de ceux qui disent qu'il faut sanctionner les paresseux. Celui qui ne veut pas travailler, doit tout simplement déposer sa démission.

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