29 Juillet 2018

Mali: Présidentielle - Un scrutin à fort enjeu

Photo: African Union Peace ‏ @AU_PSD
Le président sortant, Ibrahima Boubarcar Keita qui s'apprête à glisser son bulletin dans l'urne.

Plus de huit millions de Maliens votent depuis ce dimanche matin pour choisir parmi les 24 candidats en lice celui qui va présider aux destinées du pays. 23.000 bureaux de vote ont ouvert dans tout le pays.

Le scrutin se tient dans un contexte particulièrement tendu. Vingt-quatre candidats sont en lice pour ce scrutin, dont le président sortant Ibrahim Boubacar Keita et le chef de file de l'opposition, Soumaila Cissé. L'enjeu de ce scrutin est de taille : mettre en œuvre l'accord de paix de 2015 signé entre les autorités et les groupes djihadistes pour pacifier le pays, en mettant un terme à l'insécurité qui prévaut dans le nord et le centre en proie à des conflits communautaires entre peuls et dogons.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a encouragé tous les acteurs politiques maliens à s'engager à faire de ce scrutin un processus pacifique, libre et transparent et à recourir aux institutions prévues à cet effet en cas de litiges.

Soupçons de fraude

Le ton a été donné dès le lancement de la campagne électorale. Le président de l'Union pour la République et la Démocratie et candidat de la Plateforme "Ensemble" Soumaila Cissé a attiré l'attention sur des risques de fraudes à grande échelle, surtout dans les zones insécurisées du nord et du centre du pays en proie à des affrontements communautaires.

Au cours d'un point de presse organisé à Bamako, le 20 juillet dernier, Tiebilé Dramé, le directeur de campagne du chef de file de l'opposition a affirmé que le fichier électoral mis en ligne le 4 juillet par les autorités était "totalement différent du fichier audité le 27 avril" par l'OIF. À en croire le dirigeant du PARENA, le Parti pour la renaissance nationale, le nombre d'électeurs fictifs s'élèverait à plus d'1,2 million. Faux, rétorque le Général Siaka Sangaré, directeur général aux élections :

"Il n'y a que le fichier audité qui a servi à la confection et à la personnalisation des cartes d'électeurs auprès de l'imprimerie nationale. Le fichier électoral a été remis à l'imprimerie nationale sous la supervision d'un huissier de justice qui a établi un procès verbal de constat. En lisant ce procès verbal, vous comprendrez que c'est exactement les mêmes chiffres que ceux du fichier audité et vous trouverez les 8 millions 462 électeurs, les 12.925 centres de vote comprenant 23.041 bureaux de vote ", a ajouté le Général Sangaré.

Consensus

Samedi, la veille de cette élection présidentielle, un consensus s'est dégagé au sujet du fichier électoral contesté depuis une semaine par une grande partie de l'opposition. "Le climat s'est apaisé. La confiance s'est réinstallée", a déclaré à l'AFP le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif à l'issue d'une réunion entre le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga et les différents candidats.

"Aujourd'hui, tout le monde est d'accord. Il n'y a qu'un seul fichier électoral" et "les 24 candidats ou leurs représentants (présents à cette réunion) acceptent de participer à l'élection présidentielle", a ajouté M. Annadif. Un optimisme partagé par trois des candidats à ce scrutin : Soumaïla Cissé, le chef de file de l'opposition, l'ancien Premier ministre Modibo Sidibé et Niankoro Yeah Samaké, du Parti pour l'action civique et patriotique.

L'insécurité, une épine dans le pied d'IBK

Contrairement à 2013, la campagne électorale de cette année a été quelque peu agitée, selon la mission d'observation de l'Union européenne.

La coalition de groupes armés GATIA-MSA a relevé le 20 juillet dernier "l'exécution sommaire de plus de 20 personnes" par des hommes armés aux environs de Menaka, dans le nord-est du pays. Un soldat aurait été tué deux jours plus tard dans une embuscade tendue par des terroristes dans la forêt de Soumouni, selon une source proche du ministère de la défense.

Le 23 juillet dernier, l'aéroport de Sévaré, dans le Centre du pays, a également été la cible de tirs d'obus lors d'une attaque djihadiste présumée sans faire de victimes.

Situation également tendue à Tombouctou, où des populations se sont révoltées contre la multiplication des actes de banditisme dont elles seraient victimes. Elles accusent la tribu arabe d'en être responsable. Par ailleurs, des affrontements entre Peuls et Dogons à Mopti.

Pour sécuriser cette élection sous haute tension, 30 000 éléments des forces de défense et de sécurité sont déployés, selon le ministère de la sécurité.

Dans le Nord, les groupes armés signataires de l'accord de paix aideront les forces étatiques, mais dans le Centre, la sécurisation du scrutin sera à la seule charge de l'Etat.

La région de Mopti, qui représente près de 13 % de l'électorat est l'une des plus instables du pays. Entre 2016 et 2017, les incidents liés à la sécurité y ont été multipliés par trois, selon l'ONU. Une dégradation de la situation sécuritaire qui se confirme en 2018, avec au moins 43 civils tués entre avril et juin.

Proclamation des résultats

Conformément à la loi électorale en vigueur, "les premières tendances seront connues dans les 48 heures. Les résultats provisoires du premier tour doivent être proclamés " dans les cinq jours qui suivent la date du scrutin", soit le 3 août au plus tard.

Les candidats ont 48 heures suivant la proclamation des résultats provisoires pour déposer des recours auprès de la Cour constitutionnelle, l'institution chargée de proclamer les résultats définitifs.

Si aucun des candidats en lice n'obtient la majorité absolue des suffrages, un second tour sera organisé le 12 août.

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